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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202171

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202171

vendredi 15 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202171
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSARASQUETA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 avril 2022, Mme A B, représentée par Me Sarasqueta, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 15 février 2022 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à son profit, dans un délai de sept jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui verser les sommes dues au titre de l'allocation pour demandeur d'asile depuis le 15 février 2022, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, Mme B contestant avoir été destinataire des convocations en préfecture auxquelles il lui est reproché de ne pas s'être présentée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa vulnérabilité et des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 octobre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2022.

Par une ordonnance du 23 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 décembre suivant.

Vu :

- l'ordonnance n° 2202158 du 20 avril 2022 du juge des référés du tribunal ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frindel ;

- les observations de Me Sarasqueta, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante malienne, est entrée sur le territoire français à une date indéterminée. Le 4 octobre 2021, elle a déposé une demande d'asile auprès du guichet unique des demandeurs d'asile de la Haute-Garonne. A cette même date, sa demande d'asile a été enregistrée en procédure dite " Dublin " et elle a accepté les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par une décision du 15 février 2022, le directeur territorial de l'OFII lui a notifié la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'elle n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter en préfecture les 25 novembre et 30 décembre 2021. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2022. Par suite, sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ". Selon l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature () ".

5. En premier lieu, la décision attaquée vise les articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précités et précise qu'il est mis totalement fin aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait Mme B au motif qu'elle n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter à deux convocations en préfecture les 25 novembre et 30 décembre 2021. La décision, qui n'est pas stéréotypée, précise qu'elle intervient après examen des besoins et de la situation personnelle et familiale de l'intéressée. Elle est par suite suffisamment motivée en droit et en fait.

6. En deuxième lieu, et ainsi qu'il a été dit, la décision contestée est fondée sur la circonstance que Mme B n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter à deux rendez-vous en préfecture les 25 novembre et 30 décembre 2021. Si la requérante conteste avoir été destinataire de ces convocations, il ressort des pièces produites par l'OFII qu'elles lui ont été envoyées par lettre recommandée avec avis de réception à sa dernière adresse connue, et qu'elles ont été toutes deux retournées à l'expéditeur avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Dans ces conditions, Mme B, qui est réputée avoir reçu notification desdits courriers et qui ne conteste pas son absence aux deux rendez-vous précités, n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait.

7. En troisième et dernier lieu, Mme B soutient que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation. Elle se prévaut à cet égard de la circonstance qu'elle ne parle pas français, qu'elle souffre d'hypertension artérielle, qu'il existe une suspicion de diabète, qu'elle suit un traitement en raison de douleurs et que l'accueil de jour dont elle bénéficie présente un caractère précaire. Toutefois, ces circonstances ne permettent pas en l'espèce de caractériser une situation de vulnérabilité particulière au sens des dispositions précitées, alors en outre que la décision contestée ne fait pas obstacle, par elle-même, au suivi médical et au traitement dont bénéficie la requérante. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par Mme B.

Article 2 : La requête présentée par Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Sarasqueta et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 1er mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Carvalho, première conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.

Le rapporteur,

T. FRINDEL

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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