jeudi 9 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2202310 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DERBALI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 avril 2022 et le 19 mai 2022, Mme B C, représentée par Me Derbali, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dès notification du jugement à intervenir, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État à verser à son conseil la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
L'ensemble de l'arrêté :
- est insuffisamment motivé, en fait comme en droit ;
- méconnait le principe du contradictoire et plus spécifiquement son droit à être entendu préalablement à l'édiction d'une décision administrative défavorable ;
La décision portant refus de titre de séjour :
- est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 423-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle a rompu la communauté de vie avec son mari suite à des violences conjugales subies de la part de ce dernier ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision du même jour portant refus de titre de séjour ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
La décision portant fixation du pays de destination :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité des décisions du même jour portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 mai 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable car tardive ;
- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 20 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 20 juin 2022.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les observations de Me Derbali, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante algérienne née le 30 juillet 1982, est entrée en France le 4 mars 2020 munie d'un passeport revêtu d'un visa court séjour valable jusqu'au 14 novembre 2020, lequel a été prolongé par une autorisation provisoire de séjour délivrée le 9 juillet 2020 et valable jusqu'au 31 juillet 2020. Le 2 avril 2021, elle s'est mariée avec M. D, compatriote algérien résidant en France sous couvert d'un titre de séjour. Le 19 avril 2021, Mme C a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en faisant état de son mariage. Par un arrêté du 16 septembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par sa requête, Mme C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les moyens dirigés contre l'ensemble de l'arrêté attaqué :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué contient l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. L'arrêté attaqué est ainsi suffisamment motivé, et il ressort de cette motivation que le préfet de la Haute-Garonne a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de Mme C. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'un défaut de motivation.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".
4. Il résulte des dispositions précitées que Mme C ne peut utilement s'en prévaloir à l'encontre de la décision portant refus de séjour, laquelle fait suite à une demande présentée par elle. La circonstance que la mesure d'éloignement prise à l'encontre de l'intéressée lui soit défavorable, laquelle mesure n'est que la conséquence du refus de titre de séjour, ne fait pas échec à l'exception prévue par les dispositions précitées relative au cas où il est statué sur une demande. En outre, l'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour ne saurait ignorer, en raison même de l'accomplissement de cette démarche, qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, qu'il pourra, en cas de refus, faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il est conduit, à l'occasion du dépôt de sa demande, à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui est également loisible, pendant l'instruction de sa demande, de faire valoir tout élément nouveau auprès des services préfectoraux. Le droit de l'intéressé d'être entendu est ainsi satisfait avant que n'intervienne la mesure d'éloignement. Par suite, les dispositions précitées n'ont pas été méconnues.
Sur les moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :
5. D'autre part, une ressortissante algérienne ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 423-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives au
renouvellement du titre de séjour lorsque l'étranger a subi des violences conjugales et que la communauté de vie a été rompue. De surcroit, Mme C ne peut utilement invoquer ces mêmes dispositions dès lors qu'elle fait état d'une première demande de titre de séjour. D'autre part, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis, au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Il appartient toutefois au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressée, et notamment des violences conjugales alléguées, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient seulement au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressée.
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée en France le 4 mars 2020, à l'âge de 37 ans, après avoir vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine, l'Algérie. Si la requérante se prévaut d'un mariage contracté le 2 avril 2021 avec un compatriote résidant régulièrement en France, il est constant que la communauté de vie a cessé et elle ne démontre pas avoir créé sur le territoire national de liens personnels et familiaux de telle sorte que, au regard de leur ancienneté, de leur stabilité et de leur intensité, un refus de séjour porterait une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale. En outre, les violences conjugales dont la requérante fait état ne permettent pas, à elles seules, de caractériser une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle qu'aurait commise le préfet. Par suite, la décision de refus de titre de séjour n'est entachée d'aucun vice de légalité interne.
Sur les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire :
7. La décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, la requérante ne peut exciper de l'illégalité de cette décision pour contester la décision portant obligation de quitter le territoire français.
8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, la décision portant obligation de quitter le territoire n'a pas porté une atteinte excessive au droit à la vie privée et familiale de Mme C, tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et la requérante n'est pas davantage fondée à soutenir que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle.
Sur les moyens dirigés contre la décision portant fixation du pays de destination :
9. Les décisions portant refus de titre et portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégales, Mme C ne peut exciper de leur illégalité pour contester la décision portant fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées, de même en conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Derbali et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
M. Luc, premier conseiller,
Mme Jorda, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.
L'assesseur le plus ancien
C. LUC
Le président-rapporteur,
D. A La greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026