mercredi 2 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2202225 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | HUDRISIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 avril et 24 juin 2022, la commune de Plaisance, représentée par Me Hudrisier, demande au juge des référés :
1°) de condamner solidairement les sociétés SetP, Suez Services France, SCHERZ'EAU et la Compagnie Groupama d'Oc à lui verser une provision de 147 433,26 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du jour de l'introduction de la requête et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge solidaire des sociétés SetP, Suez Services France, SCHERZ'EAU et de la Compagnie Groupama d'Oc une somme de 6 481,04 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner solidairement les sociétés SetP, Suez Services France, SCHERZ'EAU et la Compagnie Groupama d'Oc aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- par acte d'engagement en date du 29 septembre 2009 et ses avenants, elle a confié la maîtrise d'œuvre de la construction d'une station d'épuration et d'un collecteur de transfert à la société SCHERZ'EAU ;
- par acte d'engagement en date du 9 mai 2011, les travaux ont été confiés au groupement Degrémont Causse Brunet ; la société Degrémont est désormais dénommée Suez Services France ;
- une réception fonctionnelle avec réserves des travaux est intervenue le 16 novembre 2012 ;
- dès août 2013, des dysfonctionnements ont été observés ;
- le phénomène est récurent et met en évidence un défaut d'étanchéité du palier qui est susceptible de subir des pénétrations d'eau agressives, de corps étrangers abrasifs, préjudiciables au fonctionnement des biodisques ;
- la commune a respecté les préconisations de maintenance mais a été contrainte de procéder plus fréquemment au graissage des paliers qui se dégradent régulièrement, une fois par semaine contre une fois par 6 mois préconisé sur la notice ;
- malgré une intervention, en octobre 2017, pour le remplacement d'un palier du biodisque, que la collectivité a financé, le problème devient récurrent et se reproduit à nouveau sur les autres paliers ;
- en mars 2018, l'entreprise SEIHE intervient pour le remplacement d'une pièce complète de palier aux frais de Suez ;
- malgré cette intervention, en septembre 2018, le technicien de la commune signale de nouveaux problèmes identiques sur les paliers, où les billes des roulements sortent de leur logement.
- une réunion d'expertise amiable a été organisée le 14 mars 2019 ;
- un devis est alors établi par la société Suez, pour la somme de 6 192,00 euros TTC, relatif à la fourniture et au remplacement d'un ensemble de roulements pour deux paliers avec étanchéité à lèvres ; la commune signe la commande à hauteur d'une prise en charge du montant de 50%, pour éviter l'arrêt général des biodisques ;
- selon le rapport d'expertise, la cause technique précise ne peut être déterminée en l'état, mais la fréquence et la récurrence des désordres permettent de mettre en évidence la défaillance des paliers, qui relèvent, dans tous les cas, des prestations réalisées par le groupement d'entreprises en lien contractuel avec la commune de Plaisance ;
- aucun remplacement n'a été effectué depuis cette date, et aucun accord n'a pu être conclu, malgré une ultime relance, restée sans réponse de la commune le 14 juin 2019 et un nouveau désordre signalé le 7 août 2019 ;
- la commune a alors déposé, devant la juridiction de céans, une demande tendant à ce qu'une expertise soit ordonnée et un expert a été désigné par ordonnance du 24 août 2020 ;
- pendant l'expertise, la commune a procédé à divers travaux urgents ;
- l'expert a conclu à d'autres travaux urgents qu'elle a fait réaliser ;
- selon l'expert, les " désordres sur les paliers sont dus à un défaut d'horizontalité des biodisques ou du moins avec des écarts supérieurs à ceux indiqués dans la procédure de pose de SetP, ainsi qu'à l'utilisation d'une graisse différente à celle préconisée par le fournisseur des biodisques à partir de mi-2016, sans pouvoir indiquer laquelle de ces causes est prépondérante" ;
- l'expert indique que les écarts n'ont été notés ni par Suez Services France ni par le maître d'œuvre SCHERZ'EAU ;
- l'utilisation de la graisse livrée par Suez Services France différente de celle qui était préconisée par SetP a pu participer au désordre ;
- l'expert considère également qu'une cause aggravante des dommages réside dans le fait que le " dispositif de graissage des paliers fournis par SetP avec les biodisques ne permet pas d'assurer que le graissage se fait bien, puisque la graisse usée ne rejoint pas le boîtier récupérateur prévu à cet usage " ;
