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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201739

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201739

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201739
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantAMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mars 2022, M. D C, représenté par Me Tercero, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne refuse de lui accorder un titre de séjour, lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe le pays de destination de son éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation personnelle et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le préfet de la Haute-Garonne a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 12 de la loi n° 99-944 du 15 novembre 1999 en ne tenant pas compte de la stabilité et de la continuité de ses liens avec son compagnon ;

- le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur de fait et une erreur d'appréciation et a entaché la décision attaquée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation au regard de l'ancienneté, de la continuité et de la stabilité de sa relation avec son partenaire.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 27 avril 2022 et 6 septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir :

- qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé ;

- que M. C s'étant présenté à ses services, le 2 septembre 2022, muni d'un acte de mariage avec son conjoint de nationalité française, daté du 16 juillet 2022, il lui a délivré un récépissé de titre de séjour valable jusqu'au 1er mars 2023.

Par une décision du 23 février 2022, le bénéfice de l'aide juridictionnelle a été refusé à M. C.

Par un courrier du 8 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions de M. C dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi, compte tenu de la délivrance à l'intéressé, le 2 septembre 2022, d'un récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation provisoire de séjour.

Par un courrier du 8 septembre 2022, les parties ont été informées de l'inscription de l'affaire au rôle de l'audience du 28 septembre 2022 et qu'en l'absence d'une ordonnance précisant une date de clôture d'instruction, l'instruction serait close trois jours francs avant la date de l'audience indiquée.

Un mémoire enregistré le 27 septembre 2022 pour le préfet de la Haute-Garonne, postérieur à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 99-944 du 15 novembre 1999 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité argentine, né le 7 mars 1974, est entré en France pour la dernière fois le 14 octobre 2020. Il a sollicité, le 27 janvier 2021, son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale, après avoir conclu un pacte civil de solidarité avec un ressortissant français, le 8 janvier 2021. Par un arrêté du 13 juillet 2021, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de son renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article 12 de la loi n° 99-944 du 15 novembre 1999 relative au pacte civil de solidarité : " La conclusion d'un pacte civil de solidarité constitue l'un des éléments d'appréciation des liens personnels en France, au sens du 7° de l'article 12 bis de l'ordonnance n° 45-2658 du 2 novembre 1945 relative aux conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France, pour l'obtention d'un titre de séjour. " Et aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatif à l'admission exceptionnelle au séjour : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention () " vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. C se trouvait en France depuis le 14 octobre 2020, soit une période de neuf mois, sans qu'il apporte d'éléments antérieurs à cette date de nature à établir la réalité et la continuité de sa communauté de vie avec M. B, ressortissant français avec qui il a conclu un pacte civil de solidarité le 8 janvier 2021, soit six mois avant la décision attaquée. Si le requérant produit une attestation de l'utilisation d'un abonnement au réseau de transports Tisséo pour la période allant du 22 octobre au 21 novembre 2020, des factures de téléphone à son nom en date des 13 octobre et 13 novembre 2020, un justificatif d'abonnement Total direct énergie à son nom et à celui de son partenaire pour la période allant du 2 au 12 juillet 2021, ainsi qu'une attestation de vente d'un ensemble immobilier à leurs deux noms en date du 2 juillet 2021, ces éléments ne sont pas suffisants aux fins d'établir la stabilité, l'ancienneté et la continuité de sa vie privée et familiale sur le territoire national à la date de la décision attaquée. Il ressort en outre des pièces du dossier, sans que le requérant ne le conteste, qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 46 ans, et qu'il ne justifie pas d'une particulière insertion dans la société française. Dès lors, en considérant que la situation de M. C ne relevait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Haute-Garonne, qui n'a pas entaché sa décision d'une erreur de fait, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et n'a pas méconnu l'article 12 de la loi n° 99-944 du 15 novembre 1999 relative au pacte civil de solidarité.

4. En deuxième lieu, si M. C soutient qu'à la date de la requête, il vivait avec son partenaire depuis plus d'un an, cette circonstance est, en toute hypothèse, postérieure à la date de la décision attaquée, et par suite sans incidence sur sa légalité. Dans ces conditions, le préfet ne saurait être regardé comme ayant commis une erreur de fait au regard de l'ancienneté et de la stabilité de sa relation avec M. B.

5. En troisième et dernier lieu et pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés, et plus précisément compte tenu du caractère récent de la relation de M. C avec son partenaire, le préfet de la Haute-Garonne, qui n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation du requérant, n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale et des conséquences de son arrêté sur celle-ci.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination :

6. Il ressort des pièces du dossier produites en défense que, postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet de la Haute-Garonne a délivré à M. C un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 1er mars 2023, ce qui a eu pour effet d'abroger implicitement mais nécessairement les mesures d'éloignement contenues dans l'arrêté du 13 juillet 2021 en litige. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la mesure portant obligation de quitter le territoire français et des décisions subséquentes, dès lors qu'elles sont désormais dépourvues d'objet.

Sur les conclusions à fin d'injonction et les frais liés au litige :

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation ne pouvant être accueillies, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. C ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. C dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination contenues dans l'arrêté du 13 juillet 2021.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

La rapporteure,

M. PETRI

Le président,

T. SORIN

La greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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