mardi 12 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2202247 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | UZAN-KAUFFMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 avril 2022 et le 11 avril 2023, M. B D, représenté par Me Uzan-Kauffmann, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de la ministre des armées du 3 mai 2021 et la décision du 16 février 2022 par laquelle la commission de recours de l'invalidité a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision initiale refusant de faire droit à sa demande de révision de sa pension militaire d'invalidité pour aggravation ;
2°) de constater qu'une hypoacousie d'origine post-traumatique n'est pas définitivement fixée dans les mois suivant le traumatisme et peut s'aggraver avec le temps ;
3°) déclarer comme imputable au service son hypoacousie bilatérale de perception ;
4°) de fixer son taux d'invalidité de l'infirmité d'hypoacousie bilatérale de perception à 10 % ;
5°) de retenir l'aggravation de l'infirmité d'acouphènes et de fixer son taux à 30 % ;
6°) d'ordonner avant dire droit une nouvelle expertise aux fins de dire si l'aggravation de l'infirmité hypoacousie bilatérale est imputable au service et fixer le taux de cette infirmité et de celle d'acouphènes ;
7°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la commission a suivi la thèse en matière de troubles auditifs, selon laquelle les connaissances médicales reconnaitraient le caractère stationnaire voire régressif d'une hypoacousie d'origine sono-traumatique lorsque le sujet n'est plus exposé au bruit, or, il est établi que la déchéance corolaire se poursuit longtemps après le retrait du milieu bruyant ;
- l'aggravation de sa perte auditive est bien imputable aux nombreux accidents de services dont il a été victime durant sa carrière ;
- il est médicalement reconnu la possibilité d'aggravation de la surdité post-traumatique comme indiqué dans le tableau 42 des maladies professionnelles annexé au code de la sécurité sociale ;
- la commission de recours de l'invalidité n'a pas examiné l'infirmité au titre des acouphènes alors que sa demande concernait l'ensemble des infirmités auditives pour lesquelles il était pensionné ;
- l'administration fait preuve de mauvaise foi en écartant l'infirmité d'acouphènes au prétexte qu'il ne l'aurait pas explicitement visée dans sa demande.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 mars 2023 et le 4 septembre 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 3 mai 2021 sont irrecevables dès lors que la décision de la commission de recours de l'invalidité s'y est substituée ;
- c'est à bon droit que l'administration ne s'est pas prononcée sur les acouphènes, dès lors que la demande de révision de pension pour aggravation du requérant portait exclusivement sur la perte auditive bilatérale et l'aggravation des seuils ;
- la demande du requérant concernant l'infirmité acouphènes bilatéraux permanentes est irrecevable dès lors qu'il n'a pas sollicité la demande de révision de sa pension pour l'aggravation de cette affection ;
- en tout état de cause, le rapport d'expertise du 11 mars 2021 conclut au maintien du taux de 10% pour cette infirmité ;
- le tableau 42 des maladies professionnelles annexé au code de la sécurité sociale confirme l'absence d'aggravation des hypoacousies sono-traumatiques et des symptômes associés, dès lors qu'il n'y a plus d'exposition à un risque ;
- le requérant ayant été radié des cadres, une nouvelle aggravation ne saurait être imputable au service ;
- il n'apporte ni preuve ni présomption que l'aggravation de l'hypoacousie est imputable au service.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mérard,
- les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,
- et les observations de M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D est entré en service dans l'armée de terre le 2 octobre 1978 et a été rayé des contrôles le 19 décembre 2014. En dernier lieu, une pension militaire d'invalidité définitive lui a été concédée, au titre des infirmités " Hypoacousie de perception bilatérale. Perte auditive moyenne de 28,75 décibels à droite et 17,5 décibels à gauche. Perte de sélectivité sur la meilleure oreille : majoration de 10 % " et " acouphènes bilatéraux permanents, gêne à l'endormissement " respectivement au taux de 10% et 10%, à compter du 5 octobre 2015, infirmités imputables à une blessure reçue en service le 2 mars 2004. M. D a sollicité le 4 juillet 2019 la révision de ses droits à pension pour aggravation en invoquant une " perte auditive bilatérale. Aggravation des seuils ". Par une décision du 3 mai 2021, la ministre des armées a rejeté sa demande au motif que l'infirmité invoquée n'est pas imputable au service car elle est postérieure au service et par conséquent étrangère à celui-ci. Par une décision du 16 février 2022, la commission de recours d'invalidité a rejeté le recours administratif préalable obligatoire introduit par M. D le 27 octobre 2021. Par sa requête, M. D demande au tribunal d'une part, d'annuler la décision du 16 février 2022, d'autre part, de fixer le taux aggravé de l'infirmité " Hypoacousie de perception bilatérale " à 10% et l'infirmité " acouphènes " à 30% à la date de sa demande de révision.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre des armées :
2. Aux termes de l'article R.711-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victime de guerre : " Tout recours contentieux formé à l'encontre des décisions individuelles prises en application des dispositions du livre Ier et des titres Ier à III du livre II du présent code est précédé, à peine d'irrecevabilité, d'un recours administratif préalable obligatoire examiné par la commission de recours de l'invalidité () " Aux termes de l'article R.711-15 du même code " Dans un délai de quatre mois à compter de sa saisine, la commission notifie à l'intéressé sa décision prise sur le recours, qui se substitue à la décision contestée ". Il résulte de ces dispositions que, pour les décisions individuelles entrant dans son champ d'application, les décisions prises sur le recours administratif préalable obligatoire se substituent aux décisions initiales et sont seules susceptibles de faire l'objet d'un recours contentieux.