- l'expert considère enfin que l'aggravation des désordres est imputable pour " sa plus grande part à Suez Services France " ;
- SetP, Suez Services France, et SCHERZ'EAU sont donc responsables des désordres ;
- ils doivent être condamnés solidairement à indemniser la commune, de même que Groupama d'Oc, assureur de la société SCHERZ'EAU ;
- elle détient donc une créance non sérieusement contestable à l'encontre de ces sociétés ;
- sa créance se monte à 136 284 euros, sommes qu'elle a payée du fait des désordres de nature décennale ;
- ainsi que l'expert l'a préconisé, elle a fait appel à un géomètre expert et lui a payé une somme de 2 340 euros qui s'ajoute à sa créance ;
- les frais d'expertise mis à sa charge, pour une somme de 8 809,26 euros TTC, doivent également être inclus dans la provision ;
- la provision doit être majorée de l'intérêt moratoire compté de puis l'introduction de sa requête ;
- elle a engagé des frais d'avocat pour l'expertise, outre ceux de la présente instance, et demande une somme de 6 481,04 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
- l'absence d'imputation par l'expert des responsabilités à chaque constructeur est indifférente à son action qui est dirigée solidairement contre ces derniers ;
- il ne peut lui être reproché une quelconque inertie.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 juin et 19 septembre 2022,
à 10 heures 07, ce dernier non communiqué, la société Suez Services France, représentée par
Me El Fadl, conclut :
1°) à titre principal au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire à l'organisation d'une nouvelle expertise ;
3°) à titre infiniment subsidiaire à ce que les sociétés SetP, SCHERZ'EAU et Groupama d'Oc soient condamnées à la garantir de toute condamnation qui serait prononcée à son encontre ;
4°) à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune de Plaisance à lui verser sur le fondement de l'article l. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- aucune urgence ne justifie la procédure de référé ;
- la créance n'est pas non sérieusement contestable ;
- le juge des référés n'a pas réparti les responsabilités ;
- la commune a une part de responsabilité prépondérante ;
- l'expert désigne par le tribunal n'a pas scientifiquement fondé ses affirmations ;
- l'expertise n'a pas été impartiale ;
- l'origine causale des désordres ne peut être en lien avec un défaut de planéité de la plateforme et/ou une pose non-conforme des paliers, biodisques et de leurs équipements ; en tout état de cause, le contraire n'est absolument pas démontré d'un point de vue technique et scientifique ;
- les visas et réception sans réserve prononcés par le maître d'œuvre démontrent l'absence de non-conformité de la planéité de la plateforme, de la pose des paliers et biodisques ;
- si des tassements se sont produits après le prononcé de la réception sans réserve, leurs éventuelles conséquences ne peuvent être imputables à la société Suez, laquelle ne pouvait alerter en quoi que ce soit le maître de l'ouvrage, dès lors qu'elle n'était plus sur site et que sa mission était achevée ;
- en tout état de cause, ces tassements dus à de phénomènes naturels (intempéries et inondations subséquentes) ont entraîné des variations qui sont, en l'espèce, capables d'être absorbées par les paliers et ce, selon la conception SetP (Notice technique SetP) ;
- le coût de réfection des désordres était chiffré, dès la fin de l'année 2018, à 6 000 euros ; les travaux de réfection alors envisagés étaient parfaitement suffisants, ce qui n'a jamais été remis en cause par la commune de Plaisance, pas plus que cela ne l'a été dans le cadre des opérations expertales ;
- la société Suez avait planifié l'intervention de la réparation en ce sens dès le mois mars 2019 ; si cette réparation n'a pas eu lieu, c'est seulement du fait de la commune, mal conseillée à l'époque par son assureur et ses experts professionnels ; la commune a en effet annulé les travaux de réparations qu'elle avait pourtant commandés dans un premier temps, dès décembre 2018 ; l'attitude de la commune et l'inertie dont elle a alors fait preuve sont d'autant plus critiquables et préjudiciables, qu'elle connaissait parfaitement l'urgence qu'il y avait à entreprendre les travaux de réparation, dont elle n'a pourtant pas hésité à annuler la commande ;
