mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2202572 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique chambre 4 |
| Avocat requérant | IMPLID AVOCATS ET EXPERTS COMPTABLES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 mai 2022, M. B C, représenté par Me Brumm-Godet, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 11 101,17 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison du refus du préfet de la Haute-Garonne de lui accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion des occupants du logement sis " Le domaine de Nerval " à Labarthe-sur-Lèze dont il est propriétaire ;
- il a subi un préjudice matériel, direct et certain du fait de l'absence de perception de loyers issus de son bien évalué à la somme de 11 101,17 euros.
La requête a été communiquée au préfet de la Haute-Garonne qui n'a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 27 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Carotenuto, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Carotenuto,
- et les conclusions de M. Déderen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C est propriétaire d'un bien situé 1, impasse Gérard de Nerval à Labarthe-sur-Lèze. Il a initié en 2018 une procédure d'expulsion de M. et Mme A, avec lesquels avait été conclu un bail d'habitation d'un appartement de type 3, en raison d'impayés de loyers à compter du mois de juillet 2018. Par un jugement du 29 mars 2019, le tribunal d'instance de Muret a prononcé la résiliation du bail d'habitation et a ordonné aux locataires de quitter les lieux dans les deux mois suivant la signification d'un commandement de quitter les lieux. Le commandement de quitter les lieux, établi le 15 avril 2019, n'ayant pas été suivi d'effet, l'huissier de justice requis par le requérant a sollicité auprès du préfet de la Haute-Garonne, par un acte du 2 août 2019, le concours de la force publique sur le fondement de l'article R. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution. Le 12 mars 2020, le préfet de la Haute-Garonne lui a accordé le concours de la force publique. Toutefois, l'expulsion n'a pu être réalisée, le préfet de la Haute-Garonne indiquant, dans la lettre du 17 juillet 2020, qu'en exécution d'une circulaire du 2 juillet 2020, le ministre du logement avait demandé aux préfets de ne pas exécuter les demandes d'octroi du concours de la force publique en l'absence de proposition de relogement. Le 11 janvier 2021, M. C a sollicité l'indemnisation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de la carence des services de la préfecture pour assurer l'exécution de la décision d'expulsion pour la période du 2 octobre 2019 au 31 octobre 2020, qui lui a été accordée pour le montant sollicité de 5 131,94 euros. L'intéressé a présenté, le 20 octobre 2021 une nouvelle demande d'indemnisation pour la période à compter du 1er novembre 2020. Par la présente requête, M. C demande la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 11 101,17 euros.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation ". Aux termes de l'article L. 153-2 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " L'huissier de justice chargé de l'exécution peut requérir le concours de la force publique ". Aux termes de l'article R. 153-1 de ce code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. / La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution. / Toute décision de refus de l'autorité compétente est motivée. Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus. / Ce refus est porté à la connaissance du créancier par l'huissier de justice ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Si l'expulsion porte sur un lieu habité par la personne expulsée ou par tout occupant de son chef, elle ne peut avoir lieu qu'à l'expiration d'un délai de deux mois qui suit le commandement, sans préjudice des dispositions des articles L. 412-3 à L. 412-7. ( ) ". Aux termes de l'article L. 412-5 de ce même code : " Dès le commandement d'avoir à libérer les locaux, l'huissier de justice chargé de l'exécution de la mesure d'expulsion en saisit le représentant de l'Etat dans le département () ". Aux termes de l'article R. 412-2 du même code : " () l'huissier de justice envoie au préfet () par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, copie du commandement d'avoir à libérer les locaux () ".
4. Enfin, aux termes de l'article L. 412-6 de ce même code : " Nonobstant toute décision d'expulsion passée en force de chose jugée et malgré l'expiration des délais accordés en vertu de l'article L. 412-3, il est sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu'au 31 mars de l'année suivante, à moins que le relogement des intéressés soit assuré dans des conditions suffisantes respectant l'unité et les besoins de la famille () ". Cette période a été prolongée jusqu'au 31 mai 2020 par l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative au prolongement de la trêve hivernale, puis jusqu'au 10 juillet 2020 inclus par le I de l'article 10 de la loi du 11 mai 2020 prorogeant l'état d'urgence sanitaire et complétant ses dispositions.
