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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202273

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202273

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCP CORMARY & BROCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2022 et un mémoire en production de pièces enregistré le 12 mai 2022, M. B C, représenté par Me Broca, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 22 mars 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'annuler la décision implicite de refus de séjour par silence gardé à la demande du 22 mars 2022 d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié ;

4°) d'enjoindre à la préfète de Tarn-et-Garonne, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui octroyer un titre de séjour, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, à compter du mois suivant la notification du jugement à intervenir en application de l'article L. 911-2 du code justice administrative ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des dépens ainsi qu'une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation dès lors que le préfet a rendu ces décisions sans examiner sa demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié alors que le dossier avait été transmis le 22 mars 2022 par mail ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation en tant qu'elles ne tiennent pas compte de sa demande de titre de séjour ;

- le préfet a commis un vice de procédure en prononçant à son encontre des mesures d'éloignement sans statuer sur son droit au séjour ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une erreur de fait et d'une erreur de droit dès lors que le préfet était parfaitement informé d'une demande de titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que son dossier était prêt à être envoyé à la préfecture de la Haute-Garonne, que le dossier complet de demande d'admission exceptionnelle au séjour et ses déclarations ainsi que celles de son employeur auraient dû conduire l'administration à apprécier sa situation en application de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que l'administration a cependant gardé le silence sur cette demande ;

Par un mémoire en défense enregistré le 4 juillet 2022, la préfète de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Broca, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient que le requérant a pris soin de remettre le dossier de demande de titre de séjour au service interpellateur, que ce service a pris les quatre premières pages de la demande, que le dossier a été mis à la disposition de la préfecture, que pourtant la préfecture n'a pas tenu compte de tous ces éléments, que cette obligation de quitter le territoire français n'a pas été prise en pleine connaissance de cause, alors qu'elle n'ignorait pas l'existence de ce dossier, qu'une admission exceptionnelle au séjour a finalement été déposée en préfecture de la Haute-Garonne, que cependant l'obligation de quitter le territoire français fait obstacle à l'examen de ce dossier,

- les observations de M. C, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- la préfète de Tarn-et-Garonne n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 26 juillet 1989 à Korce (Albanie), de nationalité albanaise, déclare être entré sur le territoire français fin juillet 2019. Il est interpellé le 22 mars 2022 et par un arrêté du même jour, la préfète de Tarn-et-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par sa présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de refus de la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée le 22 mars 2022 :

3. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. " Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () " Aux termes de l'article R 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. La date du dépôt de la demande à l'administration, constatée par tous moyens, doit être établie à l'appui de la requête. () ".

4. M. C demande l'annulation de la décision implicite de rejet de la demande d'admission exceptionnelle au séjour qu'il aurait présentée le 22 mars 2022. Par courrier du 29 avril 2022, le tribunal de céans lui a demandé de régulariser sa requête en fournissant la preuve du dépôt de cette demande de titre de séjour. Pour en justifier, le requérant produit un courriel adressé par son conseil le 22 mars 2022 au service éloignement de la préfecture de Tarn-et-Garonne et une attestation de son employeur, établie le 12 mai 2022. Toutefois, ni ce courriel, par lequel son conseil s'est borné à informer la préfecture qu'elle tenait à sa disposition l'entier dossier de sa demande de régularisation par le travail, ni cette attestation, relatant la remise aux gendarmes le 22 mars 2022 d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour, dont le procès-verbal dressé le même jour par les services de gendarmerie ne fait pas état, ne permettent d'établir le dépôt, à cette date d'une demande de titre de séjour constituant le point de départ du délai de quatre mois à l'issue duquel naît, en vertu des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet. Par suite, les conclusions dirigées contre le silence gardé par l'autorité préfectorale sur la demande formulée le 22 mars 2022 sont dirigées contre une décision inexistante et sont, dès lors, sont irrecevables.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, par un arrêté du 29 janvier 2021 publié le même jour au recueil administratif spécial n° 82-2021-015, la préfète de Tarn-et-Garonne a donné délégation à Mme Catherine Fourcherot, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

6. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise l'ensemble des textes sur lesquels il se fonde, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté précise les conditions d'entrée sur le territoire français de M. C et indique les principaux éléments relatifs à sa situation personnelle. La préfète de Tarn-et-Garonne mentionne également que l'intéressé s'est maintenu plus de trois mois après son entrée sans être titulaire de titre de séjour, qu'il déclare exercer une activité professionnelle depuis un an, en qualité de plombier, qu'il aurait entrepris des démarches auprès d'une avocate en vue de déposer une demande de titre de séjour et qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dans la mesure où il est entré en France très récemment, qu'il est célibataire et sans enfant à charge, et qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans le pays dont il est ressortissant. La préfète indique enfin qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la préfète a suffisamment énoncé les considérations de fait et de droit sur lesquelles il s'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que la préfète, qui mentionne les démarches entreprises par le requérant en vue de déposer une demande de titre de séjour, n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que lors de son interpellation en date du 22 mars 2022, M. C a fait valoir qu'il était en train de constituer un dossier de demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 4, il n'établit pas qu'il aurait, à la date à laquelle a été édicté l'arrêté attaqué, effectivement dépose une telle demande en préfecture. En tout état de cause, le seul dépôt d'une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité administrative décide de l'éloignement d'un étranger qui se trouve dans l'un des cas mentionnés à l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est constant que M. C, qui déclare être entré sur le territoire français fin juillet 2019 muni d'un passeport en cours de validité, s'est maintenu par-delà trois mois sans être titulaire d'un titre de séjour. M. C, qui n'établit ni même n'allègue qu'il pourrait prétendre à l'attribution de plein droit d'un tel titre, entrait donc dans le champ des dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la préfète pouvait, sans commettre une erreur de fait ni davantage une erreur de droit, prononcer à l'encontre de l'intéressé une mesure d'éloignement. Pour les mêmes motifs, la préfète de Tarn-et-Garonne n'a pas commis un vice de procédure en édictant à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans statuer sur sa demande de titre de séjour.

10. En cinquième et dernier lieu, M. C soutient qu'il réside sur le territoire français depuis juillet 2019, qu'il travaille régulièrement en France, qu'il exerce en tant que plombier-chauffagiste employé par la société Vicente, qu'il satisfait pleinement son gérant qui a fait le nécessaire pour obtenir une autorisation de travail et qu'il est désormais chef de chantier. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant, entré récemment sur le territoire français, est célibataire et sans enfant à charge. Il n'établit pas qu'il aurait fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux et qu'il ne justifie pas disposer d'attaches personnelles et familiales sur le territoire français. En outre, il n'est pas démontré qu'il est dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents. Dans ces conditions, la préfète n'a pas commis une erreur manifeste l'appréciation lors de son examen de la situation du requérant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de Tarn-et-Garonne du 22 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit alors que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Broca la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

14. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. C sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Broca et à la préfète de Tarn-et-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 202Le magistrat désigné,

F. A La greffière,

S. EL HANDOUZ

La République mande et ordonne à la préfète de Tarn-et-Garonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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