mardi 5 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2201565 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | DURAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 mars 2022, M. C A, représenté par Me Durand, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 20 janvier 2022 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser rétroactivement les sommes correspondant aux allocations pour demandeur d'asile à compter du 10 mars 2021, dans le délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou à tout le moins de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII le paiement de la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'OFII cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen attentif et individualisé de sa situation et de sa vulnérabilité ; sa pathologie n'a pas été prise en compte ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit dès lors que l'OFII s'est cru à tort en situation de compétence liée par la requalification de la procédure en procédure accélérée ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de son état de vulnérabilité et des conséquences disproportionnées sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît le droit fondamental du requérant à bénéficier des conditions matérielles d'accueil, corollaire du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 11 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Le rapport de Mme Biscarel a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant algérien né le 11 octobre 1992, a présenté une demande d'asile enregistrée le 21 octobre 2020. Il a bénéficié le même jour d'une offre de prise en charge par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 21 décembre 2020, l'OFII a suspendu les conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait. Puis, après l'expiration du délai de transfert vers les autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile, M. A a présenté une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 20 janvier 2022, l'OFII a refusé de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Par une décision du 11 janvier 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est devenue sans objet.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
5. La décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles l'OFII s'est fondé pour refuser de rétablir les conditions matérielles d'accueil à M. A. L'OFII, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant, a ainsi suffisamment motivé sa décision.
6. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni d'aucune pièce du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de M. A.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".
8. Il résulte des dispositions précédemment citées que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où il a été mis fin aux conditions matérielles d'accueil, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
9. Pour refuser de faire droit à la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil formée par M. A, le directeur territorial de l'OFII a retenu que le requérant n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de respecter son obligation de pointage les mardis et jeudis dans le cadre de la procédure " Dublin ". L'OFII en justifie par la production du procès-verbal de carence de présentation dressé par le commissariat de Toulouse le 27 novembre 2020. Ainsi, dès lors que le requérant ne s'est pas présenté aux autorités les 19, 24 et 26 novembre 2020, c'est à bon droit qu'il a été regardé comme n'ayant pas respecté son obligation de pointage prévue par l'arrêté portant assignation à résidence du préfet de la Haute-Garonne du 19 novembre 2020. Dans ces conditions, l'OFII a pu à bon droit considérer que M. A n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil le 21 octobre 2020 et refuser, pour ce motif, de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que l'OFII aurait méconnu l'étendue de sa compétence en refusant automatiquement le rétablissement des conditions matérielles d'accueil à M. A, sans examiner sa situation personnelle.
10. En dernier lieu, M. A soutient que son état de santé caractérise une vulnérabilité justifiant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le 27 décembre 2021 l'OFII a procédé à un entretien de vulnérabilité de M. A préalablement à l'édiction de la décision attaquée, alors qu'au demeurant aucune disposition ni aucun principe général ne l'impose. Au cours de cet entretien, le requérant a fait état de ses problèmes de santé et a sollicité un avis du médecin de l'OFII " MEDZO ". Par un avis circonstancié du 13 janvier 2022, le médecin coordonnateur de la zone Sud-Ouest de l'OFII a évalué la vulnérabilité du requérant à un " niveau 1 : priorité pour un hébergement, sans caractère d'urgence " sur une échelle de 0 à 3 et a mentionné dans la partie réservée au commentaire et préconisation : " nécessité d'une prise en charge spécialisée disponible dans ville chef-lieu de département ". La seule production d'un certificat médical daté du 23 février 2022 dont il ressort qu'il présente " une maladie de Crohn sévère nécessitant un suivi par consultations, examens paracliniques et endoscopiques au long cours ainsi qu'un traitement immunosuppresseur au long cours, ainsi que des hospitalisations en cas de nouvelle poussée, dont l'interruption pourra être responsable de conséquences d'une exceptionnelle gravité ", n'est pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par l'OFII. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'OFII aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation, ni que la décision attaquée aurait porté atteinte à son droit fondamental de bénéficier des conditions matérielles d'accueil.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de la décision du 20 janvier 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, tout comme celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Durand et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.
La rapporteure,
B. BISCAREL
La présidente,
B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026