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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201545

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201545

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201545
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantAMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mars 2022, M. A B, représenté par Me Tercero, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2021 par lequel la préfète de l'Ariège a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de lui délivrer un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de quinze jours suivants la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au profit de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative combinées avec le 2ème alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Par un jugement du 16 juin 2022, le magistrat désigné a, d'une part annulé l'arrêté attaqué de la préfète de l'Ariège en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi, d'autre part, statué sur les conclusions à fin d'injonction ainsi que sur celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, enfin, renvoyé à une formation collégiale les conclusions à fin d'annulation du refus de délivrance d'un titre de séjour.

M. B soutient que la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'articles L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il n'est pas établi que l'avis du collège des médecins de l'OFII aurait été rendu dans les conditions régulières, s'agissant de l'absence, au sein de ce collège, du médecin rapporteur, de la collégialité de la délibération et de la signature de l'avis rendu par les trois médecins composant le collège.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 juin 2022, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Par une ordonnance du 16 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2023 à 12:00.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 202Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Cherrier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais né le 12 décembre 1979 à Kinshasa, est entré irrégulièrement en France le 29 septembre 2016. Il a formé une demande d'asile le 14 novembre 2016, qui a été rejeté par l'office français des réfugiés et apatrides par une décision du 31 août 2018, confirmée le 25 septembre 2019 par la commission nationale du droit d'asile. Le 28 janvier 2020, il a sollicité son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale en qualité d'étranger malade. Une carte de séjour lui a été délivrée pour la période du 21 avril 2020 au 20 avril 2021, dont il a demandé le renouvellement le 11 mars 2021. Par un arrêté en date du 27 juillet 2021, la préfète de l'Ariège a pris à son encontre une décision portant refus de renouvellement de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi. M. B a demandé au Tribunal d'annuler cet arrêté. Par un jugement du 16 juin 2022, le magistrat désigné a, d'une part annulé l'arrêté attaqué de la préfète de l'Ariège en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi, d'autre part, statué sur les conclusions à fin d'injonction ainsi que sur celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, enfin, renvoyé à une formation collégiale les conclusions à fin d'annulation du refus de délivrance d'un titre de séjour.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () " Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Selon son article R. 425-13 : " () Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. " Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " () Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. " Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 6 novembre 2014 relative aux délibérations à distance des instances administratives à caractère collégial : " I. - La présente ordonnance s'applique aux autorités administratives régies par la loi du 12 avril 2000 susvisée, à l'exception des organes délibérants des collectivités territoriales et de leurs groupements. Elle s'applique, sauf disposition particulière les régissant, aux organismes privés chargés de la gestion d'un service public administratif. (). ". Aux termes de l'article 4 de ladite ordonnance : " I. - La validité des délibérations organisées selon les modalités prévues aux articles 2 et 3 est subordonnée à la mise en œuvre d'un dispositif permettant l'identification des participants et au respect de la confidentialité des débats vis-à-vis des tiers. () ".

3. Il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que, pour refuser à M. B le renouvellement de son titre de séjour en raison de son état de santé, la préfète de l'Ariège s'est principalement fondée sur un avis rendu le 12 mai 2021 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), lequel a considéré, contrairement à un précédent avis, que si l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. M. B soulève l'irrégularité de la procédure de consultation de ce collège de médecins en soutenant notamment que cette instance n'aurait pas délibéré de manière collégiale et que son avis n'aurait pas été signé par trois médecins composant le collège national. La préfète de l'Ariège, qui s'est abstenue de produire l'avis en cause, n'a pas démontré la régularité de la procédure suivie devant le collège de médecins. Dès lors qu'il n'est pas établi que M. B aurait bénéficié effectivement des garanties procédurales prévues par les dispositions précitées, il est fondé à soutenir que la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour est entachée d'un vice de procédure et doit, pour ce motif, être annulée.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète de l'Ariège en date du 27 juillet 2021 est annulé en tant qu'il porte refus de renouvellement du titre de séjour de M. B.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Tercero et à la préfète de l'Ariège.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

M. Rives, conseiller,

Mme Jorda, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

L'assesseur le plus ancien

A. RIVES

La présidente-rapporteure,

S. CHERRIER La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

N°2201545

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