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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202513

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202513

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202513
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique cellule 7
Avocat requérantARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 mai 2022, Mme C B, représentée par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 48 SI du ministre de l'intérieur du 21 mars 2022 constatant la perte de validité de son permis de conduire pour défaut de points et lui a enjoint de restituer celui-ci dans un délai de dix jours ;

2) d'annuler les décisions successives par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré des points de son permis de conduire consécutivement aux infractions commises les 6 juillet 2012, 26 juillet 2012, 1er novembre 2013, 14 avril 2015, 21 mai 2015, 21 décembre 2015, 18 août 2016, 2 avril 2019, 7 janvier 2022 et 31 octobre 2021 ;

3) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer, sous huit jours, à compter de la signification du jugement à intervenir, son permis de conduire au capital reconstitué ;

4) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions de retrait de points ne lui ont pas été notifiées ;

- il n'a pas reçu l'information relative au permis à points au moment de la constatation des infractions en méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- il a contesté des avis de contravention ayant entrainé des pertes de points ; les contraventions contestées ayant donné lieu à classement sans suite ou renvoi devant le tribunal, les points ne pouvaient lui être retirés sans méconnaître l'article L. 223-1 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés de l'irrecevabilité, pour défaut d'objet, des conclusions dirigées contre les décisions de retrait d'un point afférentes aux infractions commises les 26 juillet 2012, 21 décembre 2015 et 18 août 2016 compte tenu de la réattribution des points retirés par des décisions antérieures à l'introduction de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 11 avril 2024, la présidente du tribunal administratif de Toulouse a donné délégation à M. A Gueguein, magistrat, pour statuer en qualité de magistrat statuant seul en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 21 juin 2024 :

- le rapport de M. Gueguein, président-rapporteur ;

- les conclusions de M. Bernos, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B demande au tribunal d'annuler la décision 48 SI du 21 mars 2022, par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul et à ce qu'il soit enjoint à ce dernier de lui restituer, au titre de l'illégalité des retraits opérés consécutivement aux infractions commises les 6 juillet 2012, 26 juillet 2012, 1er novembre 2013, 14 avril 2015, 21 mai 2015, 21 décembre 2015, 18 août 2016, 2 avril 2019, 7 janvier 2022 et 31 octobre 2021.

Sur la recevabilité :

2. Selon le relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de la requérante du 13 juin 2022 produit par l'administration, les points retirés au titre des infractions commises les 26 juillet 2012, 21 décembre 2015 et 18 août 2016 ont été restitués à l'intéressée par des décisions des 17 février 2013, 13 juillet 2016 et 21 mars 2017 par application du 3e alinéa de l'article L. 223-6 du code de la route. Cette restitution étant intervenue préalablement à l'introduction de la présente requête, les conclusions tendant à l'annulation de ce retrait de point étaient privées d'objet et partant irrecevables.

Sur le bien-fondé :

S'agissant du moyen tiré du défaut de notification :

3. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif. ".

4. Les conditions de notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressée et de faire courir le délai dont elle dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, la circonstance, à la supposer établie, que Mme B n'aurait été informée des décisions successives de retrait de points qu'à la lecture de son relevé d'information intégral est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité des décisions de retrait de points.

Sur le moyen tiré du défaut de réalité des infractions :

5. Il résulte de la combinaison des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code la route et des articles 529, 529-1, 529-2 et 530 du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention, ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

6. De la même façon, la mention d'une condamnation définitive du titulaire du permis de conduire par une juridiction de l'ordre judiciaire établit, en principe, la réalité de cette condamnation sauf si l'intéressé justifie du caractère erroné de cette mention en justifiant du caractère non définitif de cette décision de justice ou de l'existence d'une erreur quant au sens de son dispositif.

7. En l'espèce, la requérante ne peut utilement contester la réalité des infractions à l'origine des retraits de points contestés par la simple affirmation que les infractions en litige, qui ont toutes données lieu à paiement d'une amende forfaitaire selon les mentions du RII, aurait fait l'objet d'une contestation ayant donné lieu à classement sans suite ou renvoi devant le tribunal.

S'agissant du moyen tiré du défaut d'information préalable :

8. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle en ce qu'elles mettent l'intéressé en mesure de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis.

9. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions précitées, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

10. Il ressort du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de Mme B que l'ensemble des infractions à l'origine des retraits de points contestés ont été relevées au moyen d'un radar automatique et que l'intéressée s'est acquittée du paiement des amendes forfaitaires prévues à l'article 529 du code de procédure pénale. Dans ces conditions, en l'absence de tout élément de nature à établir qu'elle aurait été destinataire d'un avis inexact ou incomplet, la requérante, a eu connaissance de l'information prévue à l'article L. 223-3 du code de la route. Le moyen tiré de l'absence d'information préalable doit être écarté comme manifestement infondé.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées. Les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées par voie de conséquence.

Sur les frais liés au litige :

12. L'Etat n'étant pas partie perdante, les conclusions tendant à la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024

Le magistrat désigné,

A Gueguein

Le greffier,

Baptiste Roets

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,0

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