mercredi 28 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2202270 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET LHERITIER AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire récapitulatif, enregistrés les 20 avril 2022 et 26 avril 2023, M. A B, représenté par Me Lheritier, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à l'indemniser à hauteur de la somme totale de 56 685,08 euros à raison des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des agissements discriminatoires et du harcèlement moral dont il a fait l'objet et d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter du 15 avril 2022 ainsi que de la capitalisation des intérêts ;
2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de retirer l'évaluation professionnelle dont il a fait l'objet au titre de l'année 2018-2019 et de le réévaluer ou, à défaut, d'annexer le jugement à intervenir s'il est favorable à cette évaluation professionnelle, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 10 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- son évaluation professionnelle 2018-2019 est illégale du fait d'une discrimination liée à son état de santé, en méconnaissance de l'article 6 alinéas 2 et 5 de la loi du 13 juillet 1983 et des articles 1 et 2 de la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 ; l'évaluation professionnelle ne peut tenir compte que de la valeur professionnelle à l'exclusion de tout critère étranger tel que l'état de santé ; il a fait l'objet d'un abaissement de son évaluation et de sa manière de servir au regard d'éléments relatifs à cet état de santé ; de plus, contrairement à ce qu'indique le ministère en défense, il n'a pas tenu de propos contestables auprès de ses collègues, cet élément ne figurant d'ailleurs pas dans le compte-rendu d'évaluation ;
- la diminution du taux de prime modulable est également entachée d'une illégalité fautive et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle repose sur une discrimination en raison de son état de santé alors qu'elle ne doit reposer que sur des critères relatifs à la contribution au bon fonctionnement de l'institution judiciaire ; il n'a notamment pas été tenu compte de dysfonctionnements préexistants à son arrivée et des nombreuses absences de magistrats au sein du parquet d'Albi ; la diminution de ce taux contraste avec les appréciations portées par ailleurs ;
- le ministère ne saurait se fonder sur des faits postérieurs, tels que le rapport de la mission d'inspection de l'IGJ ou des éléments recueillis par le CSM, aux fins de justifier l'abaissement de son évaluation et la diminution de son taux de prime ;
- il a fait l'objet d'agissements répétés de la part de sa hiérarchie, caractérisant une situation de harcèlement moral ; ainsi en est-il de sa notation 2018-2019 et de la baisse constante de son taux de prime modulable ; par ailleurs, sa hiérarchie a sous-estimé ses difficultés de santé ;
- il en résulte des préjudices au plan de sa carrière dès lors qu'il a perdu une chance sérieuse d'avancement à un poste hors hiérarchie, ce qui peut être justement évalué à la somme de 5 140,84 euros jusqu'au 31 décembre 2022, somme à parfaire à hauteur de 287,52 euros mensuels à compter de cette date ;
- il a par ailleurs subi un préjudice économique résultant de l'abaissement du taux de prime modulable soit un préjudice total évalué à la somme de 1 544,24 euros ;
- il subit également un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence à raison des agissements dont il a été victime, dont il sera fait une juste appréciation à hauteur de 50 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n° 58-1270 du 22 décembre 1958 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 ;
- le décret n° 2003-1284 du 26 décembre 2003 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sorin,
- les conclusions de M. Farges, rapporteur public,
- et les observations de Me Lheritier, représentant M. B, présent à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été nommé dans les fonctions de procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Albi à compter du 1er septembre 2017. A l'occasion de son évaluation professionnelle pour les années 2018-2019, il estime avoir fait l'objet d'une discrimination illégale en raison de son état de santé. De plus, lors de la fixation annuelle du taux de prime modulable applicable aux magistrats de l'ordre judiciaire, il estime avoir fait l'objet, à compter de l'année 2018, d'une baisse continue et injustifiée du taux qui lui a été appliqué, au regard de ce même état de santé et, par ailleurs, avoir été victime d'une situation de harcèlement moral dans l'exercice de ses fonctions de procureur de la République à Albi. Par la présente requête, M. B demande la condamnation de l'Etat à l'indemniser à hauteur de la somme totale de 56 685,08 euros à raison des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des agissements discriminatoires et du harcèlement moral dont il aurait été victime et d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter du 15 avril 2022 ainsi que de la capitalisation des intérêts. Il demande également d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de retirer l'évaluation professionnelle dont il a fait l'objet au titre de l'année 2018-2019 et de le réévaluer ou, à défaut, d'annexer le jugement à intervenir, s'il est favorable, à cette évaluation professionnelle, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard.
