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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202020

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202020

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202020
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGAILLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 avril 2022, M. B A, représenté par Me Gaillot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 17 mars 2022 par laquelle la Commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a rejeté son recours préalable obligatoire concernant le refus de lui autoriser l'accès à la formation professionnelle d'agent de sécurité, ainsi que la délibération de la Commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest du 29 octobre 2021 ;

2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de l'admettre sur la liste des personnes admises à suivre cette formation, à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité le paiement, au profit de son conseil, de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de la Commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest du 29 octobre 2021 :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de procédure contradictoire ;

- elle est entachée de l'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'une erreur " manifeste " d'appréciation ;

S'agissant de décision implicite de la Commission nationale d'agrément et de contrôle :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur " manifeste " d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité, pris en la personne de son directeur, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Carotenuto,

- et les conclusions de M. Déderen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 4 septembre 2021, M. A a sollicité l'autorisation préalable nécessaire au suivi d'une formation aux métiers de la sécurité privée auprès de la Commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest (CLAC) du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS). Par une décision du 29 octobre 2021, la CLAC a rejeté sa demande. Par un courrier du 12 janvier 2022, reçu le 17 janvier 2022, M. A a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du CNAPS. Le silence gardé par l'administration a fait naître une décision implicite de rejet le 17 mars 2022, dont M. A demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision de la Commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest du 29 octobre 2021 :

2. Aux termes de l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure, dans sa version applicable au litige : " Tout recours contentieux formé par une personne physique ou morale à l'encontre d'actes pris par une commission régionale d'agrément et de contrôle est précédé d'un recours administratif préalable devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. " Aux termes de l'article R. 633-9 du même code : " Le recours administratif préalable obligatoire devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle prévu à l'article L. 633-3 peut être exercé dans les deux mois de la notification, par la commission régionale ou interrégionale d'agrément et de contrôle, de la décision contestée. Cette notification précise les délais et les voies de ce recours. / Toute décision de la Commission nationale d'agrément et de contrôle se substitue à la décision initiale de la commission régionale ou interrégionale d'agrément et de contrôle. Une copie en est adressée à la commission régionale ou interrégionale d'agrément et de contrôle concernée. "

3. Il résulte de ces dispositions que le recours administratif auprès de la CNAC prévu à l'article L. 633-3 susmentionné constitue un préalable obligatoire à la saisine du juge administratif, l'institution d'un tel recours ayant pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin de fixer définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que les conclusions dirigées contre la décision de la CLAC du 29 octobre 2021, à laquelle s'est entièrement substituée la décision de la CNAC de rejet du recours préalable obligatoire, sont irrecevables, cette décision initiale ayant disparu de l'ordonnancement juridique.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision implicite de la Commission nationale d'agrément et de contrôle, née le 17 mars 2022 :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes ; / 1° bis A faire assurer par des agents armés l'activité mentionnée au 1°, lorsque celle-ci est exercée dans des circonstances exposant ces agents ou les personnes se trouvant dans les lieux surveillés à un risque exceptionnel d'atteinte à leur vie ; / 3° A protéger l'intégrité physique des personnes ; () ". Aux termes de l'article L. 612-20 du même code dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ". Et selon l'article L. 612-22 du même code : " L'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle est soumis à la délivrance d'une autorisation préalable, fondée sur le respect des conditions fixées aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 612-20 ".

5. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'elle est saisie d'une demande d'autorisation préalable d'accès à une formation pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-42 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du courrier du 5 mai 2022 par lequel le CNAPS a communiqué à M. A les motifs de la décision attaquée, que la CNAC a refusé de lui délivrer l'autorisation sollicitée en raison de sa mise en cause pour un vol aggravé par trois circonstances, commis le 24 juillet 2018 à Grenade (Haute-Garonne), ainsi que pour des faits de violence commise sur une personne chargée d'une mission de service public, ayant entraîné une interruption temporaire de travail de moins de huit jours, commis le 9 novembre 2017, à l'encontre d'agents de la société Tisseo, dans le tramway de Toulouse. Si le requérant ne conteste pas la matérialité de ces faits, qui ont été pénalement sanctionnés, toutefois il ressort des pièces du dossier que ces faits ne sont pas récents, dès lors qu'ils ont été commis respectivement quatre ans et demi et cinq ans et demi avant la décision attaquée, que l'intéressé était mineur lorsqu'il les a commis, que le vol commis a été classé sans suite par une ordonnance du 14 octobre 2021 au motif " réparation mineure " et que les faits de violence ont donné lieu à une admonestation du juge pour enfants, son bulletin n° 3 du casier judiciaire étant demeuré vierge. Dans ces conditions, et indépendamment des allégations de l'intéressé relative à son niveau scolaire et au sérieux dont il fait preuve dans le salon de thé de son père, qui sont inopérantes, eu égard à l'ancienneté des faits, de la minorité de l'intéressé au moment de ceux-ci et à leur caractère limité dans le temps, le requérant est fondé à soutenir que le CNAPS a commis une erreur d'appréciation en estimant que son comportement était, à la date à laquelle il s'est prononcé, contraire aux exigences posées par les dispositions précitées du 2° de l'article L. 612-20.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la CNAC du CNAPS a refusé de lui délivrer l'autorisation sollicitée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le CNAPS, sous réserve d'un changement de circonstances de fait, autorise M. A à accéder à une formation d'agent privé de sécurité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette obligation d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

9. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative combinées à celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gaillot, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Gaillot d'une somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 17 mars 2022 de la Commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité prise à l'encontre de M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au Conseil national des activités privées de sécurité, sous réserve d'un changement de circonstances de fait, de délivrer à M. A l'autorisation nécessaire à l'accès à une formation professionnelle dans le domaine des activités de sécurité privée, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le Conseil national des activités privées de sécurité versera une somme de 1 500 euros à Me Gaillot, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Gaillot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Gaillot et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente-rapporteure,

Mme Douteaud, première conseillère,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

La présidente-rapporteure,

S. CAROTENUTO

L'assesseure la plus ancienne,

S. DOUTEAUDLa greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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