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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201905

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201905

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201905
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMOMASSO MOMASSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 avril 2022, M. A F, représenté par Me Momasso Momasso, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 août 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour, dès la notification du jugement à intervenir, ou une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa demande de renouvellement de titre de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard un mois après la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour a été prise par une autorité incompétente pour ce faire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine par le préfet de la commission du titre de séjour alors qu'il réside en France depuis plus de dix ans ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A F, ressortissant camerounais, est entré en France le 7 juillet 2009, sous couvert d'un visa de court séjour. Alors âgé de 16 ans, il a été placé à l'aide sociale à l'enfance le 12 novembre 2009. Après avoir présenté en vain à deux reprises une demande de titre de séjour auprès de la préfecture de la Haute-Garonne et avoir fait l'objet de deux mesures d'éloignement en date respectivement des 18 mai 2011 et 22 janvier 2015, il a sollicité, en dernier lieu, son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se prévalant de la durée de son séjour sur le territoire national, de ses attaches personnelles, de son intégration et de ses perspectives professionnelles matérialisées par une promesse d'embauche pour un emploi d'ouvrier d'exécution en contrat à durée indéterminée. Par un arrêté du 6 août 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. F demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté du 15 décembre 2020, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de Haute-Garonne n° 31-2020-290, le préfet de ce département a donné délégation de signature à Mme G B, adjointe à la directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer " les () arrêtés () En matière de refus d'admission au séjour des étrangers et mesures d'éloignement ". Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de son arrêté, le préfet de la Haute-Garonne a visé les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont M. F s'est prévalu à l'appui de sa demande de titre de séjour, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également précisé l'identité, la date et le lieu de naissance de l'intéressé, ainsi que les conditions de son entrée en France, et exposé les raisons pour lesquelles il a considéré que M. F ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour qu'il sollicitait. Il a enfin énoncé des éléments suffisants sur la situation familiale de M. F en mentionnant qu'il était célibataire, sans charge de famille et qu'il n'établissait pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'exigence de motivation n'implique pas que la décision mentionne l'ensemble des éléments particuliers de sa situation. Ainsi, le préfet de la Haute-Garonne a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour, qui est suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté en litige, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant avant de prendre son arrêté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ".

6. D'une part, M. F soutient résider habituellement en France depuis son arrivée le 7 juillet 2009. Toutefois, il n'a produit aucun justificatif de présence sur le territoire français au titre de l'année 2016, du second semestre de l'année 2015 et du premier semestre de l'année 2017. Et il n'en justifie pas davantage, s'agissant de l'année 2019 et des années suivantes, en se bornant à produire une attestation du 10 novembre 2020 du président de l'association NJ Club indiquant qu'il intervient au sein de l'association comme bénévole depuis le 14 juin 2017 et une quittance de loyer correspondant au mois d'octobre 2020. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour en litige est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées.

7. D'autre part, en présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité, ne saurait être regardé, en principe, comme attestant, par là même, des motifs exceptionnels exigés par la loi.

8. Pour contester la décision de refus de titre de séjour du préfet de la Haute-Garonne, M. F, qui est entré en France en 2009 à l'âge de 16 ans, se prévaut de la durée de son séjour, de son parcours scolaire, qui l'a conduit jusqu'au baccalauréat qu'il a obtenu en 2014, des liens personnels qu'il y a tissés notamment par son implication dans des associations sportives, et de sa maitrise de la langue française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant était, à la date de la décision en litige, célibataire et sans charge de famille. La réalité des liens personnels qu'il prétend avoir noués sur le territoire national n'est pas établie par les pièces qu'il a versées au dossier alors qu'il affirme être en France depuis plus de dix ans, ce qu'il ne démontre pas davantage. Par ailleurs, il n'allègue pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. S'il apparait qu'il a exercé comme footballeur au sein de l'US Colomiers-Football durant les années 2012 à 2014 puis en 2017 au sein du club Blagnac FC, cette activité, au demeurant limitée dans le temps, est sans rapport avec l'emploi d'ouvrier d'exécution proposé par la société B2A Fibre optique et réseau, qui a émis la promesse d'embauche jointe à sa demande de titre de séjour. Enfin, F ne se prévaut d'aucune qualification ou expérience professionnelle particulière et ne justifie pas de son insertion par la seule affirmation qu'il maitrise la langue française et la production d'une attestation rédigée par le président de l'association NJ Club mentionnant qu'il y intervient en tant que bénévole depuis le 14 juin 2017. Dans ces conditions, en estimant que la demande d'admission exceptionnelle au séjour de F ne répondait pas à des considérations humanitaires et ne se justifiait pas davantage au regard de motifs exceptionnels, la durée du séjour ne constituant pas de tels motifs, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8.

10. En sixième lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'établit pas que la décision de refus de titre de séjour est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.

11. En septième lieu, le requérant n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.

12. En huitième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

13. Il ressort des pièces du dossier que, pour prendre la décision s'opposant au retour de M. F en France pendant une durée d'un an, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur l'absence d'attaches en France de l'intéressé, célibataire et sans enfant à charge et la circonstance qu'il s'était soustrait à l'exécution de deux précédentes mesure d'éloignement. Le requérant, en reprenant les éléments qu'il a exposés au point 8, ne fait état d'aucune circonstance particulière qui aurait pu justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, alors même que sa présence sur le territoire français ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet de la Haute-Garonne a pu légalement, au regard des éléments précédemment relevés, prononcer la mesure d'interdiction contestée et fixer sa durée à un an.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 6 août 2021. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte tout comme celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent, par voie de conséquence, qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, à Me Momasso Momasso et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

La présidente-rapporteure,

V. E

L'assesseure la plus ancienne,

M. DLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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