Sur l'engagement de la responsabilité de l'Etat :
En ce qui concerne l'évaluation professionnelle 2018-2019 de M. B :
2. D'une part, aux termes de l'article 12-1 de l'ordonnance n° 58-1270 modifiée du 22 décembre 1958 : " L'activité professionnelle de chaque magistrat fait l'objet d'une évaluation tous les deux ans. Une évaluation est effectuée au cas d'une présentation à l'avancement et à l'occasion d'une candidature au renouvellement des fonctions. / Cette évaluation est précédée de la rédaction par le magistrat d'un bilan de son activité et d'un entretien avec le chef de la juridiction où le magistrat est nommé ou rattaché ou avec le chef du service dans lequel il exerce ses fonctions. L'évaluation des magistrats exerçant à titre temporaire est précédée d'un entretien avec le président du tribunal judiciaire auprès duquel ils sont affectés. L'évaluation est intégralement communiquée au magistrat qu'elle concerne. / L'autorité qui procède à l'évaluation prend en compte les conditions d'organisation et de fonctionnement du service dans lequel le magistrat exerce ses fonctions. S'agissant des chefs de juridiction, l'évaluation apprécie, outre leurs qualités juridictionnelles, leur capacité à gérer et à animer une juridiction. / Le magistrat qui conteste l'évaluation de son activité professionnelle peut saisir la commission d'avancement. Après avoir recueilli les observations du magistrat et celles de l'autorité qui a procédé à l'évaluation, la commission d'avancement émet un avis motivé versé au dossier du magistrat concerné () ".
3. D'autre part, il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
4. Il résulte de l'instruction qu'à l'occasion de l'évaluation professionnelle 2018-2019 de M. B, réalisée par la procureure générale près la Cour d'appel de Toulouse, le compte-rendu d'entretien d'évaluation fait notamment état de " difficultés de fonctionnement, en particulier dans la remontée d'information au parquet général et dans le positionnement du procureur de la République tant en interne qu'à l'extérieur ", de ce qu'en octobre 2018 le procureur " n'a pas encore pu formaliser les principes d'organisation de son parquet ni définir et diffuser sa politique pénale ", qu'il " devait encore formaliser ses instructions et orientations à destination des services de police et de gendarmerie et structurer son organisation personnelle et celle de son parquet afin de dégager du temps pour s'investir dans ses missions de pilotage et d'animation de la juridiction, et du parquet, de direction de la police judiciaire ". Le compte-rendu mentionne aussi que 27 recommandations ont été formulées à l'issue de la visite de contrôle opérée en octobre 2018. S'il fait état également de l'état de santé de M. B, il en ressort clairement que c'est l'intéressé lui-même qui, à l'occasion de l'entretien avec la procureure générale, a expliqué l'origine de ses difficultés professionnelles par des problèmes de santé, notamment une grande fatigue physique et morale, joignant un certificat médical à cette occasion. Le compte-rendu mentionne ensuite le fait que M. B a été tenu éloigné de sa juridiction un mois au cours de l'année 2019 en raison d'une intervention chirurgicale. Enfin, si ce même compte-rendu précise que l'intéressé " n'a pas voulu interrompre son travail malgré ses problèmes de santé, ce qui démontre son engagement personnel ", il ajoute que M. B " a continué à assurer ses fonctions autant qu'il le pouvait et est aujourd'hui dans une phase positive de reconquête de sa place dans l'intégralité des missions de sa charge ". Il conclut en indiquant que " s'il est impossible de maintenir l'évaluation analytique au niveau précédent compte tenu des résultats observés, il est cependant permis de penser que ces deux premières années d'exercice n'auront été qu'un accident de parcours dans la carrière A B ". Par ailleurs, le compte-rendu d'évaluation souligne que l'intéressé possède de bonnes connaissances juridiques et techniques, que ses écrits sont clairs et complets, qu'il s'exprime avec aisance, que ses réquisitions sont appréciées, qu'il est un procureur tout à fait loyal, qu'il entretient d'excellentes relations avec les présidents successifs de la juridiction ou encore que son parquet fonctionne très correctement. L'appréciation générale conclut en indiquant que " l'amélioration progressive, en 2019, de sa santé permettra certainement à A B de donner la pleine mesure des grandes compétences professionnelles relevées lors de ses précédentes évaluations ", tandis que les différents items d'évaluation des compétences professionnelles générales, juridiques et techniques, ainsi que des compétences spécifiques, sont cotés, dans leur totalité, de " très bon " à " excellent ".
