jeudi 13 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2201537 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | OUDDIZ-NAKACHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 mars 2022, M. D A B, représenté par Me Ouddiz-Nakache, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour " salarié ", à défaut de réexaminer sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en le munissant dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux, notamment en ce qu'il a été rendu plus d'un an et demi après sa demande de régularisation ;
- le délai excessif de réponse de la préfecture constitue une rupture d'égalité devant les charges publiques ;
- l'arrêté contesté méconnaît l'article L.313-11 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale telle que protégée par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 avril 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. A B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 11 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Ouddiz-Nakache, représentant M. A B.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A B, de nationalité marocaine, est entré en France selon ses déclarations le 8 juillet 2015. Le 22 juillet 2020, M. A B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par arrêté du 11 février 2022, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A B doit être regardé comme demandant à titre principal l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués () ".
3. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet de la Haute-Garonne a visé les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a fait application ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. S'il n'a pas visé l'article L. 313-11 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'était plus applicable à la date de la décision contestée, il a visé l'article L. 423-1 de ce code qui a repris en substance les dispositions de l'ancien article L.313-11 (4°). Par ailleurs, dès lors qu'il n'a pas fait application de l'article L. 313-10 du même code, repris à l'article L.421-1 de ce code, il n'avait pas à viser ces dispositions. Il a également retracé les principaux éléments de la situation familiale de M. A B, en indiquant les raisons pour lesquelles il a considéré qu'il ne remplissait pas les conditions pour bénéficier du titre de séjour sollicité et devait être éloigné du territoire. La contestation par le requérant des motifs tirés du défaut de communauté de vie et d'absence de visa long séjour relève de la légalité interne et ne révèle pas en l'espèce un défaut de motivation. Ainsi, la décision de refus de titre de séjour opposée à M. A B comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui constituent son fondement. Par suite, l'obligation de quitter le territoire, qui en l'espèce, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, est également suffisamment motivée. Enfin, la décision fixant le pays de renvoi, qui rappelle la nationalité du requérant et précise qu'il n'établit pas être exposé à des risques personnels en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne aurait omis de procéder à un examen sérieux de la situation de M. A B. Si l'arrêté contesté ne fait pas état de son activité professionnelle, la demande de titre de séjour a été déposée par le requérant sur le fondement de la vie privée et familiale et non en tant que salarié. Le délai de plus d'un an et demi mis par les services préfectoraux pour statuer sur la demande de M. A B, si regrettable soit-il, ne révèle pas par lui-même un défaut d'examen de sa situation ni un vice de procédure de nature à entacher d'illégalité l'arrêté contesté. Par ailleurs, le moyen tiré de la rupture d'égalité devant les charges publiques n'est pas assorti des précisions permettant au juge d'en apprécier la portée.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage; /2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; /3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L.412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L.412-2 et L.412-3, la première délivrance d'une carte temporaire de séjour ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger un visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L.411-1 ". Aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L.412-1 n'est pas opposable ".
6. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. A B, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur l'absence de visa long séjour et d'entrée régulière sur le territoire français. Si M. A B soutient qu'il était dans l'impossibilité d'obtenir un visa long séjour en raison de la pandémie de Covid 19, il ne l'établit pas. S'il soutient que la grossesse de son épouse à la date de sa demande de titre de séjour lui permettait de régulariser son entrée sur le territoire, en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier qu'il n'était pas le père de l'enfant à naître de son épouse.
7. Le préfet de la Haute-Garonne s'est également fondé sur l'absence de communauté de vie entre les époux. M. A B ne conteste pas la rupture de la vie commune à la date de la décision contestée, date à laquelle s'apprécie sa légalité. Si M. A B soutient que cette séparation résulte d'une faute commise par son épouse alors que sa propre intention matrimoniale était sincère, cette circonstance est sans incidence sur la réalité de cette séparation et le bien fondé du motif retenu par le préfet.
8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté dans ses deux branches.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
10. M. A B fait valoir qu'il réside en France depuis sept ans, qu'il s'y est intégré et bénéficie d'une promesse d'embauche comme plaquiste. Toutefois, il n'établit pas avoir noué en France des relations personnelles ou y disposer d'attaches familiales fortes et stables, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il est séparé depuis décembre 2020 de son épouse, qui a demandé le divorce, et qu'il n'est pas isolé au Maroc où résident ses parents. Dans ces conditions, l'arrêté contesté ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A B une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit ainsi être écarté.
Sur les autres conclusions :
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 11 février 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte comme celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B, à Me Ouddiz-Nakache et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme C, magistrate honoraire,
Mme Nègre-Le Guillou, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.
La rapporteure,
C. C
La présidente,
F. HÉRY
Le greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
la greffière en chef,
ou par délégation, le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026