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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201501

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201501

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201501
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGALINON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mars 2022, Mme A D C, représentée par Me Galinon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 2 février 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler son droit au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 000 euros à son conseil, par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

La décision portant refus de renouvellement de son droit au séjour :

- est entachée d'une incompétence de son signataire ;

- est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits et d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 421-1 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'une incompétence de son signataire ;

- est dépourvue de base légale ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant fixation du pays de renvoi :

- est dépourvue de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 13 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 janvier 2023 à 12 h 00.

Un mémoire, enregistré le 27 janvier 2023, a été présenté pour Mme D C et n'a pas été communiqué.

Mme D C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Truilhé, président-rapporteur ;

- et les observations de Me Galinon pour Mme D C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D C, ressortissante brésilienne née le 9 mars 1993 à Pindamonhangaba (Brésil), est entrée le France le 30 décembre 2019 munie d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour valable du 15 décembre 2019 au 15 décembre 2020 portant la mention " vacances travail / Brésil " et a ensuite bénéficié d'une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " salarié " valable du 9 novembre 2020 au 8 novembre 2021. Elle a sollicité, le 1er octobre 2021, le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 février 2022, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler son droit au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination aux motifs qu'elle ne détiendrait aucune promesse d'embauche ou contrat de travail, ni autorisation de travail délivrée dans les conditions prévues par les articles R. 5221-2 et suivants du code du travail, qu'elle n'établit pas avoir été involontairement privée d'emploi ni bénéficier de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, qu'elle ne remplirait donc pas les conditions requises au sens de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'intéressée, célibataire et sans charge de famille, n'établit pas que ses liens personnels et familiaux en France seraient anciens, intenses et stables compte tenu notamment du fait qu'elle a vécu hors de France jusqu'à l'âge de vingt-six ans, qu'elle n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, que dans ces conditions il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'elle ne fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé et qu'elle n'établit pas être exposée à des traitements contraires à l'article 3 de la même convention en cas de retour au Brésil. La requérante demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / () Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail ".

3. Pour l'application de ces dispositions qui prévoient que la carte de séjour temporaire en qualité de salarié est prorogée d'un an lorsque l'étranger est involontairement privé d'emploi à la date de sa première demande de renouvellement, doit être regardé comme involontairement privé d'emploi l'étranger dont le contrat de travail est rompu, du fait de l'employeur, à la fin de la période d'essai.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme D C a conclu, le 26 octobre 2020, un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet avec la SAS WAAPI. L'intéressée produit une lettre en date du 30 novembre 2020, attestant de la rupture de sa période d'essai et l'informant qu'elle cessera de faire partie des effectifs de la société à compter du 15 décembre 2020. En outre, la requérante se prévaut d'une attestation de son employeur en date du 15 décembre 2020, dont il ressort qu'il a été mis fin à la période d'essai à l'initiative de l'employeur. Si le préfet soutient en défense que la période d'essai de l'intéressée avait une durée de quatre mois mais que sa rupture est intervenue seulement quinze jours après le début du contrat, soit trois semaines après l'obtention de son titre de séjour, cette circonstance ne saurait suffire à caractériser que les documents produits par la requérante seraient des documents de complaisance. Dans ces conditions, Mme D C est fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne, en refusant de renouveler son titre de séjour, a commis une erreur de qualification juridique des faits au regard des dispositions précitées de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens, qu'il y a lieu d'annuler la décision de refus de renouvellement de séjour du 2 février 2022, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " Aux termes de l'article L. 911-2 dudit code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. "

7. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique que le préfet de la Haute-Garonne délivre à Mme D C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Mme D C ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Il n'y a toutefois pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application desdites dispositions en mettant à la charge de l'Etat la somme sollicitée par la requérante au profit de son conseil.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 2 février 2022 édicté par le préfet de la Haute-Garonne à l'encontre de Mme D C est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à Mme D C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ".

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D C, à Me Galinon et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 21 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. Déderen, premier conseiller,

M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.

Le président-rapporteur,

J-C. TRUILHÉ

L'assesseur le plus ancien,

G. DÉDEREN

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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