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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202367

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202367

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202367
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLAFFOURCADE-MOKKADEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 avril 2022, M. E A, représenté par Me Laffourcade-Mokkadem, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 février 2022 par laquelle le centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse a prononcé sa révocation ;

2°) d'enjoindre au CHU de Toulouse de procéder à sa réintégration et à la reconstitution de sa carrière dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du CHU de Toulouse la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la compétence de l'auteur de l'acte attaqué n'est pas justifiée ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure et d'une erreur de droit dès lors que, en application des dispositions de l'article 14 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière, le CHU de Toulouse aurait dû initier une procédure de placement d'office en congé de maladie en lieu et place de la procédure disciplinaire ;

- elle présente, en tout état de cause, un caractère disproportionné au regard des motifs qui la fondent.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 mai 2023, le centre hospitalier universitaire de Toulouse, représenté par MeSabatté, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 10 janvier 2024, M. B A et M. F A déclarent reprendre l'instance engagée par M. E A aujourd'hui décédé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 19 avril 2024 par une ordonnance du 29 mars précédent.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jorda,

- les conclusions de Mme Carvalho, rapporteure publique,

- et les observations de Me Laffourcade-Mokkadem, représentant M. A, ainsi que celles de Me Sabatté, représentant le centre hospitalier universitaire de Toulouse.

Considérant ce qui suit :

1. Recruté en 1993, E A a été titularisé le 1er mai 1996 par le centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse où il a exercé en dernier lieu les fonctions d'agent de restauration au sein de la plateforme logistique alimentaire en qualité d'ouvrier principal de 1ère classe. Le 14 décembre 2021, il a été suspendu de ses fonctions à titre conservatoire. Par une décision du 28 février 2022, le CHU de Toulouse a prononcé sa révocation. Par la présente requête, M. B A et M. F A, qui ont repris l'instance engagée par E A, aujourd'hui décédé, demandent au tribunal d'annuler la décision du 28 février 2022.

2. En premier lieu, par une décision du 2 février 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial du même jour n° 31-2022-074, le directeur général du CHU de Toulouse a donné délégation de signature, à Mme D C, directrice adjointe au sein du pôle ressources humaines et soins, pour signer, en lieu et place, les courriers et les décisions se rapportant aux attributions de la gestion des ressources humaines, à l'exception de courriers et d'actes énumérées à l'article 1er, dont la décision contestée ne fait pas partie. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise par une autorité incompétente doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 14 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière susvisé " en cas de maladie dûment constatée le mettant dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, le fonctionnaire hospitalier est de droit placé en congé de maladie ".

4. S'il résulte de ces dispositions que l'administration peut faire procéder à l'examen d'un agent par un médecin assermenté et saisir de sa propre initiative le comité médical compétent, contrairement à ce que soutiennent les requérants, aucun texte législatif ni aucun principe général du droit ne le lui impose. Dans ces conditions, les requérants ne peuvent utilement soutenir que le CHU de Toulouse aurait dû initier une procédure de placement d'office en congé de maladie en lieu et place de la procédure disciplinaire et ce d'autant que la circonstance qu'un agent soit placé en congé pour maladie ne fait pas obstacle à l'exercice de l'action disciplinaire à son égard. Par suite, les moyens tirés du vice de procédure et de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 14 du décret du 19 avril 1988 ne peuvent qu'être écartés.

5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : () Quatrième groupe : / La mise à la retraite d'office, la révocation ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes. D'autre part, lorsqu'il n'est pas établi que l'état de santé mentale de l'agent serait de nature à altérer son discernement au moment des faits en cause, l'autorité disciplinaire ne prend pas de sanction disproportionnée en décidant de prononcer une révocation en raison de faits suffisamment graves justifiant cette sanction.

6. Le CHU de Toulouse a fondé sa décision de révocation sur des motifs tirés des absences irrégulières de E A et de son comportement anormal, en particulier les 9 juin et 19 novembre 2021. Si les requérants ne contestent pas la matérialité des faits sur lesquels repose la sanction contestée, ils soutiennent que la sanction est disproportionnée dès lors que E A n'avait jamais fait l'objet d'aucune sanction disciplinaire en près de trente ans de service et que l'altération de son discernement, due à son alcoolisme, aurait dû être pris en considération dans le choix de la sanction.

7. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'entre 2019 et 2021, E A a été absent, sans motif légitime, 131 jours dont 80 jours pour la seule année 2021, qu'il a été destinataire de 46 courriers recommandés lui rappelant ses obligations professionnelles et que des retenues pour absence de service faits lui ont été notifiées, sans que son comportement ne connaisse une évolution favorable. De fait, alors même que, dès son entretien d'évaluation professionnel au titre de l'année 2019, les conséquences négatives de son comportement sur l'organisation du service lui ont été clairement signifiées, il a été de plus en plus fréquemment absent sans prévenir sa hiérarchie. Par ailleurs, au cours d'un échange anodin avec une collègue, le 9 juin 2021, alors qu'il est apparu dans un état alcoolisé sur son lieu de travail, il a manifesté une grande agressivité verbale nécessitant l'interposition physique de son chef d'équipe et, le 19 novembre 2021, alors qu'il ne tenait plus debout et qu'il ne parvenait pas à lacer ses chaussures, il a dû être reconduit à son domicile. Dans ces conditions et dès lors qu'il résulte de l'instruction que le discernement de E A n'était pas altéré au moment des faits, la récurrence de ses absences irrégulières et le caractère répété de ses comportements inappropriés constituent des manquements à ses obligations de servir d'une gravité particulière justifiant sa révocation. Par suite, la sanction ainsi infligée à E A ne présente pas un caractère disproportionné et ce alors même qu'aucune sanction disciplinaire n'avait été prononcée à son encontre depuis son recrutement en 1993.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du centre hospitalier universitaire de Toulouse présentée au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à M. F A et au centre hospitalier universitaire de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

V. JORDALa présidente,

S. CHERRIERLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au ministre de la santé en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

N°2202367

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