- s'agissant de la boîte à graisse, la société Suez n'a en rien participé à sa conception et à sa mise en œuvre ;
- lorsqu'une commune assume d'exploiter elle-même une station, elle assume d'être une professionnelle ; s'agissant du choix d'un autre modèle de graisse que celui préconisé par SetP, l'expert n'apporte pas le début du commencement d'une démonstration technique quant au lien causal entre le modèle de graisse utilisé et les désordres ;
- si la vérification de l'horizontalité de la plateforme et de la bonne pose des biodisques et de leurs équipements, a bien l'importance retenue par l'expert, le maître d'œuvre ne pouvait pas faire l'impasse sur le contrôle de ces différents points : sa mission VISA, DET et AOR l'y contraignait ; sa responsabilité est engagée ;
- à titre subsidiaire, il conviendrait de désigner un nouvel expert, qui apporterait l'éclairage technique faisant défaut à l'expertise réalisée ;
- la société Suez n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité, au contraire des sociétés SCHERZ'EAU CONSEILS et SetP ; par conséquent, les sociétés SetP, SCHERZ'EAU et GROUPAMA D'OC seront condamnées in solidum à la garantir et relever indemne de toute condamnation qui serait prononcée à son encontre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2022, la société Groupama d'Oc, représentée par Me Houll, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune de Plaisance, de la société Suez Services France et de la société SetP, à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle intervient volontairement en qualité d'assureur de SCHERZ'EAU, qui a été radiée du registre du commerce le 15 décembre 2016, et Causse et Brunet ;
- le juge administratif n'est pas compétent pour connaître du contrat d'assurance la liant au maître d'œuvre ;
- le litige doit être tranché par le juge du fond ;
- la responsabilité de la société Suez Services France est prépondérante ;
- en effet la société Suez ne s'est pas assurée de l'horizontalité de l'installation et n'a pas fourni la bonne graisse ;
- rien ne prouve que le maître d'œuvre connaissait la procédure de pose des biodisques, d'autant que la société Suez ne prouve pas l'en avoir informé, alors même qu'au niveau de l'horizontalité elle peut aussi relever de tassement, de mouvement de sol qui eux ne relèvent pas de la responsabilité du maître d'œuvre ;
- l'expert ne se détermine pas entre un défaut de pose initiale et des mouvements de terrain ultérieurs, si bien qu'il est impossible de caractériser une responsabilité du maître d'œuvre ;
- le problème de graisse ne relève pas du maître d'œuvre.
Par un mémoire enregistré le 19 août 2022, la société System SetP GmbH, représentée par Me Cayssials, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) au rejet des conclusions d'appel en garantie présentées par la société Suez Services France ;
3°) à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la commune de Plaisance ou de toute autre partie succombante, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la créance de la commune n'est pas non sérieusement contestable ;
- elle n'est liée par aucun contrat avec le maître d'ouvrage, mais a simplement fourni au constructeur Degrémont Services une unité d'épuration constituée de biodisques, n'a pas participé aux opérations de construction de la station d'épuration et du collecteur de transfert ; elle ne saurait donc recevoir la qualification juridique de " constructeur " au sens des dispositions des articles 1792 et 1792-1 du code civil ;
- la commune n'a pas fondé en droit ses demandes à son encontre ;
- les unités d'épuration compacte constituées de biodisques sont des produits standard de la société SetP ; elle est simple fournisseur et pas fabriquant ;
- s'agissant de la circonstance " aggravante " qui tiendrait aux récupérateurs de graisse, elle n'est pas plus de nature à engager la responsabilité de la société System SetP GmbH puisqu'il n'est établi ni son rôle causal dans la survenance des désordres, ni même et encore moins qu'elle rendrait l'ouvrage impropre à sa destination ;
- l'appel en garantie formulé par la société Suez Services France se heurte à l'incompétence de la juridiction administrative pour y statuer ;
- elle n'est pas responsable de la fourniture des graisses à la commune ;
- à tout le moins, il devra y avoir lieu à un partage de responsabilité entre le constructeur et le maitre d'ouvrage lors d'une autre instance, au fond ; la détermination précise des responsabilités excède, au cas d'espèce, l'office du juge des référés.