5. Le concours de la force publique ne peut être légalement accordé avant l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la réception par le préfet du commandement d'avoir à quitter les lieux antérieurement signifié à l'occupant. Lorsque le préfet est saisi d'une demande de concours avant l'expiration de ce délai, qu'il doit mettre à profit pour tenter de trouver une solution de relogement de l'occupant, il est légalement fondé à la rejeter, par une décision qui ne saurait engager la responsabilité de l'Etat, en raison de son caractère prématuré. Toutefois, lorsque, à la date d'expiration du délai, la demande n'a pas été rejetée pour ce motif par une décision expresse notifiée à l'huissier, le préfet doit être regardé comme valablement saisi à cette date. Il dispose alors d'un délai de deux mois pour se prononcer sur la demande. Son refus exprès, ou le refus implicite né à l'expiration de ce délai, est de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
6. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 1, que le commandement de quitter les lieux a été signifié aux occupants des lieux le 15 avril 2019. Par acte d'huissier du 2 août 2019, le requérant a requis du préfet de la Haute-Garonne le concours de la force publique en vue de procéder à leur expulsion, que le préfet a accordé par décision du 12 mars 2020, sans que cette décision ne soit suivie d'effet. En effet, l'expulsion n'a pu être réalisée ainsi qu'il ressort de l'acte d'huissier du 20 novembre 2020 mentionnant que " l'expulsion n'a pu être physiquement réalisée à la suite de l'ordre de suspendre les concours accordés, émis par le préfet de la Haute-Garonne en date du 17 juillet 2020 " et que " les différentes tentatives mises en œuvre pour obtenir une restitution amiable des clés par les occupants sont restées infructueuses jusqu'à ce que survienne la trêve hivernale ". Ainsi, le préfet doit être regardé comme ayant refusé d'accorder le concours de la force publique pour l'exécution du jugement du 29 mars 2019. Ce refus engage la responsabilité de l'Etat à compter du 17 juillet 2020 jusqu'en mars 2022, date à laquelle le requérant a arrêté les comptes.
En ce qui concerne le préjudice :
7. Le montant dont l'État est redevable au titre de l'indemnité pour perte de loyers et charges équivaut à la dette locative qui, pendant la période de responsabilité, a été contractée par l'occupant vis-à-vis du bailleur. Pour calculer cette dette, il convient de prendre en considération, d'une part, le montant du loyer et des charges, tel qu'il résulte du bail, à l'exclusion de tout éventuel supplément de loyer ou de tous frais dont il ne serait pas établi qu'ils constitueraient directement et certainement la conséquence du refus de concours de la force publique durant la période considérée et, après, le cas échéant, imputation de l'aide personnalisée au logement, et d'autre part, les versements effectués par le locataire durant et après la période en cause, lesquels s'imputent toutefois en priorité sur le solde de la dette à la date du début de la période de responsabilité, lorsque ni l'occupant ni le bailleur n'ont clairement manifesté de volonté d'affecter ces remboursements à la dette due au titre de cette période et qu'ils ne correspondent pas à l'échéance courante du loyer ou des charges.
8. Il résulte du protocole d'indemnisation produit par le requérant qu'une somme de 5 131,94 euros a déjà été versée à M. C au titre de l'indemnisation de ses préjudices pour la période allant d'octobre 2019 à octobre 2020. Il résulte des décomptes et pièces produits par l'intéressé que sur la période de responsabilité de l'Etat de novembre 2020 à mars 2022, le montant total de la dette locative s'élève à la somme totale de 11 101,17 euros.
9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de fixer à la somme de 11 101,17 euros l'indemnité due par l'Etat au requérant en réparation de son préjudice locatif résultant du refus du préfet de lui accorder le concours de la force publique, pour la période de novembre 2020 à mars 2022.
Sur la subrogation :
10. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il détermine le montant et la forme des indemnités allouées par lui, de prendre, au besoin d'office, les mesures nécessaires pour que sa décision n'ait pas pour effet de procurer à la victime d'un dommage, par les indemnités qu'elle a pu ou pourrait obtenir en raison des mêmes faits, une réparation supérieure au préjudice subi. Par suite, lorsqu'il condamne l'Etat à indemniser le propriétaire auquel le préfet a refusé le concours de la force publique pour exécuter un jugement ordonnant l'expulsion des occupants d'un local, le juge doit, au besoin d'office, subroger l'Etat dans la limite de l'indemnité mise à sa charge, dans les droits que le propriétaire peut détenir sur les occupants au titre de l'occupation irrégulière de son bien pendant la période de responsabilité de l'Etat.
11. Le versement de l'indemnité que le présent jugement accorde à M. C est subordonné à la subrogation de l'Etat, dans la limite du montant de cette indemnité, dans les droits que le requérant peut détenir à l'encontre des occupants de son bien immobilier, M. et Mme A, au titre de l'occupation irrégulière de ce bien pendant la période de responsabilité de l'Etat.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. C la somme de 11 101,17 euros.
Article 2 : Le paiement de l'indemnité prévue à l'article 1er est subordonné à la subrogation de l'Etat dans les droits que M. C peut détenir à l'encontre de M. et Mme A, au titre de l'occupation irrégulière du logement situé 1, impasse Gérard de Nerval à Labarthe-sur-Lèze pendant la période de responsabilité de l'Etat, à concurrence du montant de cette indemnité.
Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.
La magistrate désignée,
S. CAROTENUTO
La greffière,
S. SORABELLA
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026