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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202288

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202288

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202288
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSADEK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 avril 2022, M. D A, représenté par Me Sadek, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 2 mars 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", ou à défaut un titre de séjour portant la mention " salarié ", sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

La décision portant refus d'admission au séjour :

- est entachée d'une une incompétence de son signataire ;

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- est entachée d'un vice de procédure tenant au défaut de communication pour avis de son contrat de travail aux services du ministère chargé de l'emploi ;

- est entachée d'un défaut d'examen suffisant de sa situation ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation professionnelle ;

- est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 3 de l'accord franco-tunisien ;

- est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article R. 5221-17 du code du travail ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- est entachée d'un défaut d'examen suffisant de sa situation ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

La décision fixant le délai de départ volontaire :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant fixation du pays de renvoi :

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- est entachée d'un défaut d'examen suffisant de sa situation ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- est dépourvue de base légale ;

- est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 17 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er février 2023 à 12 h 00.

Un mémoire, enregistré le 26 janvier 2023, a été présenté pour M. A et n'a pas été communiqué.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail, modifié ;

- l'accord-cadre relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie et le protocole relatif à la gestion concertée des migrations, signés à Tunis le 28 avril 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Truilhé, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant tunisien né le 2 septembre 1991 à Guellala (Tunisie), a déclaré être entré en France le 9 octobre 2015 et a sollicité son admission au séjour le 18 janvier 2016 en conséquence de son mariage avec une ressortissante française et a obtenu une carte de séjour temporaire en qualité de conjoint de Français régulièrement renouvelée jusqu'au 6 avril 2018. L'intéressé a sollicité le renouvellement de son droit au séjour et a fait l'objet, le 6 avril 2018, d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, compte tenu de son divorce prononcé le 17 novembre 2017. Après avoir été interpellé le 18 août 2020 par les services de police, il a fait l'objet le même jour d'un nouvel arrêté portant obligation de quitter le territoire français. L'intéressé a sollicité, le 8 septembre 2021, son admission exceptionnelle au séjour en France en faisant valoir la présence de sa sœur en France, l'ancienneté de sa présence sur le territoire national et une promesse d'embauche, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'article 3 de l'accord franco-tunisien. Par un arrêté du 2 mars 2022, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée d'un an, aux motifs que la présence en France de sa sœur et sa résidence habituelle sur le territoire français depuis plus de six années ne sauraient constituer un motif exceptionnel ou des considérations humanitaires, qu'il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement, qu'il ne détient pas le visa de long séjour requis pour bénéficier de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié, qu'il ne détient pas de qualification, d'expérience particulière et significative ou d'un diplôme de nature à répondre favorablement à sa demande de régularisation, qu'il ne démontre pas que son employeur serait dans l'impossibilité de mettre en œuvre la procédure légale d'introduction en France d'un travailleur étranger, qu'il est divorcé depuis le 17 novembre 2017, qu'aucun enfant n'est né de sa relation, que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens et stables, qu'il n'établit pas l'intensité des liens entretenus avec sa sœur présente en France, qu'il dispose d'attaches importantes en Tunisie, que, dans ces conditions, l'interdiction de retour ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'il ne fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé et qu'il n'établit pas être exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la même convention en cas de retour en Tunisie. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté en date du 10 mai 2021, publié le même jour au recueil n° 31-2021-132 des actes administratifs spécial de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet de ce département a donné délégation à Mme E C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions relatives au refus d'admission au séjour des étrangers. La décision attaquée entre dans le champ matériel de la délégation de signature accordée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort de la motivation, exposée au point 1, de la décision contestée que celle-ci, non seulement vise les textes dont elle fait application, mais comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la décision litigieuse. Par suite, la décision portant refus d'admission au séjour est suffisamment motivée en droit comme en fait.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes mêmes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen suffisamment réel et sérieux de la situation du requérant avant d'édicter la décision litigieuse.

5. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers et aux conditions de délivrance de ces titres s'appliquent, " sous réserve des conventions internationales ". D'une part, en ce qui concerne les ressortissants tunisiens, l'article 11 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail stipule que : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. / Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation. " D'autre part, l'article 3 du même accord stipule que : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié ". " En vertu du point 2.3.3 du protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République tunisienne du 28 avril 2008 : " () le titre de séjour portant la mention " salarié ", prévu par le premier alinéa de l'article 3 de l'Accord du 17 mars 1988 modifié, est délivré à un ressortissant tunisien en vue de l'exercice, sur l'ensemble du territoire français, de l'un des métiers énumérés sur la liste figurant à l'Annexe I du présent Protocole, sur présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente sans que soit prise en compte la situation de l'emploi () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. "

6. Il résulte des stipulations précitées de l'article 3 de l'accord franco-tunisien susvisé et du point 2.3.3 du protocole du 28 avril 2008 annexé à cet accord, combinées avec les dispositions des articles L. 5221-2 et R. 5221-3 à R. 5221-14 du code du travail, que la délivrance aux ressortissants tunisiens d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est subordonnée à la présentation d'un visa de long séjour et d'un contrat visé par les services en charge de l'emploi.

