vendredi 22 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2201641 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SADEK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 mars 2022 et un mémoire enregistré le 23 janvier 2023, M. C B, représenté par Me Sadek, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 octobre 2021 par laquelle la préfète de Tarn-et-Garonne a refusé de faire droit à sa demande de protection contre l'éloignement ;
2°) d'enjoindre à la préfète de Tarn-et-Garonne de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention vie privée et familiale, sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- la décision en litige a été signée par un auteur incompétent ;
- elle est insuffisamment motivée en fait et en droit ;
- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des conditions dans lesquelles a été rendu l'avis des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dès lors que l'avis ne lui a pas été communiqué, de même que le rapport au vu duquel il a été rendu, en méconnaissance du principe du contradictoire, qu'il a été privé de la possibilité de vérifier l'identité et la signature du médecin rapporteur et de s'assurer ainsi que ce dernier n'a pas siégé au sein du collège qui a émis l'avis et que les médecins du collège avaient une spécialité leur permettant d'avoir un avis éclairé sur sa pathologie ;
- un vice de procédure a également été commis car il n'est pas établi que le rapport médical visé a été rédigé par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration faute pour le préfet de produire l'acte de désignation de ce médecin ;
- l'avis rendu par le collège des médecins n'est ni étayé ni circonstancié ;
- il est impossible de déterminer les sources d'informations sanitaires sur lesquelles s'est fondé le collège et rien ne permet de constater que l'avis du collège a été pris en tenant compte des structures, des équipements, des médicaments, des dispositifs médicaux et des personnels disponibles au Maroc et en tout état de cause, la bibliothèque d'information sur le système de soins des pays d'origine (BISPO) de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant pas consultable par le public, cela fait obstacle à une discussion contradictoire sur l'appréciation portée par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- les médecins du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne l'ont pas rencontré, ni examiné et n'ont donc pas pu apprécier son état de santé et les conséquences d'un défaut de prise en charge ;
- les médecins du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'ont pas indiqué s'il allait pouvoir bénéficier effectivement d'un traitement adapté au Maroc ;
- la préfète aurait dû solliciter l'avis du médecin conseil près de l'un des consulats généraux de France au Maroc ;
- la préfète s'est estimée à tort liée par l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- la décision contestée ne fait pas référence à un rapport qui aurait été établi antérieurement à l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et le nom du médecin qui aurait établi ce rapport n'est pas renseigné ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2022, la préfète de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.
La préfète fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Toulouse le 24 mai 2022.
Par une ordonnance en date du 23 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Quessette, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain, né le 1er juin 1970, a été placé en retenue administrative le 8 avril 2021 aux fins de vérification de son droit de circulation et de séjour sur le territoire français. Par un arrêté du 9 avril 2021, la préfète de Tarn-et-Garonne l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, M. B a été assigné à résidence pour une durée de six mois. Le 17 mai 2021, 1'intéressé a sollicité une protection contre l'éloignement en raison de son état de santé, sur le fondement du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 26 octobre 2021, la préfète de Tarn-et-Garonne a maintenu la mesure d'éloignement après avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 28 mai 2021. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision du 26 octobre 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 29 janvier 2021 publié au recueil des actes administratifs spécial n° 82-2021-015 du 29 janvier 2021, la préfète de Tarn-et-Garonne a donné délégation de signature à Mme Catherine Fourcherot, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer, en son article 2, tous actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers. Si le requérant soutient qu'il n'est pas établi que la préfète était absente ou empêchée à la date de l'arrêté attaqué, la délégation de signature accordée à Mme D, qui énumère de manière suffisamment précise les actes concernés, n'est pas conditionnée par l'absence ou l'empêchement de la préfète. Par ailleurs, si M. B soutient également qu'il n'est pas établi que la délégation consentie serait valable au moment de l'édiction de la décision consentie, il ressort des termes mêmes de l'arrêté du 29 janvier 2021 et de l'objet de ces dispositions que la délégation ainsi donnée cesse nécessairement de produire effet lorsque le bénéficiaire de la délégation n'exerce plus les fonctions au titre desquelles il a reçu ladite délégation et qu'une délégation de signature n'a pas pour effet de conférer au secrétaire général des pouvoirs appartenant à la préfète de département, à qui il est toujours loisible de signer lesdits actes objet de la délégation. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté en toutes ses branches.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La demande de protection contre l'éloignement présentée par l'intéressé reposait uniquement sur son état de santé et la préfète de Tarn-et-Garonne a cité l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 28 mai 2021, dont elle s'est appropriée les termes, et a indiqué que l'intéressé pouvait bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine et voyager sans risques vers cet État. Contrairement à ce que soutient le requérant, la préfète n'avait pas à mentionner les pathologies dont il est atteint, cette information étant couverte par le secret médical et donc inconnue d'elle à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, la préfète a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de demande de protection contre l'éloignement, le requérant ayant été ainsi mis en mesure de comprendre et de discuter les motifs de cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.