Par ordonnance en date du 19 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au
19 septembre 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Wolf, présidente honoraire, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Par acte d'engagement du 29 septembre 2009, suivi d'avenants, la commune de Plaisance a confié la maîtrise d'œuvre de la construction d'une station d'épuration, pour 250 équivalents-habitants, un volume journalier d'eaux usées de 53 m3 et d'un collecteur de transfert à la société SCHERZ'EAU. La station d'épuration devait être réalisée sur une plateforme en remblais, au-dessus du lit de la rivière Rance (affluent du Tarn). Par acte d'engagement du 9 mai 2011, les travaux ont été confiés au groupement Degrémont, devenue Suez Services France, Causse Brunet. Une réception fonctionnelle avec réserve est intervenue le 16 novembre 2012. Des dysfonctionnements ont été observés sur cet équipement depuis août 2013. La commune de Plaisance a demandé au tribunal administratif de céans la nomination d'un expert. Ce dernier a déposé son rapport le 15 mars 2021. Estimant être détentrice à l'encontre des constructeurs, sur le fondement de la garantie décennale, d'une créance non sérieusement contestable, la commune de Plaisance demande au juge des référés de condamner solidairement les sociétés SetP, qui a fourni l'unité d'épuration constituée de biodisques, Suez Services France, SCHERZ'EAU et la Compagnie Groupama d'Oc à lui verser une provision de 147 433,26 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du jour de l'introduction de la requête et de la capitalisation des intérêts.
Sur la compétence du juge administratif :
2. En premier lieu, la société Groupama d'Oc est l'assureur de la société SCHERZ'EAU, qui a été radiée du registre du commerce le 15 décembre 2016. Il n'appartient qu'aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître des actions tendant au paiement des sommes dues par un assureur au titre de ses obligations de droit privé, alors même que l'appréciation de la responsabilité de son assuré dans la réalisation du fait dommageable relèverait de la juridiction administrative. Il suit de là que les conclusions dirigées contre la société Groupama d'Oc doivent être rejetées, comme présentées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
3. En second lieu, il résulte de l'instruction, que la société Degrémont a commandé à la société SetP GmbH une station d'épuration compacte semi enterrée et cette dernière l'a livrée sur le site le 19 décembre 2011. La société SetP GmbH est intervenue en qualité de fournisseur de la société Degrémont et n'était pas contractuellement liée au maître d'ouvrage. Le contrat de droit privé, résultant de la commande, qui l'unissait à la société Degrémont, n'a pas eu pour effet de lui conférer la qualité de participant à l'opération de construction. Il en résulte qu'il n'appartient qu'aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître de la demande de la commune de Toulouse dirigée contre la société SetP GmbH, ainsi que des conclusions d'appel en garantie dirigées contre cette même société, présentées par la société Suez Services France.
Sur la provision :
4. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude.
5. Il résulte des principes qui régissent la responsabilité décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables. Par ailleurs, un constructeur dont la responsabilité est recherchée par un maître d'ouvrage n'est fondé à demander à être garanti par un autre constructeur que si et dans la mesure où les condamnations qu'il supporte correspondent à un dommage imputable à ce constructeur.
