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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201491

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201491

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201491
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDUJARDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces enregistrés le 16 mars 2022, le 28 mars 2022 et le 28 juin 2022, M. B A, représenté par Me Dujardin, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 12 octobre 2021 par laquelle la préfète du Tarn a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ainsi que la décision du 11 janvier 2022 rejetant son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Tarn de lui fixer un rendez-vous pour l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé de titre de séjour avec autorisation de travailler dans un délai de 24 heures à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet s'est fondé sur le seul motif tiré du rejet de son recours par la cour administrative d'appel de Bordeaux et qu'il s'est estimé lié par la décision de cette juridiction ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 6.1 de l'accord franco-algérien ;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er avril 2022, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Le préfet du Tarn soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Biscarel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 12 mai 1997, est entré sur le territoire français en 2004. A sa majorité, il a obtenu un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", renouvelé jusqu'au 3 septembre 2017. Par arrêté du 29 mars 2018, le préfet du Tarn a refusé de renouveler ce certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Algérie comme pays de renvoi et a prononcé à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par jugement n° 1901619 du 19 octobre 2018, le tribunal administratif de Toulouse a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de réexaminer la situation de l'intéressé. Par un nouvel arrêté du 13 juin 2019, le préfet du Tarn a refusé de renouveler le certificat de résidence de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Algérie comme pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêt du 30 avril 2021, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé cet arrêté en tant qu'il oblige M. A à quitter le territoire français sans délai, fixe l'Algérie comme pays de renvoi et prononce une interdiction de retour sur le territoire français. Le 20 septembre 2021, M. A a déposé une demande de titre de séjour qui a fait l'objet d'un refus d'enregistrement le 12 octobre 2021. Le recours gracieux formé le 16 décembre 2021 par M. A contre cette décision a été rejeté le 11 janvier 2022. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 12 octobre 2021 refusant d'enregistrer sa demande de titre de séjour ainsi que la décision du 11 janvier 2022 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 octobre 2022, ses conclusions tendant à être admis à l'aide juridictionnelles à titre provisoire sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article R.431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code./ Les personnes qui ne sont pas en mesure d'effectuer elles-mêmes le dépôt en ligne de leur demande bénéficient d'un accueil et d'un accompagnement leur permettant d'accomplir cette formalité./ En outre, une solution de substitution, prenant la forme d'un accueil physique permettant l'enregistrement de la demande, est mise en place pour l'étranger qui, ayant accompli toutes les diligences qui lui incombent, notamment en ayant fait appel au dispositif d'accueil et d'accompagnement prévu à l'alinéa précédent, se trouve dans l'impossibilité constatée d'utiliser le téléservice pour des raisons tenant à la conception ou au mode de fonctionnement de celui-ci./ Le ministre chargé de l'immigration fixe par arrêté les modalités de l'accueil et de l'accompagnement mentionnés au deuxième alinéa ainsi que les conditions de recours et modalités de mise en œuvre de la solution de substitution prévue au troisième alinéa." et aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ".

4. Il résulte de ces dispositions que, en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer et de délivrer le récépissé y afférent que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés. La seule circonstance que l'étranger soit sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire ne suffit pas à le caractériser. En revanche, lorsqu'un étranger a fait l'objet d'une décision de refus de titre de séjour assortie d'une mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée, cette circonstance s'oppose à ce qu'un nouveau récépissé lui soit délivré, sauf si des éléments nouveaux conduisent l'autorité préfectorale à l'autoriser à former une nouvelle demande.

5. Pour refuser d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A, la préfète du Tarn s'est fondée sur la double circonstance que ce dernier avait fait l'objet d'un refus de titre de séjour le 10 juin 2019, confirmé par le tribunal administratif de Toulouse par jugement du 30 avril 2020 puis par arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 30 avril 2021 et qu'il n'apportait " quant à présent aucun nouvel élément à l'appui de (sa) demande ". En se fondant sur de tels motifs, sans rechercher si la nouvelle demande de titre de séjour de M. A présentait un caractère abusif ou dilatoire, la préfète du Tarn a commis une erreur de droit.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé, pour ce motif, à demander l'annulation de la décision du 12 octobre 2021 par laquelle la préfète du Tarn a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, de la décision du 11 janvier 2022 rejetant son recours gracieux. En revanche, les autres moyens de la requête ne sont pas de nature à entraîner l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution./ La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

8. Le présent jugement, qui annule la décision attaquée, eu égard au motif de cette annulation, et dès lors que les autres moyens de la requête ne sont pas de nature à entraîner une telle annulation comme il vient d'être dit, n'implique pas nécessairement que le préfet du Tarn fixe un rendez-vous à M. A pour enregistrer sa demande de titre de séjour, mais seulement qu'il procède au réexamen de sa situation. Par conséquent, il est enjoint au préfet du Tarn de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Dujardin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dujardin de la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle

Article 2 : La décision de la préfète du Tarn du 12 octobre 2021 refusant d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A ainsi que la décision du 11 janvier 2022 rejetant son recours gracieux sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Tarn de procéder au réexamen de la situation de M. A dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera à Me Dujardin une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Dujardin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M.Be A, à Me Dujardin et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

La rapporteure,

B. BISCAREL

La présidente,

F. HÉRY La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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