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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201671

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201671

mardi 12 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201671
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mars 2022, Mme A E, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2021 par lequel le préfet de l'Aveyron a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aveyron de lui délivrer un titre de séjour, ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que son avocat renonce à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Mme E soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision de refus d'admission au séjour est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée de plusieurs vices de procédure en ce que, d'une part, le médecin rapporteur n'est pas un spécialiste de sa pathologie et, d'autre part, l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas circonstancié et n'indique pas les sources documentaires sur lesquels il repose ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une violation de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2022, le préfet de l'Aveyron conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Un mémoire produit par Mme E a été enregistré le 5 juin 2023 et n'a pas été communiqué.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 23 février 2022, Mme E a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

Par ordonnance du 22 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 5 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume du Maroc du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de M. Quessette, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante marocaine, née le 29 avril 1992, est entrée en France selon ses déclarations le 24 avril 2018, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 5 avril 2018 au 4 avril 2019. Elle a bénéficié d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade du 31 décembre 2019 au 30 décembre 2020, à la suite d'un avis émis par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 31 décembre 2019. Mme E a sollicité le 29 décembre 2020 son admission au séjour en qualité d'étranger malade. À la suite de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 23 mars 2021, le préfet de l'Aveyron a, par un arrêté du 30 juin 2021, dont l'intéressée demande l'annulation, refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par arrêté du 11 juin 2021, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Aveyron le 15 juin 2021, le préfet de l'Aveyron a donné délégation de signature à M. D C, signataire de l'arrêté en litige et directeur de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture, pour signer notamment les décisions portant refus de séjour et les mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait.

3. En deuxième lieu, selon les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux ressortissants marocains en l'absence de stipulations particulières de l'accord franco-marocain relatives à l'instruction d'une demande de titre de séjour pour raisons de santé : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration./ L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé./ Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé.". Enfin, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 27 décembre 2016 : " L'étranger qui dépose une demande de délivrance ou de renouvellement d'un document de séjour pour raison de santé est tenu, pour l'application des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de faire établir un certificat médical relatif à son état de santé par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier. () ".

4. Contrairement à ce que soutient la requérante, il n'est pas prévu par la règlementation applicable que le médecin rapporteur ou les médecins du collège, qui peuvent demander tout complément d'information auprès du médecin ayant renseigné le certificat médical, soient spécialistes de la pathologie dont est affecté le ressortissant étranger. En outre, Mme E ne se prévaut d'aucune disposition obligeant le collège des médecins à rendre un avis circonstancié. Enfin, il ne résulte également d'aucune disposition législative ou réglementaire que l'avis doive indiquer les informations, bases de données et sources documentaires ayant servi de fondement à l'avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'absence d'indication de ces éléments dans l'avis n'est dès lors pas davantage constitutif d'une irrégularité. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure entachant la décision attaquée à raison du contenu de l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être écarté.

5. En troisième lieu, il résulte également des dispositions citées au point 3, qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'intéressé fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou en l'absence de modes de prises en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. Il ressort des pièces du dossier et il est constant que Mme E a bénéficié de soins conformément à l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 31 décembre 2019 à la suite duquel elle a obtenu une carte de séjour temporaire. Son état de santé nécessite, ainsi que l'a estimé le collège des médecins dans un nouvel avis du 23 mars 2021, une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Les médecins du collège ont toutefois estimé que Mme E pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Pour contester l'appréciation du préfet, consécutive à l'avis du collège de médecins, l'intéressée fait valoir en produisant un certificat médical en date du 1er octobre 2021 que les moyens thérapeutiques déployés n'existeraient pas dans son pays d'origine. Ledit certificat médical, joint aux précédentes pièces médicales établies au bénéfice de la requérante, se borne toutefois à indiquer que les moyens médicaux optimaux qui ont été offerts à la requérante en France " n'existeraient pas " dans son pays d'origine, affirmation qui ne suffit toutefois pas à remettre en cause l'appréciation des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration relative à l'offre de soins au Maroc, qui indique que la requérante peut suivre un traitement effectivement approprié à sa pathologie au Maroc et dont la préfecture en défense communique une liste de centres de rééducation fonctionnelle. Il s'ensuit que, dès lors qu'il appartient à l'administration de s'assurer de la disponibilité des soins et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe, Mme E n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Aveyron aurait commis une erreur de fait, une erreur de droit ou une erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées.

8. En quatrième lieu, selon les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme E, qui a vécu la majeure partie de sa vie au Maroc, n'est présente sur le territoire français que depuis 2018, qu'elle est, à la date de l'arrêté attaqué, célibataire et sans charge de famille. L'intéressée ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France anciens, intenses et stables et elle ne démontre pas être dépourvue de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine. Par ailleurs, Mme E ne démontre pas, en se prévalant de son état de santé et d'un certificat médical, qu'elle s'exposerait à une rupture de prise en charge au Maroc. Par suite, dès lors qu'elle n'apporte aucun élément susceptible de remettre en cause l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, Mme E n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Aveyron aurait commis une erreur d'appréciation et méconnu les dispositions précitées en l'obligeant à quitter le territoire français. Le moyen doit donc être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Il résulte des motifs exposés au point 9 que le préfet de l'Aveyron a pu, sans porter une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 précité, lui refuser le séjour et l'obliger à quitter le territoire français.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, au préfet de l'Aveyron et à Me Christophe Ruffel.

Délibéré après l'audience du 31 août 2023, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Quessette, premier conseiller,

Mme Lequeux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2023.

Le rapporteur,

L. QUESSETTE

Le président,

P. GRIMAUD La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

No 2201671

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