6. Le schéma de fonctionnement de la station d'épuration, décrit par l'expert, est le suivant : les effluents arrivent par refoulement depuis un poste de relèvement, situé à quelques dizaines de mètres, hors de l'enceinte de la station. Ils sont admis directement, sans prétraitement, sur une installation de traitement par biodisques, composée de deux étages en série : le premier étage comporte deux blocs de 94 et 96 disques et le second un bloc de 77 disques. Puis l'effluent est envoyé sur un décanteur lamellaire, intégré au second étage de biodisques. Ce décanteur permet de séparer les eaux traitées et les boues, sous-produit de l'épuration. Les eaux traitées sont rejetées à la rivière, via un canal de comptage. Les boues sont pompées vers des lits plantés de roseaux. Le traitement par les biodisques est de type biologique : c'est le biofilm fixé sur les disques qui assure l'épuration de l'effluent. Au cours de la rotation des disques, ces derniers sont alternativement en contact avec l'effluent et avec l'air ambiant. Les boues sont constituées par le biofilm, qui lorsqu'il devient trop important, se décroche des disques. La rotation des biodisques est permanente (7 jours sur 7, 24 heures/24). Les deux étages de biodisques sont posés sur une dalle béton unique, non visible, la station étant semi-enterrée.
7. Le maitre d'ouvrage, le maître d'œuvre et la société Degrémont ont signé un procès-verbal de réception fonctionnelle des travaux le 16 novembre 2012, date de mise en service de la station d'épuration. Au printemps 2012, des fortes pluies et une crue avaient lessivé la plate-forme accueillant la station d'épuration. Il avait été nécessaire de recaler le canal Venturi en juillet 2012 et de reprofiler le pied de talus le long du filtre à boues, pour faciliter l'évacuation de l'eau de ruissellement du talus. La réception a été prononcée à la date du 16 novembre 2012, sous réserve, notamment, que dans le cadre de la garantie de parfait achèvement, il serait procédé, par un géomètre, sans délai, puis à nouveau fin mai 2013, à un relevé et nivellement en l'état de tous les ouvrages en quatre points, clôture et portail de la station et rochers d'angle (au droit du poste de reprise des boues du biodisque vers le filtre planté de roseaux), du soubassement de la plate-forme. Le renouvellement des mêmes mesures en mai 2013 devait permettre de conclure définitivement quant à la stabilité des ouvrages et de la plate-forme. Une réunion de synthèse était programmée fin mai 2013, pour décider des éventuelles actions à engager au vu des résultats de diagnostics ou le cas échéant procéder à la main levée. Ainsi, il résulte de l'instruction que l'ouvrage a fait l'objet d'une réception le 16 novembre 2012.
8. Le 2 août 2013, une réunion a eu lieu entre le maître d'ouvrage, le maître d'œuvre et la société Degrémont, pour acter des opérations effectuées dans le cadre de la garantie de parfait achèvement. Le compte rendu de cette réunion énonce qu'à l'analyse des résultats des relevés altimétriques réalisés sur les mêmes 41 points (ouvrages, sols de la plate-forme et rochers d'angle du mur de soutènement) le 7 décembre 2012 et le 3 juin 2013, période extrêmement pluvieuse, que la plate-forme est stable. D'autres vérifications sont prévues, mais sans lien avec la stabilité de la plate-forme.
9. Entre juillet 2017 et septembre 2018, l'agent de la commune de Plaisance, chargé de l'entretien de la station dépuration aurait constaté à plusieurs reprises que des billes sortaient des roulements de l'axe des biodisques, au niveau des paliers. Les roulements d'un premier palier ont été changés en août 2017 (palier côté motoréducteur du premier biodisque), puis le palier a été changé intégralement en mars 2018. Ces travaux ont été réalisés par la société Suez Services France aux frais de la commune. En septembre 2018, le technicien communal a constaté à nouveau que des billes de roulement sortaient des paliers (palier central de l'étage 1 de biodisque et palier de l'étage 2 de biodisque). La société Suez Services France a proposé de remplacer deux paliers, s'engageant à payer 50% du prix des travaux, chiffrés à 6 192 euros TTC. La commune a accepté cette proposition, signé le 19 décembre 2018, le bon de commande, à hauteur de 50% de la dépense, mais ces travaux n'ont pas été réalisés, malgré un mail de la commune en date du
15 juin 2019 confirmant sa commande. Dans l'intervalle, le 17 mai 2019, l'expert de la compagnie d'assurance de la commune avait estimé que la société Suez devait supporter la totalité des frais de réparation. Puis la commune a introduit sa requête en référé expertise le
12 août 2019.
