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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202370

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202370

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202370
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique chambre 5
Avocat requérantCHASTEL PRISCILLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 26 avril 2022, 14 avril, 28 juillet 2023 et 7 mars 2024, M. E A, représenté par Me Chastel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le certificat d'allocation temporaire d'invalidité du 2 novembre 2021 en tant qu'il fixe à 21% le pourcentage indemnisable, ensemble la décision rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique d'une part, de procéder au réexamen de la demande d'octroi de l'allocation temporaire d'invalidité à compter du 11 juin 2019 sur la base des taux d'incapacité permanente partielle issus du premier rapport d'expertise et d'autre part, d'établir un nouveau certificat d'inscription de son allocation temporaire d'invalidité dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 400 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le rapport d'expertise établi suite à l'examen médical du 3 mai 2019 est entaché de partialité dès lors que le SGAMI a demandé à l'expert de modifier les taux d'incapacité permanente partielle ; le principe du contradictoire a été méconnu dès lors qu'il a eu connaissance de ses nouveaux taux seulement la veille de la réunion de la commission de réforme qui s'est tenue le 10 octobre 2019 ; la commission de réforme s'est prononcée en se fondant sur un rapport d'expertise entaché d'irrégularité ;

- le report de la tenue de la réunion de la commission de réforme est la conséquence de la modification des taux d'IPP ;

- il n'a pas réalisé de contre-expertise à ses frais eu égard à son caractère onéreux ;

- le premier rapport ne peut être regardé comme comportant des erreurs matérielles mineures ; le rapport d'expertise produit en défense est un faux dès lors qu'il contient des taux revus à la baisse et qu'il est antidaté au 3 mai 2019 ; l'administration doit produire une attestation du Dr B indiquant que le rapport d'expertise mentionnait un taux confondu de 5% pour les séquelles de la fracture à la cheville droite et au tendon d'Achille droit dans sa version initiale ;

- le certificat d'allocation temporaire d'invalidité est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2022, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud conclut à son incompétence pour défendre à l'instance.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 octobre 2022 et 20 juillet 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er mars 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 60-1089 du 6 octobre 1960 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,

- et les observations de Me Chastel représentant M. A, également présent.

Une note en délibéré, présentée pour M. A, a été enregistrée le 2 juillet 2024 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, brigadier à la compagnie républicaine de sécurité de Lannemezan a, au cours de sa carrière, été victime de plusieurs accidents de service et, à ce titre, a bénéficié d'une allocation temporaire d'invalidité qui lui a été octroyée, à titre provisoire, par arrêté du 12 décembre 2011 à compter du 25 septembre 2010. Suite à un nouvel accident de service survenu le 20 août 2013, son taux d'incapacité permanente partielle a été réévalué au taux de 18% par un arrêté du 26 octobre 2015. A l'occasion de la révision quinquennale de son allocation temporaire d'invalidité, M. A a fait l'objet d'une expertise médicale le 3 mai 2019. La commission de réforme qui s'est réunie le 20 mai 2021 a rendu son avis sur les taux d'IPP à retenir pour les séquelles dont souffre M. A. Par arrêté du 2 novembre 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique a concédé, à titre définitif, à compter du 11 juin 2019, un taux d'incapacité indemnisable arrondi à 21%. Le 8 janvier 2022, M. A a présenté un recours gracieux tendant au retrait de cet arrêté. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration. Par sa requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 2 novembre 2021 lui concédant à titre définitif une allocation temporaire d'invalidité en tant qu'il retient un taux de 21% ainsi que la décision rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 4127-5 du code de la santé publique : " Le médecin ne peut aliéner son indépendance professionnelle sous quelque forme que ce soit. ".

