lundi 4 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2202393 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CANADAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées les 27 et 28 avril 2022, M. B C, représenté par Me Canadas, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 7 juin 2021 par lequel la préfète de l'Ariège l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à titre subsidiaire, sur le seul fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'un défaut de compétence ;
- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, dès lors qu'il a deux enfants mineurs scolarisés en France, que son épouse, diabétique, est enceinte, que le terme de grossesse est prévu pour le 27 juin 2022 et qu'il n'a pas reçu la mesure d'éloignement qui a été notifiée à 13 rue Bellor, alors que le Cada, où il est domicilié se trouve au 26 chemin de la Chartreuse à Pamiers,
- elle méconnaît les articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que la décision a vocation à le renvoyer en Tunisie alors qu'il est marié et père de deux enfants, et son épouse est enceinte.
- elle entraine des conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation personnelle au regard de son but poursuivi ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'un défaut de base légale ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de base légale ;
- elle est disproportionnée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense et un mémoire en production des pièces enregistrés le 28 avril 2022, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. A,
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant tunisien né le 18 août 1986 à Redeyef (Tunisie), est entré sur le territoire français le 12 février 2019. Il a sollicité son admission au titre de l'asile le 16 janvier 2020. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 25 septembre 2020, laquelle a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 8 avril 2021. Par un arrêté du 7 juin 2021, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Ariège l'a obligé à quitter le territoire français dans les trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
3. En premier lieu, par un arrêté du 10 mai 2021 publié le jour même au recueil administratif spécial n° 09-2021-063, la préfète de l'Ariège a donné délégation à M. Stéphane Donnot, secrétaire général de la préfecture de l'Ariège, à l'effet de signer tous actes, arrêtés relevant des attributions de l'Etat à l'exception des arrêtés de conflit, dans le département de l'Ariège. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté du 7 juin 2021 aurait été pris par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.
4. En second lieu, l'arrêté attaqué vise les textes sur lesquels il se fond, notamment les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise que la demande d'admission au séjour de M. C au titre de l'asile a été définitivement rejetée le 8 avril 2021, qu'il ne bénéficie plus de droit de se maintenir sur le territoire national et n'entre dans aucun cas d'attribution d'un titre de séjour de plein droit. La préfète indique que le requérant a vécu la majorité de sa vie dans son pays d'origine, que son épouse est dans la même situation administrative que lui et qu'il ne démontre pas que ses deux enfants mineurs seraient dans l'impossibilité de poursuivre leur scolarité en Tunisie. En outre, la préfète indique que la mesure contestée ne contrevient pas aux dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, il est suffisamment motivé.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité préfectorale aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation personnelle de M. C.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. En l'espèce, M. C, est entré sur le territoire français en février 2019, après avoir vécu jusqu'à ses trente-deux ans dans son pays d'origine, où vit encore son père. L'intéressé se prévaut de la présence en France de son épouse, de ses deux enfants mineurs régulièrement scolarisés et de sa belle-famille. Toutefois, l'épouse de M. C fait également l'objet d'une mesure d'éloignement prononcée le 7 juin 2021. La décision attaquée n'a donc ni pour objet ni pour effet de séparer le requérant de son épouse et de leurs enfants. Si M. C fait valoir que son épouse est enceinte de leur troisième enfant, que le terme de cette grossesse est prévu pour le 27 juin 2022 et produit à cet effet plusieurs certificats médicaux et le rapport d'échographie du troisième trimestre, cette circonstance, postérieure à l'édiction de la décision contestée, est sans incidence sur sa légalité. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée emporterait des conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation personnelle.
8. En troisième et dernier lieu, la décision contestée n'ayant pas pour objet de fixer le pays de renvoi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
9. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision susvisée serait illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré récemment en France. Il ne justifie pas de liens anciens, intenses et stables sur le territoire national. Il a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans en Tunisie, pays où réside toujours son père. Dans ses conditions, la préfète de l'Ariège n'a pas commis d'erreur d'appréciation en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette mesure serait disproportionnée.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Ariège en date du 7 juin 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction seront donc rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au requérant ou à son avocat la somme réclamée au titre des frais exposés non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Canadas et à la préfète de l'Ariège.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 202Le magistrat désigné,
F. A La greffière,
S. EL HANDOUZ
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026