10. Au cours de l'expertise, le 19 décembre 2019, l'expert a constaté que des fuites de graisse se produisaient plus particulièrement sur le palier central de l'étage 1 et palier du bloc 2, que le palier central de l'étage 1 présentait apparemment un défaut de rotation, qu'il n'y avait pas de graisse dans les récupérateurs de graisse usée et que l'accoupleur du premier bloc de biodisques était décalé. Le 24 janvier 2020, avant d'engager des travaux, pour changer les paliers, la commune a constaté que le premier bloc de disques du premier étage ne tournait plus. Le 8 février 2020, la société Suez Services France, qui s'est rendue sur les lieux, a constaté d'un côté du bloc mis à l'arrêt une casse du système de serrage (2 vis cisaillées) et de l'autre la rupture des tubes inox de la structure porteuse en étoile des disques. Lors de la réunion du 11 février 2020, l'expert a constaté l'arrêt total du premier étage de biodisques, la rupture des barres en inox, la présence d'une partie de joint, trouvé par l'employé communal dans la cuve du premier étage de biodisques, que les deux blocs de biodisques de ce premier étage ne semblaient plus horizontaux et présentaient une inclinaison vers le centre. Le traitement des effluents était seulement assuré par le second étage de biodisques. Lors de la réunion d'expertise du 23 juin 2020, après démontage par la société Suez Services France de l'ensemble biodiques + axe du premier étage, l'expert a constaté que sur le palier démonté, dans lequel les ouvriers n'auraient trouvé que deux roulements, le récupérateur de graisse était vide, que l'axe au droit du palier démonté était dégradé avec de nombreuses traces de rayures et même deux engravures, que les deux étoiles en inox (supports des blocs de biodisques) de part et d'autre du palier démonté, présentaient sur plusieurs tubes des amorces nettes de rupture.
11. L'expert a alors distingué deux types de désordre : les désordres sur les paliers, se traduisant par une perte d'étanchéité avec des fuites de graisse, des joints dégradés, retrouvés hors des paliers, des roulements s'échappant des paliers, et des désordres sur les autres éléments constitutifs du premier étage de biodisques : axe inox dégradé et rupture des supports inox en étoile des blocs des biodisques. Il a considéré que ces derniers désordres sont la conséquence directe de la dégradation des paliers : frottements sur l'axe créant les rayures et engravures constatées, efforts anormaux sur les structures en inox.
12. L'expert s'est également enquis de la méthode de graissage des paliers. Le dossier des ouvrages exécutés préconisait l'usage de la graisse RENOLIT FLM 1002, qui a une viscosité très élevée. La commune a jusqu'en 2016 utilisé la graisse qui lui avait été fournie en même temps que la station d'épuration. Un graissage toutes les 6 semaines était recommandé. En 2016 la commune a commandé de la graisse à la société Suez Services France, sans qu'aucune des parties n'ait été en mesure de justifier de la nature et de la quantité. Puis à partir de 2019, la commune a acheté une autre graisse qui ne comportait pas de graphite, à la différence de la graisse RENOLIT FLM 100.
