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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202586

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202586

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202586
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBRUNIQUEL-LABATUT CHRISTINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 et 6 mai 2022, M. H, représenté par Me Bruniquel-Labatut, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er avril 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de l'enjoindre à réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C E soutient que :

- sa requête est recevable ;

En ce qui concerne l'arrêté en litige pris dans son ensemble :

- il est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les articles L. 423-7 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990,

- le code civil,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C E, de nationalité comorienne, né le 15 décembre 1986, déclare être entré en France le 12 janvier 2008. Il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français régulièrement renouvelée entre le 4 août 2015 et le 3 août 2017, puis d'une carte de séjour pluriannuelle de deux ans régulièrement renouvelée entre le 4 août 2017 et le 3 août 2021. Le 16 septembre 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français ainsi que la délivrance d'une carte de résident de dix ans sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 1er avril 2022, dont M. C E demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer les titres de séjour sollicités, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen dirigé contre l'ensemble des décisions contestées :

2. Par un arrêté du 20 septembre 2021 publié le 21 septembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme F D, directrice des migrations et de l'intégration en matière de police des étrangers, notamment de mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manque en fait.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. / Cette obligation ne cesse de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur. " Par ailleurs, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Et selon l'article L. 423 10 du même code : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 ou d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée aux étrangers mentionnés aux articles L. 423-1, L. 423-7 et L. 423-23, sous réserve qu'il continue de remplir les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. "

4. En l'espèce, s'il est constant que M. C E est père de deux enfants mineurs français, il ressort du jugement du 4 septembre 2020 versé au dossier que le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Toulouse a confié l'exercice exclusif de leur autorité parentale à leur mère, fixé leur résidence habituelle chez leur mère et condamné M. C E à régler une pension alimentaire de 50 euros mensuels pour leurs frais d'entretien et d'éducation à compter du mois de septembre 2020. Si M. C E soutient qu'il contribue à leur entretien en réalisant des courses pour eux et en versant une contribution à leur mère dès que cela lui est possible, il ne l'établit en aucune façon. En particulier, ni le ticket de caisse d'un montant de 63,93 euros, au surplus postérieur à la décision attaquée, ni le suivi des acquis scolaires de sa fille A, reçu par le requérant et au demeurant non signé par lui, ne sauraient le démontrer. Au surplus, le jugement susmentionné est notamment motivé par le fait que " le comportement de H qui l'insulte en sa présence [celle de la mère des enfants] et en présence des enfants et lors des nombreux coups de fil téléphoniques qui se chiffrent à une dizaine par jour " et par le fait que " le comportement irrespectueux de H ne permet pas de prendre des décisions concrètes et sereines dans l'intérêt de ses enfants. " Par ailleurs, ni son entrée sur le territoire français depuis plus de dix ans, ni la présence en France de son frère et de sa sœur, ni ses quittances de loyer, ni son emploi comme intérimaire, ni ses déclarations de revenus aux services des impôts ne sont opérants pour l'appréciation des dispositions susmentionnées. Par suite, M. C E n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait méconnu ces dispositions.

5. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

6. Si M. C E soutient qu'il a deux enfants français mineurs avec lesquels il garde contact, cependant, ainsi qu'il a été dit au point 4, non seulement il ne démontre pas participer effectivement à leur entretien ni à leur éducation mais encore le juge des affaires familiales a considéré que son comportement nécessitait de lui retirer l'exercice de l'autorité parentale. Par ailleurs, s'il soutient que son frère et sa sœur résident en France, sans toutefois l'établir, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans. Dans ces circonstances, la décision en litige n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et M. C E n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait méconnu les stipulations susmentionnées.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

8. Si M. C E soutient que la décision en litige aurait pour effet de priver ses enfants, de nationalité française, de sa présence, toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 4, il n'établit pas avoir contribué effectivement à leur entretien et à leur éducation à la date de la décision litigieuse.

9. En dernier lieu, pour les motifs déjà exposés, en particulier aux points 4 et 6, M. C E n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".

11. D'une part, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé par le préfet de la Haute-Garonne à M. C E n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

12. D'autre part, pour les raisons exposées au point 6, M. C E n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et méconnu les stipulations susmentionnées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C E tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 1er avril 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G C E et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.

Le rapporteur,

S. B

Le président,

T. SORINLa greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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