jeudi 9 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2201536 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | BOUIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 mars 2022 et le 4 janvier 2023, M. C B, représenté par Me Bouix, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2022 par lequel la préfète de l'Ariège a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de douze mois ;
3°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, et de lui remettre dès notification de cette décision, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de réexaminer sa situation et de rendre une décision dans le délai de quatre mois, et de lui remettre dès notification de cette décision, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de procéder à l'effacement du signalement au système d'information Schengen dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 € par jour de retard ;
6°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat prévue en la matière, et en l'absence d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire, mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 € à verser à M. B.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- elles sont insuffisamment motivées, ce qui révèle un défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des articles L. 811-2 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 47 du code civil et 1er du décret du 24 janvier 2015 ;
- elle porte une atteinte excessive à son droit au respect à la vie privée et familiale tel que protégé par les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision du même jour portant de refus de titre de séjour ;
- elle porte une atteinte excessive à son droit au respect à la vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2022, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 6 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23 janvier 2023.
M. B a produit des pièces enregistrées le 25 janvier 2023.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 ;
- le décret n° 2020-1370 du 10 novembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les observations de Me Bouix, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant guinéen, se déclarant né le 10 juin 2003, serait entré irrégulièrement sur le territoire français le 26 novembre 2018. Par une ordonnance aux fins de placement provisoire du 8 février 2019 du procureur de la République du tribunal de grande instance de Rodez, il a été placé à l'aide sociale à l'enfance. Par un jugement en assistance éducative du 14 février 2019 du juge des enfants du tribunal de grande instance de Toulouse, il a vu son placement à l'aide sociale à l'enfance confirmé. Il a alors été scolarisé dans un collège général puis dans un lycée professionnel pour y suivre une formation aux métiers du commerce et de la vente et a réussi en juillet 2021 les épreuves intermédiaires du baccalauréat professionnel. Le 20 août 2021, M. B a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auprès des services de la préfecture de l'Ariège, en qualité de mineur isolé confié à l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans. Par un arrêté du 20 janvier 2022, la préfète de l'Ariège a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Par sa requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du 5 juillet 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".
4. Lorsqu'elle examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale ", présentée sur le fondement de ces dispositions, l'autorité administrative vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, elle ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'il a portée.
5. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour produit à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil (). La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au séjour sollicité sont subordonnés à la production de ces documents () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. " Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Aux termes des dispositions de l'article 1er du décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 relatif aux modalités de vérification d'un acte de l'état civil étranger : " Lorsque, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger, l'autorité administrative saisie d'une demande d'établissement ou de délivrance d'un acte ou de titre procède ou fait procéder, en application de l'article 47 du code civil, aux vérifications utiles auprès de l'autorité étrangère compétente, le silence gardé pendant huit mois vaut décision de rejet. Dans le délai prévu à l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration, l'autorité administrative informe par tout moyen l'intéressé de l'engagement de ces vérifications ".
6. Il résulte de la combinaison des articles L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 47 du code civil et de l'article 1er du décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 qu'en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger, et pour écarter la présomption d'authenticité dont bénéficie un tel acte lorsqu'il est rédigé dans les formes usitées dans ce pays, l'autorité administrative procède aux vérifications utiles ou y fait procéder auprès de l'autorité étrangère compétente. Il incombe donc à l'administration de renverser la présomption précitée en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. En revanche, l'administration française n'est pas tenue de solliciter nécessairement et systématiquement les autorités d'un autre Etat, en particulier lorsque l'acte est, compte tenu de sa forme et des informations dont dispose l'administration française sur la forme habituelle du document en question, manifestement falsifié.
