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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202243

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202243

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202243
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantNACIRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en production de pièces, enregistrés les 19 avril et 9 juin 2022, Mme B F épouse E, représentée par Me Naciri, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridique provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2022 par lequel le préfet du Tarn a abrogé son visa, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer un certificat de résidence " conjoint de retraité ", dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, au moins, de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à titre subsidiaire, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

En ce qui concerne la décision portant abrogation du visa :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait et en droit au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article R. 312-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de celles des articles L. 240-1, L. 242-1 et L. 242-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait et en droit au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 7 ter de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est privée de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2022, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 9 novembre 2022, Mme F épouse E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 7 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 28 février 2023 à 12 h 00.

Les parties ont été informées le 22 mars 2023, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen, soulevé d'office, tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi, les articles R. 312-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 242-1, L. 242-2 et L. 240-1 du code des relations entre le public et l'administration ne permettant pas d'abroger le visa d'un ressortissant étranger alors que la durée de validité de ce dernier est arrivée à son terme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B F épouse E, ressortissante algérienne, née le 8 décembre 1957, est entrée régulièrement sur le territoire français le 3 décembre 2021, munie d'un passeport algérien et d'un visa touristique valable jusqu'au 24 février 2022. Elle a sollicité son admission au séjour le 12 janvier 2022. Par un arrêté du 23 mars 2022, le préfet du Tarn a décidé d'abroger son visa, a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme F épouse E demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'étendue du litige :

2. D'une part, le 9 novembre 2022, Mme F épouse E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions tendant à l'admission provisoire de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

3. D'autre part, par un jugement nos 2202243 et 22031154 du 10 juin 2022, le magistrat désigné du tribunal administratif de Toulouse a statué sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination. Il n'y a donc lieu de statuer que sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision abrogeant le visa de Mme F épouse E et celle lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de la décision portant abrogation du visa de quatre-vingt-dix jours :

4. Aux termes de l'article R. 312-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger est autorisé à séjourner en France sous couvert d'un titre de voyage revêtu d'un visa requis pour les séjours n'excédant pas trois mois, ce visa peut être abrogé par l'autorité préfectorale dans les cas suivants : / () 2° Il existe des indices concordants permettant de présumer que l'étranger est entré en France pour s'y établir à d'autres fins que celles qui ont justifié la délivrance du visa ; () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. " Et aux termes du 1° de l'article L. 242-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 242-1, l'administration peut, sans condition de délai : / 1° Abroger une décision créatrice de droits dont le maintien est subordonné à une condition qui n'est plus remplie ; () ". Enfin, selon l'article L. 240-1 du même code : " Au sens du présent titre, on entend par : / 1° Abrogation d'un acte : sa disparition juridique pour l'avenir ; () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme F épouse E s'est vu délivrer un visa Schengen multi-entrées par les autorités françaises, pour une durée de quatre-vingt-dix jours, valable du 29 août 2021 au 24 février 2022. Or, c'est seulement par une décision du 23 mars 2022, postérieure au 24 février 2022, que le préfet du Tarn a décidé d'abroger le visa de la requérante. Dans ces conditions, en prenant une telle décision, n'ayant d'effets que pour l'avenir, l'autorité préfectorale a commis une erreur de droit, peu importe à cet égard que Mme F épouse E ait pu effectivement détourner l'objet du visa qui lui avait été délivré.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que la décision portant abrogation du visa de quatre-vingt-dix jours de la requérante doit être annulée.

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

7. En vertu de l'article 7 ter de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le ressortissant algérien qui, après avoir résidé en France sous couvert d'un certificat de résidence valable dix ans, a établi ou établit sa résidence hors de France et qui est titulaire d'une pension contributive de vieillesse, de droit propre ou de droit dérivé, liquidée au titre d'un régime de base français de sécurité sociale, bénéficie, à sa demande, d'un certificat de résidence valable dix ans portant la mention " retraité ". Ce certificat lui permet d'entrer à tout moment sur le territoire français pour y effectuer des séjours n'excédant pas un an. Il est renouvelé de plein droit. Il ne donne pas droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Le conjoint du titulaire d'un certificat de résidence portant la mention " retraité ", ayant résidé régulièrement en France avec lui, bénéficie d'un certificat de résidence conférant les mêmes droits et portant la mention " conjoint de retraité ". / Le certificat de résidence portant la mention " retraité " est assimilé à la carte de séjour portant la mention " retraité " pour l'application de la législation française en vigueur tant en matière d'entrée et de séjour qu'en matière sociale. "

8. D'une part, le préfet du Tarn conteste en défense le caractère opérant du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 7 ter de l'accord franco-algérien, au motif que Mme F épouse E n'aurait sollicité son admission au séjour qu'en qualité de parent d'enfants français et au titre de ses liens privés et familiaux en France et non pas spécifiquement comme " conjointe de retraité ". Toutefois, alors même que l'intéressée n'aurait pas présenté sa demande de titre de séjour sur le fondement des stipulations précitées, ce qui n'est d'ailleurs pas établi, il ressort des termes mêmes de l'arrêté que l'autorité préfectorale a examiné cette demande non seulement au regard des articles 6 § 4 et 6 § 5 de l'accord précité, mais également au regard de son article 7 ter. Il s'ensuit que la requérante peut se prévaloir utilement des stipulations de ce dernier article au soutien de sa contestation de la légalité de la décision portant refus de séjour. D'autre part, il ressort des pièces versées au dossier que Mme F a épousé, le 5 septembre 1979 à Boualem (Algérie), M. A E, ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence portant la mention " retraité " valable pour la période du 30 mars 2017 au 29 mars 2027, lequel s'est par ailleurs vu reconnaître la qualité d'ancien combattant le 14 mars 2022. La requérante soutient qu'elle a résidé de manière régulière avec son mari et leurs enfants communs à Dreux (Eure-et-Loir) entre les années 1979 et 1988. Si elle ne produit pas la copie du titre de séjour sous couvert duquel elle a vécu en France à cette époque, l'intéressée présente les pages d'un livret mentionnant le numéro de ce titre de séjour, ainsi que les extraits de son livret de famille indiquant la naissance de trois de ses enfants les 4 mars 1981, 22 juin 1982 et 25 octobre 1983 à Dreux, lesquels possèdent au demeurant à ce jour la nationalité française. Dans ces conditions, Mme F épouse E doit être regardée comme ayant résidé régulièrement en France pendant plusieurs années avec son mari désormais retraité, ce que ne conteste d'ailleurs pas utilement le préfet du Tarn dans ses écritures. En conséquence, la requérante est fondée à soutenir que la décision par laquelle le préfet a refusé de lui délivrer un certificat de résidence méconnaît les stipulations de l'article 7 ter de l'accord franco-algérien.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme F épouse E est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un certificat de résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. L'exécution du présent jugement implique que soit délivré à Mme F épouse E, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, un certificat de résidence " conjoint de retraité ". Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige et sur les dépens :

11. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par Mme F épouse E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme F épouse E tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet du Tarn du 23 mars 2022 est annulé en tant qu'il porte abrogation du visa de quatre-vingt-dix jours de Mme F épouse E et refus de lui accorder un certificat de résidence.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme F épouse E est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F épouse E, au préfet du Tarn et à Me Naciri.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. Déderen, premier conseiller,

M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

Le rapporteur,

N. C

Le président,

J-C. TRUILHÉ

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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