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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201990

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201990

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201990
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP CORMARY & BROCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 avril 2022, M. E A, représenté par Me Broca, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire à trente jours ainsi que le pays de destination sont illégales en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire à trente jours sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 août 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les observations de Me Broca, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, ressortissant algérien, est entré en France le 31 juillet 2001 selon ses déclarations et a sollicité l'asile. Sa demande a été rejetée et il a fait l'objet de deux mesures d'éloignement, qu'il n'a pas exécutées. Il a ensuite obtenu un certificat de résidence algérien en qualité d'étranger malade, valable jusqu'au 18 novembre 2021, dont il a demandé le renouvellement le 20 septembre 2021. Par un arrêté du 13 janvier 2022, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Aux termes de son arrêté, le préfet de la Haute-Garonne a visé les stipulations de l'accord franco-algérien dont M. A s'est prévalu à l'appui de sa demande de titre de séjour, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à sa situation ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également précisé l'identité, la date et le lieu de naissance de l'intéressé, ainsi que les conditions de son entrée en France, et exposé les raisons pour lesquelles il a considéré que M. A ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour qu'il sollicitait en relevant notamment que l'intéressé pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Il a enfin énoncé des éléments suffisants sur la situation familiale de M. A en mentionnant qu'il était célibataire, sans charge de famille et que ses parents résidaient en Algérie où il avait lui-même vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Ainsi, le préfet de la Haute-Garonne a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour, qui est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté en litige, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant avant de prendre son arrêté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été victime d'un accident cardio-vasculaire en 2019. A la date de la décision en litige, sa situation sur plan neurologique était stabilisée mais il souffrait encore d'une hémiparésie droite, nécessitant l'utilisation d'une canne pour ses déplacements, et de troubles importants de l'élocution. Il était également pris en charge en raison d'un état dépressif consécutif à son accident cardio-vasculaire. Pour l'ensemble de ces pathologies, il bénéficiait d'un traitement médicamenteux composé de plusieurs spécialités ainsi que d'un suivi psychologique régulier. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. A, le préfet de la Haute-Garonne s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en date du 22 novembre 2021, qui a estimé que l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il pouvait cependant effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Les certificats médicaux produit par le requérant, qui ne se prononcent pas sur la disponibilité en Algérie des soins et traitements requis par son état de santé, ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation portée par le collège de médecins sur la possibilité pour M. A d'être pris en charge dans son pays. Par ailleurs, le préfet de la Haute-Garonne justifie de l'existence en Algérie de services hospitaliers pouvant assurer un suivi pluridisciplinaire spécialisé notamment en neurologie et psychiatrie. Si M. A fait valoir qu'il est dans l'incapacité d'assurer sa prise en charge médicale en Algérie, il ressort des pièces du dossier qu'il n'est pas isolé dans son pays où résident sa mère et ses quatre frères et sœurs, dont il n'est pas allégué qu'ils ne pourraient l'accueillir et l'aider à financer son traitement. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne a méconnu les stipulations précitées du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.

7. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'établit pas que la décision de refus de titre de séjour est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination, n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.

8. En cinquième et dernier lieu, si le requérant fait valoir que son état de santé nécessite une organisation lourde, il ne donne aucune précision sur la nature et les modalités de cette organisation. De plus, il résulte de ce qui a été dit au point 6, qu'il pourra bénéficier d'une prise en charge adaptée à son état de santé dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 13 janvier 2022. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte tout comme celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent, par voie de conséquence, qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Broca et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

La présidente-rapporteure,

V. D

L'assesseure la plus ancienne,

M. C La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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