vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2202327 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | GUEYE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 avril et 12 juillet 2022, M. C A, représenté par Me Gueye, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 1er mars 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a procédé à l'abrogation de son récépissé de demande de titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est dépourvue de base légale ;
- elle méconnait les stipulations de l'accord franco-algérien dans la mesure où il remplit les conditions posées par les articles 6 et 7 bis, g et h pour se voir délivrer un certificat de résidence, dès lors qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de son enfant conformément à l'article 371-2 du code civil et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- elle méconnaît les articles 3 et 9 de la convention de New-York en ne prenant pas en compte l'intérêt supérieur de l'enfant ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision abrogeant le récépissé de demande de titre de séjour :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle le place dans l'impossibilité de continuer à subvenir aux besoins de sa fille et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 août 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir, d'une part, que M. A ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de sa fille et, d'autre part, qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 novembre 2022.
Par une ordonnance du 1er septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er décembre suivant.
Vu :
- l'ordonnance n° 2203398 du 7 juillet 2022 du juge des référés du tribunal ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Frindel a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien, déclare être entré en France le 1er avril 2019. Il a présenté une demande d'asile, rejetée de façon définitive par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 27 janvier 2020. Il est père d'une enfant de nationalité française, née le 24 décembre 2019 de sa relation avec une ressortissante française. Il a bénéficié, en cette qualité et sur le fondement du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, d'un certificat de résidence d'un an valable du 9 juillet 2020 au 8 juillet 2021. Le 15 juillet 2021, se prévalant de sa qualité de parent d'un enfant français, il a présenté une demande de renouvellement de son certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " et a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans. Par une décision du 1er mars 2022, dont il demande l'annulation au tribunal, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. / () ".
3. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 novembre 2022. Par suite, sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les stipulations de l'accord franco-algérien susvisé et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de M. A. Elle précise les conditions de son entrée en France et les éléments relatifs à sa situation familiale. Elle rappelle enfin notamment qu'il a été condamné le 11 mai 2021 par le tribunal judiciaire de Toulouse à une peine de douze mois d'emprisonnement, dont six mois fermes, pour des violences commises sur sa compagne, et que sa présence sur le territoire français constitue donc une menace pour l'ordre public. Elle comporte ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est par suite suffisamment motivée.
5. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que cette décision est dépourvue de base légale n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, susvisé : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins () ". Selon l'article 7 bis du même accord : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour () : () / g) Au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français résidant en France, à la condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins, à l'échéance de son certificat de résidence d'un an ; h) Au ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une validité d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", lorsqu'il remplit les conditions prévues aux alinéas précédents ou, à défaut, lorsqu'il justifie de cinq années de résidence régulière ininterrompue en France () ".
7. D'une part, il résulte de ces stipulations que le respect de la condition qu'elles posent, tenant à l'exercice même partiel de l'autorité parentale, n'est pas subordonné à la vérification de l'effectivité de l'exercice de cette autorité. Lorsque le demandeur d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations précitées de l'article 6 ou 7 bis de l'accord franco-algérien est titulaire de l'autorité parentale à l'égard d'un enfant de nationalité française, la délivrance du titre de séjour n'est pas soumise à la condition supplémentaire que le demandeur subvienne effectivement aux besoins de l'enfant.
8. D'autre part, si l'accord franco-algérien susvisé ne subordonne pas la délivrance d'un titre de séjour aux ressortissants algériens à l'absence de menace à l'ordre public, les stipulations de cet accord, qui a pour seul objet de définir les conditions particulières que les intéressés doivent remplir lorsqu'ils demandent à séjourner en France, ne privent pas l'administration du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée en vigueur et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour à un ressortissant algérien en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public.
9. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné le 11 mai 2021 par le tribunal correctionnel de Toulouse à une peine de douze mois d'emprisonnement, dont six mois avec un sursis probatoire de deux ans, pour s'être rendu coupable de violences volontaires sur sa compagne - et mère de sa fille -, faits commis les 31 octobre 2020, 28 janvier, 23 avril et 4 mai 2021. Le tribunal a retenu que " les violences commises par M. A au détriment de sa conjointe ont été régulières et d'une grave intensité, étant aussi bien physiques que verbales et psychologiques et ayant causé jusqu'à 30 jours d'ITT. () Ces violences étaient exercées pour des motifs futiles et souvent en présence de leur jeune enfant ". Eu égard à la gravité de ces faits, à leur répétition, à leur caractère récent et aux circonstances dans lesquelles ils ont été commis, c'est sans erreur d'appréciation que le préfet a considéré que son comportement constituait une menace pour l'ordre public à la date de la décision attaquée. Par suite, et nonobstant le fait que M. A est titulaire de l'autorité parentale, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 6 et 7 bis g) et h) de l'accord franco-algérien doit être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de New York sur les droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
11. D'une part, le refus de titre de séjour contesté n'a pas pour effet de séparer M. A de sa fille, dont la résidence habituelle a d'ailleurs été fixée chez la mère de l'enfant par un jugement du 7 avril 2022 du juge aux affaires familiales, postérieurement à la décision attaquée. De plus, si le requérant soutient que cette décision le prive de la possibilité de contribuer financièrement à l'entretien et à l'éducation de sa fille, il n'a toutefois joint à sa requête, pour justifier de cette contribution, que cinq factures de produits pour bébé, des relevés de virements à son ancienne compagne et à sa fille, dont un seul, postérieur à la décision attaquée, l'identifie comme émetteur, ainsi qu'une attestation non circonstanciée de la mère de l'enfant. Dès lors, il n'établit pas que la décision en litige aurait des conséquences préjudiciables notables sur la situation de sa fille. D'autre part, eu égard aux faits de violences conjugales commis par le requérant, et à la circonstance, rappelée au point 9, qu'ils l'ont été, pour la plupart, en présence de sa fille, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de délivrer un certificat de résidence à M. A, le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas suffisamment tenu compte de l'intérêt supérieur de l'enfant. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant doit donc être écarté.
12. En cinquième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 9 de la convention de New York sur les droits de l'enfant qui ne créent des obligations qu'entre les Etats.
13. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
14. M. A soutient avoir tissé des liens amicaux, professionnels et familiaux à Toulouse et participer régulièrement aux activités de différentes associations. Toutefois, outre que l'intéressé ne justifie pas des liens amicaux et des activités associatives qu'il invoque, qu'il est séparé de son ancienne compagne et que la résidence habituelle de sa fille est fixée chez la mère, la décision attaquée se borne à lui refuser la délivrance d'un certificat de résidence et n'emporte pas obligation de quitter le territoire français. Elle ne saurait, de ce fait, et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie familiale et privée une atteinte excessive au regard des buts en vue desquels elle a été prise, notamment au regard du but de sauvegarde de l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision abrogeant le récépissé de demande de titre de séjour :
15. La décision par laquelle l'autorité compétente refuse à un étranger la délivrance d'un titre de séjour entraîne nécessairement l'abrogation du récépissé de demande de titre de séjour qui lui a été préalablement délivré, qui n'a plus raison d'être dès lors que l'instruction pour laquelle il avait été délivré est close. Dès lors, les moyens soulevés à l'encontre de la décision abrogeant le récépissé de demande de titre de séjour sont inopérants et doivent être écartés.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 1er mars 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Gueye et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Rousseau, conseillère,
M. Frindel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.
Le rapporteur,
T. FRINDEL
La présidente,
V. POUPINEAULa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026