4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Aux termes de l'article R. 611-1 de ce code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / Toutefois, lorsque l'étranger est assigné à résidence aux fins d'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français ou placé ou maintenu en rétention administrative en application du titre IV du livre VII, l'avis est émis par un médecin de l'office et transmis sans délai au préfet territorialement compétent ". Aux termes de l'article R. 611-2 du même code : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu : 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article 6 de l'arrêté susvisé du 27 décembre 2016 : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. () ". Aux termes de l'article 9 du même arrêté : " () Dans tous les cas, l'étranger est tenu d'accomplir toutes les formalités nécessaires à l'établissement du certificat médical pour bénéficier de la protection qu'il sollicite ". Aux termes de son article 10 : " Le certificat médical, dûment renseigné et accompagné de tous les documents utiles, est transmis sans délai, par le demandeur ou, avec l'accord exprès de celui-ci, par le médecin qui l'a rédigé, par tout moyen permettant d'assurer la confidentialité de son contenu, au service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'adresse a été préalablement communiquée au demandeur. () ". Enfin, aux termes de son article 11 : " Au vu du certificat médical, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 ou, lorsque l'étranger est assigné à résidence en application de l'article L. 561-2 ou de l'article L. 552-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou retenu en application de l'article L. 551-1 du même code, le médecin de l'office désigné par son directeur général pour émettre l'avis sur l'état de santé prévu à l'article R. 511-1 du même code émet un avis dans les conditions prévues à l'article 6 et au présent article et conformément aux modèles figurant aux annexes C et D du présent arrêté. () ".
6. Il résulte de ces dispositions qu'il est loisible à l'étranger, qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire exécutoire, de présenter une demande de protection contre l'éloignement pour raisons de santé en se prévalant des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui aura pour effet, avant toute mesure d'exécution forcée possible, la consultation du collège de médecins ou du médecin désigné de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au vu des éléments médicaux communiqués par l'intéressé, suivant la procédure prévue aux articles R. 611-1 et R. 611-2 du même code et aux articles 9 à 11 de l'arrêté susvisé du 27 décembre 2016.
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, par deux arrêtés en date du 9 avril 2021, M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai et a été assigné à résidence pour une durée de six mois. Consécutivement à sa demande établie le 17 mai 2021 de protection contre l'éloignement en raison de son état de santé, la préfète de Tarn-et-Garonne a sollicité pour avis l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui s'est prononcé le 28 mai 2021 par le biais d'un collège de médecins, et non en recourant à un seul médecin de l'Office, comme prévu par les dispositions précitées lors d'une assignation à résidence. Cette circonstance n'est toutefois pas de nature à avoir privé d'une garantie l'intéressé.