3. M. A soutient qu'à la suite de l'expertise réalisée le 3 mai 2019 par le Dr B ce dernier aurait retenu les taux d'incapacité permanente partielle suivants : séquelle traumatisme du poignet droit, au titre de l'accident de service du 27 avril 2008, 6% ; séquelle traumatisme de la cheville gauche, au titre de l'accident de service du 27 décembre 2009, 5% ; séquelle traumatisme genou gauche, au titre de l'accident de service du 27 février 2006, 5% ; séquelle traumatisme épaule gauche, au titre de l'accident de service du 5 septembre 2006, 3% et enfin séquelle fracture de la cheville gauche et séquelle tendon d'Achille droit, au titre de l'accident de service du 20 août 2013, respectivement 3 et 5%. Il soutient que les taux proposés par le Dr B et communiqués à la commission de réforme qui devait initialement se réunir le 10 octobre 2019 ont été modifiés entre le 3 mai 2019 et cette date à la demande du SGAMI. A cet égard, M. A produit un document daté et signé sur lesquels figurent les taux précédemment énumérés ainsi que des échanges de SMS, dont au demeurant il ne ressort pas que le Dr B ait indiqué avoir modifié les taux à la demande de l'administration. De son côté, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique produit la " note technique " datée du 3 mai 2019 et signée par le Dr B dont il ressort, en conclusion que les taux d'IPP précédemment alloués sont révisés avec : " Accident du 20 août 2013 : fracture cheville droite + rupture du tendon d'Achille./ Le taux est fixé à 5% pour la cheville droite et le tendon d'Achille droit (lésions non dissociables)/ Accident du 27 décembre 2009 : entorse de la cheville gauche./ Maintien du taux de 5% (séquelles stables)/ Accident du 27 avril 2008 : fracture poignet droit/ Le taux est majoré à 6%./ Accident du 5 septembre 2006 : arrachement cartilagineux sur l'épaule gauche./ Le taux est majoré à 3%/ Accident du 27 février 2006 : entorse du genou gauche. Majoration du taux de 3%. ". Ainsi, ni la production du document intitulé " demande d'allocation temporaire d'invalidité " datée du 19 septembre 2019, pour regrettable que soit l'erreur relative aux taux des séquelles dus à l'accident de service du 20 août 2013, ni les échanges de SMS entre M. A et le Dr B, ne sont de nature à établir que ce dernier aurait modifié les taux d'IPP, à la demande de l'administration, lors de leur transmission à la commission de réforme. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'expertise doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 65 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique d'Etat : " Le fonctionnaire qui a été atteint d'une invalidité résultant d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'au moins 10 % ou d'une maladie professionnelle peut prétendre à une allocation temporaire d'invalidité cumulable avec son traitement dont le montant est fixé à la fraction du traitement minimal de la grille mentionnée à l'article 15 du titre Ier du statut général, correspondant au pourcentage d'invalidité. / Les conditions d'attribution ainsi que les modalités de concession, de liquidation, de paiement et de révision de l'allocation temporaire d'invalidité sont fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine également les maladies d'origine professionnelle. ". Aux termes de l'article 1er du décret du 6 octobre 1960 portant règlement d'administration publique pour l'application des dispositions de l'article 23 bis de l'ordonnance n° 59-244 du 4 février 1959 relative au statut général des fonctionnaires : " L'allocation temporaire d'invalidité prévue à l'article 65 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat est attribuée aux agents maintenus en activité qui justifient d'une invalidité permanente résultant : / a) Soit d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'un taux rémunérable au moins égal à 10 % ; /(). La demande d'allocation doit, à peine de déchéance, être présentée dans le délai d'un an à partir du jour où le fonctionnaire a repris ses fonctions après la consolidation de la blessure ou de son état de santé. / (). " Aux termes de l'article 4 du même décret : " L'entrée en jouissance de l'allocation temporaire d'invalidité est fixée à la date de reprise des fonctions après consolidation () ". Aux termes de l'article 5 du même décret : " L'allocation temporaire d'invalidité est accordée pour une période de cinq ans. A l'expiration de cette période, les droits du fonctionnaire font l'objet d'un nouvel examen dans les conditions fixées à l'article 3 ci-dessus et l'allocation est attribuée sans limitation de durée, sous réserve des dispositions des alinéas suivants et de celles de l'article 6, sur la base du nouveau taux d'invalidité constaté ou, le cas échéant supprimée. / Postérieurement, la révision des droits des fonctionnaires dans les conditions précitées peut intervenir sur demande de l'intéressé formulée au plus tôt cinq ans après le précédent examen. / La date d'effet de cette révision est fixée à la date du dépôt de la demande. Toutefois, en cas de survenance d'un nouvel accident ouvrant droit à allocation, et sous réserve qu'une demande ait été formulée dans les délais prescrits à l'article 1er, il est procédé à un nouvel examen des droits du requérant compte tenu de l'ensemble des infirmités. Une nouvelle allocation est éventuellement accordée, en remplacement de la précédente, pour une durée de cinq ans, avec une date de jouissance fixée conformément à l'article 4 et les droits du fonctionnaire sont ultérieurement examinés ou révisés dans les conditions prévues aux alinéas ci-dessus. ". L'article 6 de ce même décret dispose que : " Après la radiation des cadres et sous réserve des dispositions de l'article 7 ci-après, l'allocation continue à être servie sur la base du dernier taux d'invalidité constaté durant l'activité. Le montant de l'allocation est alors revalorisé (). / Cependant, si l'allocation n'a pas encore donné lieu à la date de radiation des cadres à la révision après cinq ans prévue à l'article 5, un nouvel examen des droits du bénéficiaire est effectué à ladite date. / En aucun cas le taux de l'invalidité indemnisée par l'allocation maintenue après la radiation des cadres ne peut faire l'objet d'une appréciation ultérieure en fonction de l'évolution de cette invalidité. ".

5. Il résulte de l'instruction et en particulier de l'avis de la commission de réforme qui s'est réunie le 20 mai 2021, que les taux d'IPP, proposés par le Dr B dans son rapport d'expertise du 3 mai 2019, ont été retenus, à savoir : séquelles traumatisme genou gauche : 3% ; séquelles traumatismes épaule gauche : 3% ; séquelles traumatisme poignet droit : 6% ; séquelles traumatisme cheville gauche : 5% et séquelles fracture cheville droite et traumatisme du tendon d'Achille droit : 5% taux confondus. Si M. A soutient que l'arrêté du 2 novembre 2021, en reprenant ces taux et lui concédant un pourcentage d'invalidité indemnisable à hauteur de 21%, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, il n'apporte toutefois aucun élément médical de nature à infirmer les conclusions de l'expertise du 3 mai 2019. A cet égard, il résulte de l'instruction que M. A n'a pas souhaité se soumettre à une nouvelle expertise au motif que l'expertise du Dr B avait été falsifiée s'agissant des taux d'IPP retenus. Dans ces conditions en retenant le taux de 21% au titre de l'indemnité partielle permanente, le ministre de l'intérieur et des outre-mer et le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique n'ont pas entaché l'arrêté contesté d'attribution d'allocation temporaire d'invalidité d'une erreur d'appréciation. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur de droit.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté ministériel du 2 novembre 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administratives doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée au préfet de la zone de défense et de sécurité sud.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024

La magistrate désignée,

B. D

La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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