13. L'expert pour expliquer les désordres, a envisagé l'hypothèse d'un défaut de fabrication par SetP GmbH, soit de l'installation dans sa globalité, soit des paliers, qu'il a éliminé, car d'autres collectivités, qui avaient fait installer la même station d'épuration, n'avaient pas relevé de désordres particuliers. Il a, en définitive, conclu que les désordres qu'il a pu constater résultaient d'un défaut d'horizontalité de l'axe des biodisques, de l'utilisation d'une graisse différente de celle qui était préconisée, avec une incertitude sur la période 2016-2019, et que ces désordres s'étaient aggravés en l'absence de réalisation en 2019 des travaux prévus sur les paliers, sans pouvoir déterminer la part de chaque cause, dans le coût définitif des réparations. Ces désordres ont rendu l'ouvrage impropre à sa destination.
14. La société Suez Services France conteste ces conclusions, qu'elle estime non étayées. Toutefois, eu égard au caractère évolutif des désordres, aux imprécisions sur le suivi du chantier, spécialement sur le calage des cuves afin d'assurer l'horizontalité des axes, les incertitudes sur la nature de la graisse utilisée par la commune de Plaisance pour graisser les paliers après 2016, l'absence de constat de l'état des axes en 2019, après deux années de dysfonctionnements répétés affectant les paliers, l'origine des désordres ne peut, comme l'expert l'a proposé, qu'être imputée au défaut d'horizontalité des axes des biodisques, en méconnaissance des prescriptions précises de construction du fournisseur SetP GmbH, à l'utilisation d'une graisse différente de celle prescrite par la société SetP GmbH et l'absence des réparations prévues en 2019, alors que la commune en connaissait le caractère indispensable pour préserver l'installation.
15. Le mauvais calage des biodisques est imputable à la société SCHERZ'EAU, maître d'œuvre ayant une mission complète, qui ne peut, par suite, utilement soutenir qu'il ne serait pas établi qu'elle aurait eu connaissance des exigences techniques propres à l'équipement et à la société Suez Services France, qui n'a délibérément pas respecté ces exigences, et dont elle continue, d'ailleurs, à nier la portée. Le graissage des paliers relève de l'entretien de l'ouvrage. Le graissage par un produit inadapté constitue un défaut d'entretien, imputable au maître de l'ouvrage. Dans les circonstances de l'espèce, et dès lors que l'expert n'a pu dire si une de ces causes avait une part prépondérante dans la survenue des désordres, il y a lieu de fixer à 50% la part, non sérieusement contestable, de responsabilité des constructeurs, la société SCHERZ'EAU et la société Suez Services France, venant aux droits de la société Degrémont, dans les désordres indemnisables.
16. L'expert a inclus dans les réparations le coût de travaux réalisés le 24 février 2020, en cours d'expertise, soit 6 360, 00 euros TTC, correspondant au remplacement du palier du second étage, assurant un fonctionnement en mode dégradé, mais suffisant pour la saison, le premier étage étant mis à l'arrêt dans l'attente des pièces nécessaires à sa réparation. Les travaux nécessaires à la remise en service du 1er étage de biodisques étaient prévus les 22 et 23 juin 2020, incluant le remplacement d'un palier, d'un accouplement complet et de la structure inox d'un module de biodisques. Le démontage du premier étage a révélé des dommages plus importants que ceux envisagés et a fait obstacle à une réparation définitive. Néanmoins ces travaux des 22 et 23 juin 2020 ont coûté 21 258 euros TTC. La période estivale approchant, il était nécessaire de remettre en fonctionnement l'ensemble des biodisques, ce qui a été réalisé provisoirement, par le remplacement du palier et des deux structures en étoile du premier étage, le remplacement nécessaire de l'axe pouvant être différé. Ces travaux provisoires ont été réalisés par la société Suez Services France du 6 au 8 juillet 2020, pour un coût de 19 242 euros TTC. Des travaux de remise en état définitive ont été prévus, à réaliser avant l'été 2021, correspondant à la fourniture et pose d'un ensemble axe + biodisques + paliers pour le premier étage des biodisques, pour le premier biodisque : dépose de l'ensemble, démantèlement et évacuation de l'ensemble biodisque 1, le contrôle des niveaux par un géomètre expert après nettoyage par hydrocureur, le calage si besoin des axes des paliers (cales inox), le montage de l'ensemble neuf, les essais, réglages, pour le second biodisque : démontage avec levage de l'ensemble axe-disques, le contrôle des niveaux par un géomètre expert après nettoyage par hydrocureur, le calage si besoin des axes des paliers (cales inox), la vérification de l'intégrité de l'axe 2, les essais, réglages, la vérification des niveaux des deux étages des biodisques (cuve après vidange, paliers et axes après remontage) par un géomètre expert. Ces travaux ont coûté à la commune la somme de 89 424 euros, payée le
10 août 2021, outre 2 340 euros pour la prestation du géomètre. La remise en état définitive de la station dépuration a donc coûté 136 284 euros + 2 340 = 138 624 euros.
17. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 14 de la présente ordonnance, la commune de Plaisance a commis une faute, en renonçant à faire procéder aux travaux convenus avec la société Suez Services France avant l'été 2019, après que l'expert de son assureur eut estimé que la société Suez Services France devait en supporter intégralement la charge, alors que la collectivité était informée de la nécessité de ne pas différer ces travaux. Ce retard, ainsi que le relève l'expert, a eu pour conséquence d'aggraver les dommages causés à la station d'épuration. Dans les circonstances de l'espèce, il peut être considéré, de manière non sérieusement contestable, que la détérioration de l'axe du premier biodisque aurait été évitée, dont le remplacement peut, au vu du devis en date du 19 mai 2021 de la société Suez Services France, être estimé à 38 880 euros TTC, somme qui doit rester à la charge de la commune.
18. Dans ces conditions, et compte tenu de la part de responsabilité de 50% imputable à la commune de Plaisance en raison de l'usage de graisse différente de celle que préconisait la société SetP GmbH, la provision que les constructeurs doivent payer à la commune au titre de leur part dans la réparation des désordres doit être fixée à 49 872 euros. La société SCHERZ'EAU a été liquidée et radiée du registre du commerce. Dans ces conditions, il y a lieu de condamner la société Suez Services France à payer à la commune de Plaisance la somme provisionnelle de 49 872 euros au titre de la remise en état de la station d'épuration.
19. La commune de Plaisance demande que les constructeurs soient condamnés à lui payer une provision égale aux frais de l'expertise qu'elle a supportés pour un coût de 8 809,26 euros. Dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de la disparition de la société Scherz'Eau, il y a lieu de condamner la société Suez Services France à lui payer une provision de ce montant.
20. Les sommes de 49 872 euros + 8 809,26 euros, soit 58 681,26 euros doivent être majorées de l'intérêt au taux légal depuis le 15 avril 2022, date d'introduction de la requête. Une année d'intérêts n'ayant pas couru, la demande de capitalisation ne peut qu'être rejetée.
Sur l'appel en garantie présenté par la société Suez Services France :
21. La société SCHERZ'EAU ayant été liquidée et radiée du registre du commerce, les conclusions par lesquelles la société Suez Services France demande sa condamnation à la garantir des condamnations prononcées à son encontre doivent être rejetées.
Sur les frais du litige :
22. La commune de Plaisance ne peut obtenir à ce titre une somme au titre des honoraires payés à son avocat dans le cadre de l'expertise, qui se rapportent à une autre instance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Suez Services France une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Plaisance sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
23. Les conclusions de la société Suez Services France, tendant à ce qu'une somme soit, sur le même fondement, mise à la charge de la commune de Plaisance, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, doivent être rejetées.
24. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des autres parties présentées au titre des frais du litige.
O R D O N N E :
Article 1er : La société Suez Services France est condamnée à payer à la commune de Plaisance une provision de 58 681,26 euros, majorée de l'intérêt au taux légal depuis le 15 avril 2022.
Article 2 : La société Suez Services France est condamnée à payer à la commune de Plaisance une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Plaisance, la société Suez Services France, la société SCHERZ'EAU, la société SetP GmbH et la compagnie Groupama d'Oc.
Fait à Toulouse, le 2 novembre 2022.
La juge des référés,
A. WOLF
La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation la greffière.
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01/06/2026
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