jeudi 22 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2201562 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SARASQUETA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoires enregistrés le 18 mars 2022 et le 8 août 2022, M. C A, représenté par Me Sarasqueta, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne l'effacement du signalement de M. A dans le fichier de non-admission au système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'État, à verser à son conseil, la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à verser à lui-même sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
L'ensemble de l'arrêté attaqué :
- est pris par un signataire incompétent ;
- est insuffisamment motivé ;
La décision portant refus de titre de séjour :
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 (9°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle et quant aux conséquences qu'elle emporte pour sa situation personnelle ;
- méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
La décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;
La décision portant fixation du pays de destination :
- dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- dépourvue de base légale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire et portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense et un mémoire en réplique enregistrés le 15 avril 2022 et le 30 août 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Katz a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant albanais né le 11 septembre 1980 entré en France le 14 avril 2019, a sollicité le bénéfice de l'asile 15 mai 2019 avant de voir sa demande rejetée une première fois le 24 juin 2020 par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, puis définitivement le 23 novembre 2020 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 28 janvier 2021, il a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Toulouse le 23 mars 2021 puis par la cour administrative d'appel de Bordeaux le 21 janvier 2022. Le 16 mars 2022, il est interpelé et auditionné par les services de police à l'issue d'un contrôle d'identité. Le même jour, le préfet de la Haute-Garonne a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai, interdiction de retour pour une durée d'un an et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. A, qui a sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle le 16 décembre 2022, a été admis au bénéfice de cette aide totale par une décision du 24 mai 2023. Par suite, les conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
En ce qui concerne l'ensemble de l'arrêté :
3. En premier lieu, par l'arrêté n°31-2021-09-20-00001 du 20 septembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n°31-2021-325, le préfet de la Haute-Garonne a donné à Mme D B, directrice des migrations et de l'intégration, délégation à l'effet de signer tous les actes relevant des attributions de l'Etat dans le département et notamment tous les actes, demandes et requêtes pris en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été prise par une autorité incompétente doit être écarté.
4. En second lieu, l'attaqué contient l'ensemble des considérations de droit et de fait précis et circonstanciés qui en constituent le fondement. L'arrêté attaqué est ainsi suffisamment motivé, il ressort de cette motivation que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de l'ensemble de la situation personnelle de M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être attaqué.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
5. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la situation personnelle du requérant n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Ce moyen doit par conséquent être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
6. En premier lieu il résulte de l'article L. 611-3 (9°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
7. M. A indique être suivi médicalement, mais il n'a jamais fait de demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade et n'apporte à l'appui de ses déclarations qu'un certificat médical daté du 14 décembre 2021 au terme duquel " Il nécessite des soins médicaux continus et importants dont il ne pourrait bénéficier dans son pays d'origine ". Dans ces conditions, l'intéressé ne démontre nullement que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure en méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 (9°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En deuxième lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le requérant ne peut exciper de l'illégalité de cette décision pour contester l'obligation de quitter le territoire français.
9. En troisième et dernier lieu, M. A est entré en France le 14 avril 2019 après avoir vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine, l'Albanie. Il fait valoir la présence sur le territoire de son épouse ainsi que de son fils âgé de 17 ans, lequel est scolarisé au sein d'une unité localisée pour l'inclusion scolaire (ULIS) en première année de CAP " électricien " au lycée professionnel Saint Joseph - La Salle à Toulouse, et dont l'éloignement de son père pourrait entrainer pour lui de graves conséquences. Toutefois, d'une part, le requérant qui n'établit pas l'impossibilité de reconstituer la cellule familiale en Albanie, ne démontre pas davantage qu'il serait impossible pour son fils d'y bénéficier du soutien scolaire dont il aurait besoin. D'autre part, M. A ne justifie d'aucune insertion particulière dans la société française. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ni d'erreur de droit au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, que le préfet a pu prendre la décision attaquée.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
10. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, le requérant ne peut exciper de l'illégalité de cette décision pour contester le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "
12. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté, que M. A s'est maintenu sur le territoire français au-delà du délai de trois mois susmentionnés et n'a jamais sollicité de titre de séjour. En outre, l'intéressé s'est également soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 28 janvier 2021. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation ni d'erreur de droit au regard de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. A pour l'exécution de sa mesure d'éloignement. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :
13. La décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, le requérant ne peut exciper de l'illégalité de cette décision pour contester la décision portant fixation du pays de destination.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
14. En premier lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire n'étant pas illégales, le requérant ne peut exciper de l'illégalité de cette décision pour contester la décision portant fixation du pays de destination.
15. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () " Aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "
16. Pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus et dès lors que M. A ne démontre aucune considération humanitaire, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et quant à sa situation personnelle, doivent être écartés.
17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A, doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. A.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E, à Me Sarasqueta et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
Mme Jorda, conseillère,
Mme Péan, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.
L'assesseure la plus ancienne
V. JORDA
Le président-rapporteur,
D. KATZLa greffière,
C. CASTRILLO
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026