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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201492

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201492

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201492
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantNACIRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 16 mars et 24 octobre 2022 et le 24 janvier 2023, M. B C, représenté par Me Naciri, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le certificat de résidence algérien sollicité, dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, et, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès ainsi qu'une somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi sur l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle lui serait refusée, mettre à la charge de l'Etat le paiement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Les décisions attaquées :

- sont entachées d'un défaut de compétence de leur signataire ;

- sont entachées d'un défaut de motivation ;

La décision portant refus d'admission au séjour :

- est entachée d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 6 (2°) de l'accord franco-algérien ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle entraîne sur sa situation personnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour ;

- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- est privée de base légale en raison de l'illégalité des décisions portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 13 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 janvier 2023 à 12 h 00.

Une pièce complémentaire, enregistrée le 30 janvier 2023 à 10 h 16, a été présentée pour M. C et n'a pas été communiquée.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 11 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Truilhé, président-rapporteur ;

- et les observations de Me Naciri pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant algérien né le 12 juillet 1993 à Maghnia (Algérie), a déclaré être entré en France le 16 mai 2014 et a sollicité le 20 décembre 2021 son admission au séjour en France au titre de la vie privée et familiale en qualité de conjoint d'une ressortissante française, en conséquence de son mariage, célébré le 13 novembre 2021 à Toulouse avec une ressortissante française, sur le fondement de l'article 6 (2°) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 11 février 2022, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi aux motifs qu'il ne détient pas le visa de long séjour requis pour bénéficier de plein droit de la délivrance d'un certificat de résidence algérien d'un an en qualité de conjoint d'une ressortissante française, que la condition d'une entrée régulière en France lui est en outre opposable et que rien ne justifie de passer outre cette condition, que s'il est marié depuis trois mois avec une ressortissante française, il ne justifie d'aucun obstacle à solliciter depuis son pays d'origine le visa de long séjour requis, que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables, qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, que dans ces conditions il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'il ne fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé et qu'il n'établissait pas être exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la même convention en cas de retour en Algérie. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du § 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière () ". Et aux termes du deuxième alinéa de l'article 9 du même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis alinéa 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. " Il résulte de la combinaison de ces stipulations que la délivrance à un ressortissant algérien d'un certificat de résidence d'un an portant la mention vie privée et familiale en qualité de conjoint de ressortissant français n'est pas subordonnée à la détention d'un visa de long séjour mais à la simple entrée régulière sur le territoire français. La régularité de l'entrée en France d'un étranger admis à séjourner sur le territoire d'un Etat membre de l'Union européenne et en provenance directe du territoire de cet Etat est subordonnée à la souscription, au moment de l'entrée sur le territoire français, de la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de de la convention d'application du 19 juin 1990 de l'accord de Schengen et l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. A l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision du préfet de la Haute-Garonne du 11 février 2022 lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de conjoint de ressortissante française sur le fondement de l'article 6 § 2 de l'accord franco-algérien, M. C fait notamment valoir, sur le terrain de la légalité interne, que cette décision est entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations précitées dudit article en tant qu'elle est fondée sur son absence de visa de long séjour. D'une part, il résulte de ce qui a été exposé au point 2 que l'autorité préfectorale ne pouvait, sans erreur de droit, refuser l'admission au séjour d'un ressortissant algérien en qualité de conjoint de ressortissante française au motif de son absence de visa de long séjour. D'autre part, si la décision de refus de séjour en litige est également fondée sur l'absence de justification d'une entrée régulière sur le territoire national, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment pas des écritures en défense du préfet de la Haute-Garonne qui confirment le caractère déterminant du motif de refus d'admission au séjour tiré de l'absence de visa de long séjour, que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas retenu ce motif. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que la décision de refus de séjour du 11 février 2022 est entachée d'une erreur de droit et, par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, à en demander l'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. L'annulation de la décision de refus d'admission au séjour du requérant à raison de l'erreur de droit susdécrite implique seulement le réexamen de sa demande d'admission au séjour au titre de la vie privée et familiale en qualité de conjoint de ressortissante française conformément aux motifs du présent jugement. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte, de procéder à ce réexamen dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

5. D'une part, dès lors que le requérant ne justifie pas avoir engagé, dans la présente instance, des frais mentionnés à l'article R. 761-1 du code de justice administrative, ses conclusions tendant à la mise à la charge de l'Etat des entiers dépens ne peuvent qu'être rejetées.

6. D'autre part, et en revanche, M. C ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 500 euros à verser à Me Naciri sur le fondement desdites dispositions, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 11 février 2022 édicté par le préfet de la Haute-Garonne à l'encontre de M. C est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de la demande d'admission au séjour en qualité de conjoint de ressortissante française de M. C dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Naciri, conseil de M. C, la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que ledit conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Naciri et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 21 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. Déderen, premier conseiller,

M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.

Le président-rapporteur,

J-C. TRUILHÉ

L'assesseur le plus ancien,

G. DÉDEREN

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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