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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202306

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202306

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202306
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantAMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 avril et 18 novembre 2022, Mme B D G, représentée par Me Tercero, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 août 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de cent euros par jour de retard, et de lui remettre sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous une astreinte de cent euros par jour de retard passé un délai d'un mois à compter de cette notification, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dès cette notification et de rendre une décision dans un délai de deux mois sous une astreinte de cent euros par jour de retard, et de lui remettre dès la notification de la décision à intervenir une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 425-9, R. 425-11 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de celles de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ainsi que de celles de l'ordonnance du 6 novembre 2014, faute pour le préfet de rapporter la preuve que le médecin rapporteur ne faisait pas partie du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lorsque l'avis sur son état de santé a été rendu, que l'avis a été régulièrement signé par trois médecins composant le collège, que le collège a délibéré collégialement et que la délibération par conférence audiovisuelle ou téléphonique respecte les dispositions de l'ordonnance du 6 novembre 2014 ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet et l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), qui se sont abstenus de faire l'analyse de la disponibilité des soins nécessaires à son état de santé dans son pays d'origine, ont méconnu les orientations générales définies par l'arrêté du 5 janvier 2017.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 août et 9 décembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme D G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 février 2022.

Par une décision du 1er décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 décembre suivant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance n° 2014-1329 du 6 novembre 2014 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers, et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Frindel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D G, ressortissante angolaise, déclare être entrée en France le 22 novembre 2020. Le 7 avril 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par une décision du 4 août 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme D G demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme H A, adjointe à la directrice des migrations et de l'intégration, qui disposait, aux termes de l'arrêté du 10 mai 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Haute-Garonne et consultable sur le site internet de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme F E, directrice des migrations et de l'intégration, notamment tous actes en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () " Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Selon l'article R. 425-13 de ce code : " () Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. " Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " () Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. ". Enfin, aux termes de l'article 4 de l'ordonnance du 6 novembre 2014 susvisée : " I. - La validité des délibérations organisées selon les modalités prévues aux articles 2 et 3 est subordonnée à la mise en œuvre d'un dispositif permettant l'identification des participants et au respect de la confidentialité des débats vis-à-vis des tiers. () ".

4. Les dispositions précitées, issues de la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France et de ses textes d'application, ont modifié l'état du droit antérieur pour instituer une procédure particulière aux termes de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 précité de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins et non plus un seul, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise sur le fondement d'un avis rendu le 25 juin 2021 par trois médecins qui, sur la base d'un rapport médical rédigé par un autre médecin, qui n'a pas siégé avec eux, se sont prononcés sur l'état de santé de Mme D G, la nécessité d'une prise en charge médicale et les conséquences d'un éventuel défaut de soin. En outre, et ainsi qu'il a été dit au point précédent, la circonstance, à la supposer avérée, que les médecins signataires de cet avis exercent dans trois villes différentes et qu'ils n'aient pas échangé entre eux avant de se prononcer, est sans incidence sur la légalité de la décision. Par suite, le moyen doit être écarté dans toutes ses branches.

6. En troisième lieu, l'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 susvisé dispose : " L'avis du collège de médecins de l 'OFII est établi sur la base du rapport médical élaboré par un médecin de l'office selon le modèle figurant dans l'arrêté du 27 décembre 2016 mentionné à l'article 2 ainsi que des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont le demandeur d'un titre de séjour pour raison de santé est originaire. Les possibilités de prise en charge dans ce pays des pathologies graves sont évaluées, comme pour toute maladie, individuellement, en s'appuyant sur une combinaison de sources d'informations sanitaires. L'offre de soins s'apprécie notamment au regard de l'existence de structures, d'équipements, de médicaments et de dispositifs médicaux, ainsi que de personnels compétents nécessaires pour assurer une prise en charge appropriée de 1'affection en cause. L'appréciation des caractéristiques du système de santé doit permettre de déterminer la possibilité ou non d'accéder effectivement à l'offre de soins et donc au traitement approprié. Afin de contribuer à 1'harmonisation des pratiques suivies au plan national, des outils d'aide à 1'émission des avis et des références documentaires présentés en annexe II et III sont mis à disposition des médecins de l'office ".

7. En vertu de ces dispositions et de celles citées au point 3, s'il appartient au préfet, lorsqu'il statue sur la demande de carte de séjour, de s'assurer que l'avis a été rendu par le collège de médecins conformément aux règles procédurales fixées par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par l'arrêté du 27 décembre 2016, il ne saurait en revanche porter d'appréciation sur le respect, par le collège des médecins, des orientations générales définies par l'arrêté du 5 janvier 2017, en raison du respect du secret médical qui interdit aux médecins de donner à l'administration, de manière directe ou indirecte, aucune information sur la nature des pathologies dont souffre l'étranger. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des orientations générales définies par l'arrêté du 5 janvier 2017 susvisé doit être écarté comme inopérant.

8. En quatrième et dernier lieu, dans son avis du 25 juin 2021 précité, le collège de médecins de l'OFII a considéré que, si l'état de santé de Mme D G nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, l'Angola, vers lequel elle pouvait voyager sans risque. Il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui a levé le secret médical dans le cadre de la présente instance, est porteuse asymptomatique du virus de l'immunodéficience humaine (VIH). Pour contester l'avis du collège de médecins de l'OFII, la requérante produit divers comptes-rendus de consultation et certificats médicaux, dont seul celui du Dr C se prononce sur la disponibilité du traitement dans son pays d'origine. Toutefois, en se bornant à indiquer " qu'il existe un risque significatif qu'elle ne puisse bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ", sans en préciser le motif, ce certificat est trop imprécis pour remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII. La requérante produit en outre différents documents, relatifs notamment à la prévalence de l'infection en Angola et à la mauvaise observance du traitement par les malades. Toutefois, outre que ces articles, qui pour la plupart ne comportent que des informations à caractère général, confirment la disponibilité de traitements contre le VIH dans ce pays, ils ne sont pas de nature, à eux seuls, à établir que la requérante ne pourrait pas y avoir effectivement accès. A cet égard, il se déduit au contraire des déclarations de Mme D G, telles que rapportées le 8 juin 2021 par le médecin de l'OFII, que malgré une interruption en 2015, elle a pu bénéficier d'un traitement approprié en Angola depuis la découverte de sa maladie en 2010, ce qui se déduit également de la circonstance, mentionnée plus haut, que la requérante ne présente pas de symptômes de la maladie. Par suite, en refusant de délivrer à Mme D G le titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner la communication de la preuve du respect des modalités techniques exigées par l'article 4 de l'ordonnance du 6 novembre 2014 susvisée ni des documents médicaux extraits de la base de données " MEDCOI ", que les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée présentées par Mme D G doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D G, à Me Tercero et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.

Le rapporteur,

T. FRINDEL

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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