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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201640

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201640

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201640
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBENAC FANNY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mars 2022 et un mémoire enregistré le 2 novembre 2022, M. B C, représenté par Me Benac, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui renouveler un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire " entrepreneur/profession libérale " d'un an renouvelable dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État.

M. C soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée ne répond pas aux exigences de motivation imposées par les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il justifie de la viabilité économique de son activité ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle et familiale ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est illégale en raison de l'ensemble des moyens précédemment soulevés ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle et familiale ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est intervenue en l'absence de demande du requérant ;

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est illégale car le préfet s'est placé en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation pour ne pas lui avoir accordé un délai de départ supérieur ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 23 février 2022, M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

Par ordonnance du 1er mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 16 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention du 1er août 1995 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- l'accord du 23 septembre 2006 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires et l'avenant à cet accord signé le 25 février 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de M. Quessette, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant sénégalais, né le 13 septembre 1990, est entré en France le 10 septembre 2015 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour " étudiant ". Il a ensuite bénéficié de titres de séjour, régulièrement renouvelés, jusqu'à l'obtention d'une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 15 janvier 2021 portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ". Le 14 avril 2021, l'intéressé a sollicité le renouvellement de son droit au séjour et le changement de son statut sur le fondement de l'article L. 422-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 9 août 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, M. C ne peut utilement invoquer les dispositions de la loi du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs dont les dispositions pertinentes ont été abrogées à compter du 1er janvier 2016.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle comporte tous les éléments de fait et de droit sur lesquels le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité. Elle comporte des éléments sur les principaux aspects de sa vie privée et familiale, le préfet n'étant nullement tenu, contrairement à ce que soutient le requérant, de reprendre de manière exhaustive les éléments de sa situation personnelle. Par suite, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé et le moyen qui manque en fait, doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. C.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " d'une durée maximale d'un an ". Aux termes de l'article L. 422-10 dudit code : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret, soit avoir été titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent-chercheur " délivrée sur le fondement de l'article L. 421-14 et avoir achevé ses travaux de recherche, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : / 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ; / 2° Il justifie d'un projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à sa formation ou à ses recherches ". Aux termes de l'article L. 422-12 de ce même code : " Lorsque la carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " est délivrée en application du 2° de l'article L. 422-10, l'intéressé justifiant de la création et du caractère viable d'une entreprise répondant à la condition énoncée au même 2° se voit délivrer, à l'issue de la période d'un an, la carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " prévue à l'article L. 421-5 ou la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " prévue à l'article L. 421-16 ".

7. Il résulte des dispositions précitées, lesquelles sont applicables aux ressortissants sénégalais dès lors que la convention et l'accord franco-sénégalais susvisés ne contiennent pas de stipulations relatives aux titres de séjour délivrés pour l'exercice d'une activité d'entrepreneur, que l'étranger qui a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " sur le fondement du 2° de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut bénéficier, à l'issue d'une période d'un an, d'un renouvellement de son droit au séjour pour une durée d'un an au titre de l'exercice d'une profession commerciale, industrielle ou artisanale que sous couvert d'un changement de statut au profit d'un titre " entrepreneur / profession libérale ", sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 422-12 et L. 421-5 du même code. La délivrance d'un tel titre est subordonnée, notamment, à la viabilité économique de l'activité envisagée. Lorsque l'étranger est lui-même le créateur de l'activité qu'il vient exercer, il lui appartient de présenter à l'appui de sa demande les justificatifs permettant d'évaluer la viabilité économique de son activité ou entreprise, que celle-ci soit encore au stade de projet ou déjà créée.

8. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Garonne a considéré que M. C n'établissait pas la viabilité économique de son activité de conseil en aéronautique. Pour contester cette appréciation, M. C verse au dossier l'extrait Kbis de sa société créée le 1er mars 2021, l'attestation d'assurance responsabilité civile et professionnelle, un contrat de domiciliation d'entreprise et un " plan d'affaires ", assortie d'une étude financière prévisionnelle sur trois ans. Il ressort notamment de l'étude prévisionnelle financière de cette entreprise créée sous le statut d'autoentrepreneur, élaborée par ses soins, que la trésorerie de départ de l'entreprise s'élève à 900 euros. Il envisage au cours de sa première année d'exercice, un produit d'exploitation de 75 000 euros, porté à 82 500 euros au cours de sa deuxième année d'exercice et à 94 875 euros au cours de la troisième année de l'entreprise. Toutefois, ces prévisions ne sont étayées par aucune étude de marché potentiel et se bornent à énumérer les entreprises susceptibles d'être démarchées. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. C ne dispose d'aucun partenaire, qu'il n'est pas accompagné par une banque et, qu'à la date de l'arrêté attaqué, il ne disposait toujours d'aucun client, en dépit des quelques prospections dont il justifie. Dans ces conditions, le préfet ne peut être regardé comme ayant commis une erreur d'appréciation en estimant que M. C ne justifiait pas de l'exercice d'une activité économiquement viable lui procurant des moyens d'existence suffisants, au sens de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En cinquième lieu, si M. C allègue avoir fixé le centre de ses attaches personnelles en France, où il réside depuis six ans en situation régulière, l'intéressé est célibataire et sans enfants. Par ailleurs, bien qu'il se prévale de la présence sur le territoire national d'un cousin et de sa fiancée, ressortissante sénégalaise, celle-ci est bénéficiaire d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " et n'a pas vocation à rester en France. La seule production de diplômes universitaires obtenus en France, d'une promesse d'embauche postérieure à la décision attaquée, ainsi que la simple déclaration de création de l'entreprise qu'il y a nouvellement créée, dont il ne démontre pas la viabilité ainsi qu'il vient d'être dit, ne suffisent pas à établir une intégration particulière sur le territoire français. Par ailleurs, l'intéressé ne démontre pas être dépourvu de tous liens familiaux et personnels dans son pays d'origine, le Sénégal, où il a vécu jusqu'à ses vingt-cinq ans et où résident ses parents, ses deux sœurs et son frère. Il suit de là que M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle et familiale.

10. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Il est constant que M. C a sollicité un titre de séjour en qualité d'entrepreneur et il résulte des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne n'a pas examiné son droit au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit au respect d'une vie privée et familiale garanti par l'article 8 précité est inopérant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, selon les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Il résulte de ces dispositions que si elles imposent de motiver l'obligation de quitter le territoire français, elles la dispensent d'une motivation spécifique en cas de refus de titre de séjour. Dans cette hypothèse, la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir ledit refus d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, une motivation particulière.

13. Si, comme mentionné au point 2, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la loi du 11 juillet 1979, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 et 11 que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être regardée comme suffisamment motivée, compte tenu du caractère suffisant de la motivation de la décision portant refus de titre de séjour.

14. En deuxième lieu, les dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations invoquées par M. C figurent désormais dans le code des relations entre le public et l'administration, en particulier aux articles L. 121-1 et L. 122-1. Il ressort toutefois et en tout état de cause des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative oblige un ressortissant étranger à quitter le territoire français. Les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration imposant de façon générale le respect d'une procédure contradictoire préalable aux décisions individuelles soumises à l'exigence de motivation ne peuvent donc être utilement invoquées à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.

15. En troisième lieu, la décision de refus de délivrance de titre de séjour n'étant pas illégale, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas dépourvue de base légale. Par suite, le moyen doit être écarté.

16. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, doivent être écartés pour les motifs qui viennent d'être exposés.

17. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à la situation du requérant.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

18. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

19. Il résulte des dispositions précitées que lorsque l'autorité administrative prévoit qu'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement dispose du délai de départ volontaire de trente jours, qui est le délai normalement applicable, ou d'un délai supérieur, elle n'a pas à motiver spécifiquement sa décision. Au demeurant, la décision attaquée mentionne, en visant les textes sur lesquels elle est fondée, les éléments tenant à la situation personnelle de M. C en précisant notamment la durée et les conditions du séjour du requérant en France et sa situation privée et familiale. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait formulé une demande de délai supérieur ni que sa situation personnelle justifie, à titre exceptionnel, qu'un délai supérieur lui soit accordé. Dès lors que le délai d'un mois accordé à un étranger pour exécuter une obligation de quitter le territoire français est le délai de droit commun le plus long susceptible d'être accordé en application des dispositions précitées de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'absence de prolongation de ce délai n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, distincte de celle du principe même de ladite obligation, à moins que l'étranger justifie d'éléments suffisamment précis sur sa situation personnelle, notamment la durée de son séjour en France, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux sur le territoire français, susceptibles de rendre nécessaire une telle prolongation. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle de M. C aurait justifié une prolongation du délai de départ volontaire. Par suite, la décision accordant un délai de départ volontaire d'un mois doit être regardée comme satisfaisant à l'obligation de motivation et pouvait intervenir en l'absence de demande du requérant.

20. En deuxième lieu, le requérant, n'ayant pas démontré l'illégalité du refus de son titre de séjour ni de l'obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours.

21. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté ni des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation particulière de M. C avant de lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. De même, il ne ressort pas des termes de l'arrêté litigieux ni des autres pièces du dossier que le préfet se serait cru, à tort, en situation de compétence liée pour prendre la décision attaquée, alors que M. C n'établit pas avoir sollicité un délai de départ volontaire d'une durée supérieure à trente jours.

22. En dernier lieu, si M. C soutient qu'un délai de trente jours pour quitter le territoire français est insuffisant pour une personne ayant vécu de nombreuses années en France, il ne fait état d'aucune circonstance particulière qui nécessiterait l'octroi d'un délai supplémentaire. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation soulevés sur ce point ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

23. La décision contestée, qui rappelle la nationalité du requérant et précise qu'il n'établit pas être exposé à des risques personnels en cas de retour dans son pays d'origine, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle est, par suite, suffisamment motivée. Le moyen tiré du défaut de motivation doit ainsi être écarté.

24. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 9 août 2021. Sa requête ne peut dès lors qu'être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

25. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions du requérant à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme réclamée par M. C en application de ces dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Fanny Benac.

Délibéré après l'audience du 9 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Quessette, premier conseiller,

Mme Lequeux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.

Le rapporteur,

L. QUESSETTE

Le président,

P. GRIMAUD La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

No 2201640

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