8. Si M. B soutient que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne lui pas été communiqué, il ne ressort ni des dispositions précitées, ni d'aucun texte législatif ou réglementaire ou d'un principe général du droit, que le préfet soit tenu de communiquer à l'étranger l'avis du collège de médecins de l'Office préalablement à la décision de refus de protection contre l'éloignement. En tout état de cause, la préfète de Tarn-et-Garonne produit en défense l'avis émis, le 28 mai 2021, par le collège de médecins relatif à l'état de santé du requérant. Compte tenu de ce qui a été dit au point 7, cet avis n'avait pas à être rendu au vu d'un rapport établi par un médecin rapporteur. Par conséquent, M. B ne peut utilement soutenir qu'il a été privé de la possibilité de vérifier l'identité et la signature du médecin rapporteur et de s'assurer ainsi que ce dernier n'a pas siégé au sein du collège qui a émis l'avis, ni qu'il n'est pas établi que le rapport médical visé a été rédigé par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration faute pour le préfet de produire l'acte de désignation de ce médecin, ni que la décision contestée ne fait pas référence à un rapport qui aurait été établi antérieurement à l'avis du collège des médecins de l'Office et que le nom du médecin qui aurait établi ce rapport n'est pas renseigné. Par ailleurs, les dispositions précitées n'imposent pas de mentionner dans l'avis la spécialité éventuelle des médecins composant le collège. En outre, aucune disposition législative ou règlementaire n'impose au collège de médecins de procéder à l'examen du demandeur avant de rendre son avis, ni n'exige la communication des informations, bases de données et sources sur lesquelles s'est fondé le collège pour prendre l'avis, ou n'impose à la préfète de solliciter l'avis du médecin conseil près du consulat général de France installé dans son pays d'origine. De même, la base de données de la bibliothèque d'information santé sur les pays d'origine (BISPO), qui recense, conformément à l'annexe II de l'arrêté susvisé du 5 janvier 2017, les sites internet comportant des informations sur l'accès aux soins dans les pays d'origine et sur les principales pathologies, est accessible et doit être regardée comme ayant fait l'objet d'une diffusion publique. Enfin, les médecins du collège n'étaient pas tenus de préciser si le traitement requis par l'état de santé de M. B est effectivement adapté dans son pays d'origine et l'avis émis le 28 mai 2021 répond aux conditions posées par les dispositions précitées de l'article 6 de l'arrêté susvisé du 27 décembre 2016. Par suite, le moyen tiré de ce que l'avis aurait été rendu à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté en toutes ses branches.
9. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la préfète de Tarn-et-Garonne, si elle s'est appropriée l'avis émis le 28 mai 2021 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, n'a pris sa décision qu'après s'être livré à un examen circonstancié de l'ensemble de la situation personnelle du requérant. Dès lors, le moyen tiré de ce que la préfète aurait commis une erreur de droit en se croyant en situation de compétence liée doit être écarté.
10. En cinquième et dernier lieu, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser une protection contre l'éloignement à un étranger qui en fait la demande en raison de son état de santé au titre du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins ou du médecin désigné par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans son pays d'origine. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser la protection contre l'éloignement sollicitée que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut pas en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment au coût du traitement ou à l'absence de mode de prise en charge adapté, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
11. Pour refuser la délivrance de la protection contre l'éloignement sollicitée par M. B, la préfète de Tarn-et-Garonne s'est notamment fondée sur l'avis précité du 28 mai 2021 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui a estimé que si l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, le Maroc, vers lequel il pouvait voyager sans risque. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui a levé le secret médical dans le cadre de la présente instance, souffre d'un diabète de type II compliqué par une rétinopathie et une ostéite plantaire. Pour contester l'avis précité du collège de médecins, si le requérant se prévaut de certificats médicaux, d'un traitement médicamenteux et par laser de sa rétinopathie, les pièces médicales produites par M. B ne se prononcent pas utilement sur l'impossibilité pour l'intéressé de bénéficier d'une telle prise en charge au Maroc et ne se prononcent pas non plus sur la disponibilité des traitements, alors que la préfète établit en défense que les médicaments qui lui sont prescrits, pour la prise en charge de son diabète, sont disponibles au Maroc sous la même appellation commerciale qu'en France ou sous une autre. Par ailleurs, si M. B soutient que la commune dont il est originaire est éloignée des grands centres médicaux marocains, il n'établit pas que cette distance l'empêcherait d'avoir un accès effectif à son traitement, ni qu'il ne pourrait s'installer dans une agglomération proche de ces centres lors de son retour au Maroc. L'appréciation portée par la préfète ne saurait non plus être contredite par l'article de presse généraliste produit par le requérant portant sur l'insuffisante prise en charge des patients diabétiques au Maroc. En outre, il ressort des pièces du dossier que des médicaments antidiabétiques sont remboursables par le système de santé marocain. À cet égard, le requérant n'établit pas qu'il ne serait pas éligible à ce mécanisme de solidarité en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, en refusant une protection contre l'éloignement, la préfète de Tarn-et-Garonne n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du 26 octobre 2021 par laquelle la préfète de Tarn-et-Garonne a refusé de faire droit à sa demande de protection contre l'éloignement doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'il présente à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de Tarn-et-Garonne et à Me Sadek.
- Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 8 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
M. Quessette, premier conseiller,
Mme Lequeux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2024.
Le rapporteur,
L. QUESSETTE
Le président,
P. GRIMAUD La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026