5. Ainsi, s'il est exact que ce compte-rendu fait état, à plusieurs reprises, de l'état de santé de M. B, il en résulte que c'est l'intéressé lui-même qui a pris l'initiative d'en faire mention lors de son entretien d'évaluation. Il ressort des indications portées par la procureure générale qu'elles avaient simplement pour objet d'apporter un élément de contexte au regard des constats des réalisations effectuées au cours des deux années évaluées et qu'elles n'ont pas constitué un élément d'évaluation des compétences professionnelles du requérant ou de sa manière de servir. Leur simple mention, pour maladroite qu'elle soit dans le cadre d'un compte-rendu d'évaluation professionnelle, ne peut ainsi, dans les circonstances de l'espèce et compte tenu de ce qui a également été précisé au point 4, être regardée comme ayant constitué un critère de l'évaluation professionnelle de M. B au titre des années 2018-2019. Au surplus, M. B ne saurait se prévaloir d'un " abaissement de son évaluation " par rapport aux années précédentes, alors qu'il ressort des textes précités que l'évaluation biannuelle des magistrats ne porte que sur les années concernées et au regard des fonctions exercées à ce titre et qu'en tout état de cause l'intéressé n'exerçait alors pas les mêmes fonctions dans la même juridiction. Dans ces conditions, ce dernier n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette évaluation au motif qu'elle serait entachée de discrimination en raison de son état de santé, de sorte qu'aucune faute de l'Etat ne peut être retenue à cet égard.
En ce qui concerne la fixation annuelle du taux de prime modulable de M. B :
6. Aux termes de l'article 3 du décret n° 2003-1284 du 26 décembre 2003 relatif au régime indemnitaire de certains magistrats de l'ordre judiciaire : " La prime modulable est attribuée en fonction de la contribution du magistrat au bon fonctionnement de l'institution judiciaire, notamment en tenant compte, le cas échéant, des attributions spécifiques qui lui ont été confiées et du surcroît d'activité résultant d'absences prolongées de magistrats. " Il résulte par ailleurs de l'arrêté du 29 juillet 2011 modifié, pris pour l'application de ce décret, que le taux moyen de la prime modulable est fixé à 12 % et que le taux maximal d'attribution individuelle de la prime modulable est fixé à 18 % depuis le 1er janvier 2013.
7. Il résulte de l'instruction que le taux de prime modulable de M. B, qui était fixé à 13 % dans ses précédentes fonctions de procureur de la République à Mende, a été fixé à 12,84 % pour l'année 2018, 12 % pour l'année 2019, 12,05 % pour l'année 2020 et 12 % pour l'année 2021, ce qui correspond au taux moyen applicable aux magistrats de l'ordre judiciaire. Si l'intéressé soutient que la baisse du taux de la prime modulable par rapport à ses anciennes fonctions serait liée à la prise en compte de son état de santé, cette allégation n'est pas corroborée par les pièces de l'instruction. Ainsi qu'il a été dit précédemment, son évaluation professionnelle 2018-2019 ne reposait pas sur des éléments étrangers à sa manière de servir et, comme le rappelle le procureur général près la Cour d'appel de Toulouse dans sa notification du 4 décembre 2020 de la prime modulable pour l'année 2021, le taux de celle-ci résulte de plusieurs critères que sont l'ancienneté, la charge liée à l'investissement professionnel du magistrat ainsi que de circonstances exceptionnelles éventuelles, au regard du montant de l'enveloppe globalement disponible. D'ailleurs, il ressort des notifications des différentes années concernées que M. B, avec un taux de prime compris entre 12,84 et 12 %, se situe dans la moyenne des attributions des magistrats du parquet relevant de la Cour d'appel de Toulouse, ce qui apparaît en cohérence avec le contenu de son évaluation professionnelle biannuelle précitée. A cet égard, si l'intéressé fait état des difficultés de fonctionnement du parquet d'Albi et notamment d'absences de certains magistrats qui n'auraient pas été prises en considération, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'enquête administrative de l'inspection générale de la Justice, du mois de juin 2021, et qui peut être utilement pris en considération dès lors qu'il porte sur des faits relatifs aux années en cause, que l'effectif réel du parquet d'Albi a été globalement maintenu pendant toute la période considérée, notamment grâce au recours régulier à des magistrats placés, et que les insuffisances ponctuellement constatées ont surtout résulté de demandes d'aide " insuffisantes et tardives " de la part de M. B auprès du parquet général. Dans ces conditions, le requérant n'est pas davantage fondé à exciper de l'illégalité de la fixation du taux de sa prime modulable qui résulterait de la prise en compte de son état de santé, aux fins de rechercher l'engagement de la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne le harcèlement moral invoqué par M. B :
8. Le fait, pour un magistrat dont la situation administrative est régie par l'ordonnance du 22 décembre 1958, de subir des agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel caractérise une situation de harcèlement moral. Il appartient à un magistrat judicaire, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement dont il soutient avoir été victime, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