7. En l'espèce, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé, pour refuser à M. A la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié, sur la circonstance que celui-ci n'était pas titulaire du visa de long séjour exigé par les l'article 3 de l'accord franco-tunisien. Le préfet pouvait légalement refuser pour ce seul motif, sans avoir à communiquer pour avis le contrat de travail de l'intéressé aux services du ministère chargé de l'emploi, de lui délivrer le titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de ces stipulations. Par suite, les moyens tirés du vice de procédure au regard de l'article R. 5221-20 du code du travail, en l'absence de communication pour avis du contrat aux services en charge de l'emploi, et de l'erreur de droit au regard de l'article 3 de l'accord franco-tunisien doivent être écartés.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

9. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement l'invoquer. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient alors au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

10. Pour refuser d'admettre M. A au séjour en qualité de salarié, le préfet s'est fondé, ainsi qu'il a été dit au point 7, sur la circonstance qu'il ne détenait pas le visa de long séjour requis et que rien dans sa situation ne justifie de passer outre cette condition à titre dérogatoire. Toutefois, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet s'est également fondé sur les circonstances que le requérant ne détient pas de qualification, d'expérience particulière et significative, ni de diplôme de nature à répondre favorablement à sa demande de régularisation et de ce qu'il n'est pas démontré l'impossibilité pour son employeur de se conformer aux règles en matière d'emploi de salariés étrangers. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation professionnelle de l'intéressé en refusant d'user de son pouvoir de régularisation pour l'admettre au séjour, les conditions d'exercice d'une activité salariée par M. A n'étant pas de nature à justifier une régularisation exceptionnelle en qualité de salarié.

11. En septième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne aurait fondé sa décision de refus d'admission au séjour sur la circonstance que son contrat de travail n'était pas visé par les services en charge de l'emploi. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit au regard des dispositions de l'article R. 5221-17 du code du travail ne peut qu'être écarté.

12. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2 - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

13. M. A se prévaut, d'une part, d'une durée de résidence habituelle en France de six années. Toutefois, une telle durée de séjour, à la supposer établie, ne saurait suffire à fonder une admission au séjour, alors au demeurant que l'intéressé se maintient en situation irrégulière sur le territoire national depuis 2018, et ce en dépit de deux mesures d'éloignement prononcées à son encontre. D'autre part, si l'intéressé se prévaut de la présence régulière de sa sœur sur le territoire français, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il entretiendrait une relation d'une particulière intensité avec elle. M. A ne démontre pas, par la production de deux attestations sur l'honneur, au demeurant non datées, par lesquelles deux intéressés attestent le connaître, qu'il aurait établi en France des attaches personnelles d'une particulière ancienneté, stabilité et intensité. En outre, il n'est pas dépourvu d'attaches en Tunisie où réside notamment sa mère. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné à deux reprises pour des faits de violences conjugales et outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique. Dans ces conditions, nonobstant la durée de son séjour en France, M. A, divorcé et sans charge de famille, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, la décision litigieuse n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, dès lors qu'il résulte de ce qui a été exposé au point 3 que la décision de refus de séjour est suffisamment motivée en droit et en fait et qu'il ressort des pièces du dossier que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français sont rappelées, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

15. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision de refus de séjour, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen suffisamment réel et sérieux de la situation du requérant avec d'édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français.

16. En troisième et dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de l'erreur manifeste de la situation de M. A doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13, ainsi que, et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

17. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

18. Si le requérant estime qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours aurait dû lui être accordé, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait fait état, à l'occasion du dépôt ou de l'instruction de sa demande de titre de séjour, de circonstances particulières de nature à justifier qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé. Il n'est pas, par suite, fondé à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

19. En premier lieu, il résulte de la motivation, décrite au point 1, de la décision fixant le pays de renvoi de M. A que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

20. En second lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision fixant le pays de renvoi, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen suffisamment réel et sérieux de la situation du requérant avec d'édicter ladite décision.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

21. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de son défaut de motivation manque en fait et doit, par suite, être écarté.

22. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant ne peut exciper de l'illégalité de cette décision pour contester la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

23. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

24. Pour édicter une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à l'encontre de M. A, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur les circonstances que l'intéressé a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement non exécutées et que la nature et l'ancienneté de ses liens en France ne sont pas établis, compte tenu notamment de ce qu'il est divorcé depuis le 17 novembre 2017 et sans charge de famille. Dans ces conditions et nonobstant l'absence de menace pour l'ordre public, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait disproportionnée.

25. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

26. Le présent jugement rejetant les conclusions à fin d'annulation, les conclusions relatives à l'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens par M. A, au profit de son conseil.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Sadek et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. Déderen, premier conseiller,

M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

Le président-rapporteur,

J-C. TRUILHÉ

L'assesseur le plus ancien,

G. DÉDEREN

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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