3. A l'introduction de la requête, le 19 avril 2022, la décision initiale du 3 mai 2021 avait, ainsi que le fait valoir le ministre des armées, disparu de l'ordonnancement juridique et avait été remplacée par la décision explicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire effectué par le requérant. Les conclusions à fin d'annulation de la décision initiale du 3 mai 2021 sont donc irrecevables et il y a lieu par suite d'accueillir la fin de non-recevoir opposée par le ministre des armées en défense.
Sur les droits de l'intéressé à révision de sa pension :
4. Aux termes de l'article L. 154-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs des infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. / Cette demande est recevable sans condition de délai. / La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 p 100 au moins du pourcentage antérieur. / Toutefois, l'aggravation ne peut être prise en considération que si le supplément d'invalidité est exclusivement imputable aux blessures et aux maladies constitutives des infirmités pour lesquelles la pension a été accordée. / La pension définitive révisée est concédée à titre définitif. ". Il résulte de ces dispositions que la pension d'invalidité concédée à titre définitif dont la révision est demandée pour aggravation n'est susceptible d'être révisée que lorsque le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités se trouve augmenté d'au moins dix points. Il résulte de ces mêmes dispositions que le droit à pension est destiné à réparer toutes les conséquences des faits de service dommageables telles qu'elles se révèlent par suite de l'évolution physiologique, pour autant qu'aucune cause étrangère ne vienne aggraver l'état de l'intéressé et qu'ainsi, l'aggravation de l'infirmité initiale, si elle est seulement due au vieillissement, peut justifier une révision du taux de pension.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. D a sollicité, dans sa demande du 4 juillet 2021, la révision pour aggravation de sa pension concernant l'infirmité " perte auditive bilatérale, aggravation des seuils " et qu'en conséquence, il n'a pas sollicité une révision de sa pension concernant l'infirmité " acouphènes ". Par suite, la commission de recours de l'invalidité pouvait à bon droit rejeter la demande concernant cette infirmité et considérer que seule la demande relative à l'hypoacousie bilatérale est recevable.
En ce qui concerne l'aggravation de l'hypoacousie bilatérale :
6. Il ressort des pièces du dossier que pour rejeter la demande de révision présentée par M. D, la commission de recours d'invalidité s'est fondée sur le motif tiré de ce que cette infirmité pensionnée ne s'est en réalité pas aggravée, la baisse d'audition constatée ne pouvant, selon elle, être en relation avec l'accident de service dont il a été victime alors qu'il est radié des contrôles depuis 2014. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment des constatations de l'expert que M. D présente une nouvelle perte auditive de 37,5 dB à droite et 29 dB à gauche, correspondant à un taux d'invalidité de 2%. Si le requérant fait part d'une expertise du Docteur A retenant une baisse auditive correspondant à un taux de 10%, celle-ci n'est pas illustrée par un audiogramme, ce qui ne met pas le juge à même de se prononcer sur une aggravation supérieure à celle retenue par l'expert du ministère des armées. Dans ces conditions et en l'absence d'éléments probants, la commission de recours d'invalidité n'a pas commis d'erreur d'appréciation en rejetant la demande de M. D.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de rechercher l'imputabilité au service de la nouvelle infirmité de perte auditive ni d'ordonner une expertise complémentaire, que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 16 février 2022 de la commission de recours d'invalidité, en tant qu'elle a rejeté sa demande de révision du taux de sa pension d'invalidité au titre de l'infirmité d'hypoacousie bilatérale.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. D une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au ministre des armées et des anciens combattants.
Délibéré après l'audience du 22 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Mérard, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.
La rapporteure,
B. MÉRARD
La présidente,
S. CAROTENUTOLa greffière,
M. C
La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants et en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026