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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201664

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201664

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201664
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 24 mars et 27 septembre 2022, M. C B, représenté par Me Laspalles, avocat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 5 janvier 2022 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Toulouse lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ainsi que la décision rejetant implicitement son recours préalable formé contre cette décision ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de l'admettre au bénéfice de ces conditions, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le paiement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation en droit et en fait ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation, et en particulier de son état de vulnérabilité ;

- l'OFII s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- la décision est à tort fondée sur la circonstance que sa demande constituerait une demande de réexamen ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire enregistré le 6 septembre 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une décision du 11 octobre 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par courrier du 4 septembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions en annulation dirigées contre la décision du 5 janvier 2022, par laquelle le directeur territorial de l'OFII de Toulouse a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B, à laquelle s'est substituée la décision rejetant implicite son recours administratif préalable obligatoire prévu par l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Une réponse à ce moyen d'ordre public présentée pour M. B a été enregistrée le 6 septembre 2023 et a été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Molina-Andréo, présidente-rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant yéménite né le 3 mars 1992 1984, est, selon ses déclarations, entré en France une première fois le 12 octobre 2020. Après avoir sollicité l'asile en France, il a fait l'objet d'un premier transfert vers l'Espagne le 17 juin 2021 où l'intéressé avait déjà formé une demande d'asile, et qui, dans le cadre de la procédure dite " Dublin ", se trouvait responsable de l'examen de cette demande. L'intéressé étant revenu sur le territoire français le 4 juillet 2021, il a fait l'objet d'un second transfert vers l'Espagne le 20 octobre 2021. La demande d'asile que M. B avait présentée en Espagne ayant finalement été rejetée, il est revenu une troisième fois en France le 17 décembre 2021 et y a déposé, le 3 janvier 2022, une nouvelle demande d'asile. Par une décision du 5 janvier 2022, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Toulouse lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par un courrier reçu le 24 janvier 2022, M. B a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision. Le silence gardé par le directeur général de l'OFII sur ce recours pendant plus de deux mois à fait naitre, le 24 mars 2022, une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 5 janvier 2022 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ainsi que la décision rejetant implicitement son recours préalable obligatoire.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 octobre 2022, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 5 janvier 2022 :

3. Aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. /Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée ". L'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale. Elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a exercé un recours administratif préalable obligatoire le 24 janvier 2022, contre la décision du directeur territorial de l'OFII de Toulouse du 5 janvier 2022. Ce recours ayant été implicitement rejeté, seule cette décision prise à la suite du recours préalable obligatoire, qui se substitue à la décision initiale du 5 janvier 2022, est susceptible d'être déférée au juge administratif. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre la décision initiale du 5 janvier 2022 sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision rejetant implicitement le recours administratif préalable obligatoire :

5. Il résulte de ce qui a été dit aux points ci-dessus que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision du 5 janvier 2022, qui se rapporte à un vice propre de la décision initiale, ne peut qu'être écarté comme inopérant.

6. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ".

7. Il ressort des écritures de M. B que celui-ci a déposé, à la suite d'un premier refus de sa demande d'asile en Espagne, une nouvelle demande d'asile auprès des autorités françaises, laquelle demande ne peut être regardée que comme une demande de réexamen. Par suite, l'OFII n'a pas commis d'erreur de droit en lui refusant, pour le motif, réputé identique à celui de la décision initiale, tiré de ce qu'il avait présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'au seul motif que M. B a sollicité une demande de réexamen de sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, l'OFII se serait cru en situation de compétence liée pour lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation, et notamment de son état de vulnérabilité.

9. Si le requérant soutient qu'il souffre de problèmes de santé, en particulier au dos et aux lombaires, et qu'il est malvoyant, ces circonstances ne suffisent pas à caractériser, en l'absence de plus de précision, une situation de vulnérabilité justifiant l'octroi des conditions matérielles d'accueil. Il ressort d'ailleurs des pièces du dossier que le médecin de l'OFII, qui a réévalué l'état de vulnérabilité de l'intéressé, a estimé le 3 janvier 2022 que son état de santé ne devait être fixé qu'en niveau 1, soit une priorité pour un hébergement, sans caractère d'urgence. Dès lors, le directeur général de l'OFII a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, refuser d'accorder à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'OFII, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. B demande le versement au profit de son conseil sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M.Cd B, à Me Laspalles et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

La présidente-rapporteure,

B. MOLINA-ANDRÉO

L'assesseure la plus ancienne,

N. SODDU

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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