9. Outre le fait qu'il ne résulte pas de l'instruction et n'est d'ailleurs pas soutenu que M. B aurait sollicité vainement le bénéfice de la protection fonctionnelle à l'égard des faits de harcèlement dont il s'estimait l'objet, le requérant ne saurait utilement se prévaloir d'une évaluation illégale au titre de l'année 2018-2019 non plus que d'une fixation discriminatoire du taux modulable de prime au titre des années 2018 à 2021, ainsi qu'il a été exposé dans les points précédents, aux fins de faire présumer l'existence d'agissements constitutifs d'un harcèlement moral à son endroit. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que la réalisation d'une mission de contrôle de la part de sa hiérarchie, en cours d'année 2018, aurait traduit de tels agissements alors qu'elle avait pour objet le contrôle du fonctionnement du parquet d'Albi en termes de gestion et d'organisation compte tenu des " difficultés apparues dans la remontée d'informations au parquet général dans le suivi des affaires signalées " et de l'absence de remontées concernant la mise en œuvre des recommandations émises en janvier 2017 pour lesquelles il avait été demandé au procureur d'Albi, à trois reprises entre janvier et mars 2018, de rendre compte en vain. A l'issue de ce contrôle, une série de 27 recommandations a été établie le 15 mars 2019 et il ressort d'ailleurs de ce document que ces recommandations faisaient l'objet d'un constat partagé par M. B. Ensuite, il est constant que la procédure engagée par la procureure générale en août 2019 en vue de lui infliger un avertissement a été abandonnée, au regard notamment des explications et justifications apportées par M. B. Enfin, s'il est exact que le nouveau procureur général près la Cour d'appel de Toulouse a engagé, le 18 mars 2021, une procédure visant à la prise par le garde des sceaux, ministre de la justice, d'une mesure d'interdiction temporaire d'exercice à l'encontre de M. B, à l'issue d'une nouvelle mission de contrôle réalisée en février 2021, le rapport de cette dernière reposait sur une multitude de dysfonctionnements et de carences objectives relevées dans le fonctionnement du parquet d'Albi, longuement reprises et détaillées dans la lettre de saisine du garde des sceaux du 18 mars 2021, sans qu'il en ressorte des considérations autres que l'intérêt du service et l'intérêt du magistrat lui-même comme le relève le procureur général. D'ailleurs, à l'issue de cette saisine, une mission de l'inspection générale de la justice, réalisée au mois de mars 2021, a confirmé l'essentiel des dysfonctionnements et carences ainsi relevés, ensuite repris par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) dans son avis motivé du 14 juin 2022 conduisant le garde des sceaux, ministre de la justice, à prendre la sanction de retrait des fonctions assortie d'un déplacement d'office à l'encontre de M. B. Ainsi, la seule succession de ces différentes missions de contrôle et inspections entre 2018 et 2021, qui n'excède pas le cadre normal de l'exercice du pouvoir hiérarchique, ne saurait suffire à établir l'existence d'agissements répétés ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte aux droits et à la dignité de l'intéressé, ou d'altérer sa santé non plus que de compromettre son avenir professionnel alors qu'il résulte de l'instruction, d'une part, que l'état de santé de M. B a été très sérieusement pris en considération, en particulier lors des visites de contrôle de 2018 et 2021 puis lors de la mission de l'inspection générale de la Justice en mars 2021 et enfin dans l'avis du CSM du 14 juin 2022, d'autre part que le requérant a été mis en mesure de faire valoir ses observations oralement et par écrit devant les différentes instances en question et, de troisième part, que la sanction de retrait des fonctions et de déplacement d'office dont il a fait l'objet a également pour but de lui permettre la poursuite de sa carrière professionnelle tout en tenant compte des constats objectifs et réitérés de carences professionnelles et d'incapacité de l'intéressé à assurer sa mission de procureur de la République en charge d'un parquet. Dans ces conditions, les agissements de harcèlement moral allégués par M. B ne peuvent davantage être regardés comme établis de sorte qu'aucune faute ne peut être retenue à l'encontre de l'Etat sur ce dernier fondement.
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'en l'absence de faute de la part de l'Etat, les conclusions indemnitaires de la requête de M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence et en tout état de cause, les conclusions qu'il présente à fin d'injonction.
Sur les frais de l'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme que M. B demande sur ce fondement soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2023 à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.
Le président- rapporteur,
T. SORIN
L'assesseur le plus ancien dans
l'ordre du tableau,
S. HECHT
La greffière,
S. SORABELLA
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026