7. Aux termes de l'article 1er du décret n° 2020-1370 du 10 novembre 2020 relatif à la légalisation des actes publics établis par une autorité étrangère : " Sauf engagement international contraire, tout acte public établi par une autorité étrangère et destiné à être produit en France () doit être légalisé pour y produire effet () ". L'article 3 du même décret dispose que : " I. - L'ambassadeur ou le chef de poste consulaire français peut légaliser : / 1° Les actes publics émis par les autorités de son Etat de résidence, légalisés le cas échéant par l'autorité compétente de cet Etat () ". L'article 4 dudit décret prévoit toutefois que : " Par dérogation au 1° du I de l'article 3, peuvent être produits en France () : / 1° Les actes publics émis par les autorités de l'Etat de résidence dans des conditions qui ne permettent manifestement pas à l'ambassadeur ou au chef de poste consulaire français d'en assurer la légalisation, sous réserve que ces actes aient été légalisés par l'ambassadeur ou le chef de poste consulaire de cet Etat en résidence en France. / Le ministre des affaires étrangères rend publique la liste des Etats concernés () ". L'annexe 8 du tableau récapitulatif de l'état actuel du droit conventionnel en matière de légalisation, publié sur le site du ministère des affaires étrangères précise que : " En application du 1° de l'article 4 du décret précité, les Etats pour lesquels les services consulaires français ne sont pas en mesure de procéder à la légalisation des actes publics qu'ils émettent sont les suivants : / - République de Guinée () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que si les actes publics émis par les autorités guinéennes, tels que les actes émanant des juridictions judiciaires et les actes de l'état civil établis par les officiers de l'état civil, doivent faire l'objet d'une légalisation pour produire effet en France, cette légalisation peut valablement être effectuée par l'ambassadeur ou le chef de poste consulaire de Guinée en résidence en France.
8. Lorsqu'est produit devant l'administration un acte d'état civil émanant d'une autorité étrangère qui a fait l'objet d'une légalisation, sont en principe attestées la véracité de la signature apposée sur cet acte, la qualité de celui qui l'a dressé et l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu. En cas de doute sur la véracité de la signature, sur l'identité du timbre ou sur la qualité du signataire de la légalisation, il appartient à l'autorité administrative de procéder, sous le contrôle du juge, à toutes vérifications utiles pour s'assurer de la réalité et de l'authenticité de la légalisation. La légalisation se bornant à attester de la régularité formelle d'un acte, la force probante de celui-ci peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. Par suite, en cas de contestation de la valeur probante d'un acte d'état civil légalisé établi à l'étranger, il revient au juge administratif de former sa conviction en se fondant sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. A la condition que l'acte d'état civil étranger soumis à l'obligation de légalisation et produit à titre de preuve devant l'autorité administrative ou devant le juge présente des garanties suffisantes d'authenticité, l'absence ou l'irrégularité de sa légalisation ne fait pas obstacle à ce que puissent être prises en considération les énonciations qu'il contient.
9. Il ressort des pièces du dossier que, pour justifier de sa date de naissance le 10 juin 2003 à Conakry, M. B a présenté un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance rendu par le tribunal de première instance de Conakry III-Mafanco le 16 octobre 2018, transcrit le 30 octobre 2018 en marge des registres de l'état civil de la commune de Matam Conakry et légalisé le 10 février 2022 par le chef du greffe du ministère des affaires étrangères de Guinée et le 25 février 2022 par la chargée des affaires consulaires de l'ambassade de Guinée en France, ainsi qu'une carte d'identité consulaire délivrée le 12 mars 2020 par l'ambassade de Guinée en France et renouvelée le 16 mars 2022. S'il est constant que la double légalisation du jugement supplétif d'acte de naissance est intervenue postérieurement à la décision de refus de séjour du 20 janvier 2022, elle se rapporte à un état de fait préexistant à celle-ci relatif à la date du 10 juin 2003 comme étant celle de la naissance du requérant.
