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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202331

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202331

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202331
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMAINIER-SCHALL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 avril 2022, Mme D A B, représentée par Me Mainier-Schall, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2022 par lequel le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès et une somme de 1 500 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit faute d'instruction du dossier ;

- la décision est entachée d'une méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2022, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par ordonnance du 24 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 14 février 2023 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grimaud,

- et les observations de Me Mainier-Schall représentant Mme A B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 1er janvier 1940 à Sidi Slimane (Maroc) est entrée en France le 9 novembre 2019, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour émis par le consulat général de France à Rabat, valable du 8 novembre 2019 au 8 février 2020. Le 3 février 2020, Mme A B a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour ainsi qu'une demande de titre de séjour en tant qu'ascendant de français à charge ou en tant que visiteur. Par un arrêté en date du 5 mai 2020, la préfète du Tarn a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Cet arrêté a été par la suite confirmé par le tribunal par un jugement du 15 janvier 2021 (n° 2002538) confirmé par la cour administrative d'appel de Bordeaux le 20 octobre 2021 (n° 21BX00758). Le 25 janvier 2022, Mme A B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale ou en qualité de " visiteur ", soit au titre d'une admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté en date du 22 mars 2022, le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, le préfet, qui n'est pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressée dont elle pourrait avoir connaissance, a suffisamment motivé la décision attaquée. De même, la décision portant obligation de quitter le territoire national, fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de la décision refusant à Mme A B la délivrance d'un titre de séjour. Ainsi, la décision relative au séjour étant suffisamment motivée, l'obligation de quitter le territoire français l'est également. Enfin, en mentionnant que l'intéressée n'établissait pas que sa vie ou sa liberté soient menacées, ou qu'elle soit exposée à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour au Maroc ou dans tout autre pays où elle serait légalement admissible, le préfet du Tarn a suffisamment motivé la décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi seraient à cet égard insuffisamment motivées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni d'aucune pièce du dossier que le préfet du Tarn se serait abstenu de procéder à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante. Le moyen d'erreur de droit soulevé sur ce point doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A B, est entrée en dernier lieu sur le territoire français à l'âge de soixante-dix-neuf ans après avoir vécu toute sa vie au Maroc. Si elle se prévaut de la présence de deux de ses trois enfants majeurs en situation régulière sur le territoire, ainsi que ses petits-enfants, sa présence en France est récente, et elle ne démontre ni qu'un motif impératif appellerait sa présence en France pour ses enfants ou afin d'être prise en charge par leurs soins. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait intégrée socialement sur le territoire français, ni dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où résident ses deux autres enfants. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

7. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, il ne ressort pas des pièces du dossier que les liens créés par Mme A B en France au titre de la vie privée et familiale soient particulièrement développés ou se caractérisent par une nécessité pour elle-même ou ses enfants. Si elle se prévaut également de son état de santé et produit une prescription médicale ainsi que des bulletins de situation et de prise en charge, elle n'établit pas que son état de santé nécessite l'assistance quotidienne d'une tierce personne. Enfin, les seules attestations sur l'honneur de ses enfants ne permettent pas d'établir qu'elle est dépourvue de ressources dans son pays d'origine. Il résulte ainsi de ce qui vient d'être dit que les conditions de son séjour en France ne caractérisent aucun motif exceptionnel ni aucune circonstance humanitaire justifiant son admission au séjour sur ce fondement. Par conséquent, le préfet du Tarn n'a commis aucune erreur manifeste dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui apporte la preuve qu'il peut vivre de ses seules ressources, dont le montant doit être au moins égal au salaire minimum de croissance net annuel, indépendamment de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale et de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " d'une durée d'un an. / Il doit en outre justifier de la possession d'une assurance maladie couvrant la durée de son séjour et prendre l'engagement de n'exercer en France aucune activité professionnelle () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser l'admission au séjour à Mme A B en qualité de visiteur sur le fondement de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Tarn a relevé que la requérante ne justifiait pas détenir un visa de long séjour, ce qu'elle ne conteste pas. Dès lors, et compte tenu du fait qu'elle ne démontre pas remplir les autres critères prévus par l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Tarn pouvait légalement, pour ce seul motif, refuser de faire droit à leur demande.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Mme A B fait valoir qu'elle effectue des séjours réguliers en France auprès de sa fille, qui est de nationalité française, de l'époux de cette dernière et de leurs trois enfants, elle indique être dépourvue de ressources au Maroc et que ses enfants vivant au Maroc sont dans l'impossibilité de lui procurer de l'aide eu égard notamment à son état de santé. Toutefois, Mme A B est entrée en France pour la dernière fois à l'âge de soixante-dix-neuf ans, a vécu au Maroc la majorité de sa vie où elle n'établit pas être dépourvue d'attaches dès lors qu'y résident a minima deux de ses trois enfants. Dans ces conditions et eu égard à ce qui a été exposé précédemment, le préfet du Tarn, en lui refusant la délivrance du titre de séjour sollicité, n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En septième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

13. Mme A B fait valoir que l'intérêt supérieur de ses petits-enfants mineurs scolarisés à Toulouse implique qu'elle soit autorisée à se maintenir en France à leurs côtés. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que les enfants seraient séparés de leurs parents lesquels résident en France et ont vocation à rester auprès d'eux ni que la décision contestée ferait obstacle à ce qu'elle retourne sur le territoire national, notamment par le biais de visas de court séjour, afin de se rendre aux côtés de ses enfants et petits-enfants, ou le cas échéant qu'elle sollicite à nouveau son admission au séjour, notamment en qualité de visiteur, en produisant le visa de long séjour requis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

14. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été exposé aux points précédents du présent jugement, que Mme A B n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Tarn aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

15. Il résulte de ce qui précède que Mme A B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 22 mars 2022. Sa requête doit dès lors être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme quelconque à Mme A B.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A B, à Me Mainier-Schall et au préfet du Tarn.

- une copie sera adressée au ministre de l'Intérieur.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

Mme Lequeux, conseillère,

Mme Lucas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

Le président, rapporteur,

P. GRIMAUD

L'assesseur le plus ancien,

A. LEQUEUX La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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