10. Pour s'opposer au renouvellement du titre de séjour de M. B, la préfète de l'Ariège s'est fondée, d'une part, sur le rapport d'analyse technique du 5 mars 2021 de la cellule fraude documentaire et à l'identité de la direction interdépartementale de la police aux frontières de Toulouse, l'expert ayant estimé que le jugement supplétif n°13638 du 16 octobre 2018 et l'extrait du registre de l'état-civil n° 4134 du 30 octobre 2018 produits par l'intéressé comportaient des irrégularités et n'étaient donc pas recevables, en indiquant notamment que ces documents ne comportent pas de sécurités de base, telles que l'utilisation de papier fiduciaire ou de l'offset, et qu'une simple imprimante jet d'encre ou laser suffit à éditer ces actes, et que la production de faux sous ces modèles est aisée, que s'agissant du jugement, cet acte est daté que d'un jour d'écart de la requête et qu'il est exposé, dans le corps de cet acte, que des documents ont été versés au dossier et que le délibéré a été prononcé après l'enquête et l'audition des deux témoins majeurs, laissant très peu de place à une réelle instruction et notamment à la vérification du certificat de non-inscription dans les registres, d'autre part, sur ce jugement supplétif et l'extrait du registre de l'état-civil en cause ne respectent pas l'article 174 du code civil guinéen, qui prévoit que l'officier d'état civil ou le président du tribunal doit donner lecture des actes aux parties comparantes, aux témoins et en faire mention, dès lors que le jugement supplétif ne comporte aucune mention, ni l'article 176 du code précité, qui prévoit que ces actes doivent être signés par l'officier d'état civil, les comparants et les témoins, ou comporter la mention de la cause empêchant les signatures, dès lors que le jugement supplétif ne comporte aucune mention d'empêchement, ni l'article 196 du même code, qui prévoit que lesdits actes doivent énoncer les jours, heure et lieu de naissance, sexe et prénoms de l'enfants, ainsi que les noms, prénoms, âges, professions et domiciles des père et mère, et enfin sur le fait que le numéro séquentiel sous lequel ce jugement supplétif a été enregistré apparaît fantaisiste dès lors que ce nombre de 13 638 enregistrements à la date du 16 octobre 2018 à laquelle aurait été rendu ce jugement exigerait pour pouvoir être atteint environ 48 délibérations par jour, week-end inclus. La préfète a donc conclu à l'irrégularité et à l'irrecevabilité des documents d'état civil présentés par l'intéressé. Elle a par ailleurs dénié le caractère authentique du passeport délivré le 12 mars 2020 par les autorités guinéennes en faisant valoir qu'il a été établi sur simple présentation des actes d'état-civil précités.
11.Toutefois, dès lors que la préfète de l'Ariège s'est abstenue de saisir aux fins de vérification les autorités guinéennes, il lui appartient d'apporter la preuve non seulement du caractère irrégulier du jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance du 16 octobre 2018, mais de son caractère manifestement falsifié. Tandis qu'il est constant que le jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance du 16 octobre 2018 ont été légalisés par la chargée des affaires consulaires de l'ambassade de Guinée en France, la préfète fait valoir que ledit jugement méconnaît les articles 174, 176 et 196 du code civil guinéen, en ce que respectivement il ne mentionne pas la lecture des actes au déclarant et aux témoins, il ne comporte pas le contreseing du déclarant et des témoins et il ne mentionne pas l'âge et la profession des parents. Toutefois, il ne résulte pas de ces dispositions qu'elles seraient applicables au jugement supplétif dès lors qu'elles ne sont pas prévues par son article 193. En toute état de cause, ces anomalies sont insuffisantes, dans les circonstances de l'espèce, pour établir le caractère manifestement falsifié du jugement supplétif, de sorte que M. B justifie de son état-civil par des documents probants.
12. Il résulte de ce qui précède que la préfète de l'Ariège ne pouvait légalement refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par M. B, qui entrait dans le champ des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en se fondant sur la circonstance que ce dernier ne justifiait pas de son âge à la date de sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 janvier 2021 par lequel la préfète de l'Ariège lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Sur les conclusions aux fins d'injonctions :
13. Le motif d'annulation de l'arrêté du 20 janvier 2021 n'implique pas nécessairement qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " soit délivrée à M. B, dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que ce dernier remplisse effectivement l'ensemble des conditions posées par l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour sur ce fondement. Dans ces conditions, il y a seulement lieu d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de réexaminer la demande de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Bouix, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 20 janvier 2022 est annulé en toutes ses dispositions.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Ariège de réexaminer la demande de M. B dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.
Article 4 : L'État versera la somme de 1 500 euros à Me Bouix, au titre des frais liés au litige sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Bouix et à la préfète de l'Ariège.
Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
M. Luc, premier conseiller,
Mme Jorda, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.
L'assesseur le plus ancien
C. LUC
Le président-rapporteur,
D. ALa greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
2201536
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026