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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202589

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202589

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202589
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGLORIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mai 2022, Mme F, représentée par Me Glories, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2022 par lequel la préfète de Tarn-et-Garonne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour pluriannuel portant la mention " vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Tarn-et-Garonne de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle " étranger malade " ou " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler les décisions du 5 avril 2022 par lesquelles la préfète de Tarn-et-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

4°) à titre infiniment subsidiaire, d'annuler la décision du 5 avril 2022 par laquelle la préfète de Tarn-et-Garonne a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Mme D soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté en litige pris dans son ensemble :

- il est insuffisamment motivé en droit et en fait ;

- il est illégal en l'absence d'examen particulier de sa situation par la préfète ;

- il méconnaît les exigences du principe du contradictoire garanties notamment par l'article 41.2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que l'avis médical a été transmis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et non par le directeur général de cet Office, en méconnaissance de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 513-2, dernier alinéa, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2022, la préfète de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 12 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 12 juillet 2022.

Vu : les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante arménienne née le 6 mai 1961, qui déclare être entrée en France le 20 novembre 2011 démunie de visa, a sollicité une demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 27 juin 2013 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 22 juillet 2015. Le 10 septembre 2015, elle a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Le 3 octobre 2018, la préfète de Tarn-et-Garonne lui a délivré un titre de séjour d'un an. Le 3 octobre 2019, la préfète de Tarn-et-Garonne lui a délivré un nouveau titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", valable jusqu'au 2 octobre 2020, renouvelé jusqu'au 2 octobre 2021. Le 14 octobre 2021, elle a demandé le renouvellement de son titre de séjour. Après un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 28 décembre 2021 et par un arrêté du 5 avril 2022, dont Mme D demande l'annulation, la préfète de Tarn-et-Garonne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions contestées :

2. En premier lieu, il résulte des termes mêmes des décisions contenues dans l'arrêté en litige qu'elles comportent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent et dont le préfet avait connaissance à la date de son édiction. La circonstance que la préfète, sans s'être estimée lié par celui-ci, se soit approprié les motifs de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII est sans incidence sur le caractère suffisant de la motivation de ladite décision. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, ne peut donc qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de la motivation de l'arrêté attaqué, qui mentionne explicitement des circonstances propres à la situation personnelle de Mme D, que la préfète de Tarn-et-Garonne se serait abstenue de procéder à un examen sérieux et personnalisé de la situation de la requérante. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation de Mme D doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; / - le droit d'accès de toute personne au dossier qui la concerne, dans le respect des intérêts légitimes de la confidentialité et du secret professionnel et des affaires ; / - l'obligation pour l'administration de motiver ses décision () ".

5. En l'espèce, il est constant que l'arrêté en litige fait suite à une demande de renouvellement de son titre de séjour présentée par Mme D, de sorte que la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour n'avait pas à être précédée d'une procédure contradictoire préalable. Par ailleurs, s'agissant de la méconnaissance du droit d'être entendu avant l'édiction de la mesure d'éloignement prise à son encontre, l'étranger qui sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer que, en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement vers son pays d'origine ou de tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour. Dans ces conditions, Mme D, qui avait la possibilité, pendant l'instruction de sa demande, de faire connaître de manière utile et effective les éléments justifiant son admission au séjour, ne pouvait ignorer que, en cas de rejet de sa demande, elle pourrait faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D aurait eu de nouveaux éléments à faire valoir qui auraient conduit la préfète de Tarn-et-Garonne à prendre une décision différente. Par suite, Mme D ne peut utilement soutenir que, en prenant à son encontre une mesure d'éloignement sans la mettre en mesure de présenter ses observations, la préfète de Tarn-et-Garonne aurait porté atteinte au principe général du droit de l'Union européenne garantissant à toute personne le droit d'être entendue préalablement à l'adoption d'une mesure individuelle l'affectant défavorablement et méconnu, en tout état de cause, les stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, aux termes des troisième et quatrième alinéas de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate./ L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office. "

7. Il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration relatif à Mme D et en date du 28 décembre 2021, a été transmis à la préfecture via un bordereau de transmission signé par M. E B, directeur territorial de l'OFII, ayant reçu délégation du directeur général de l'OFII. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9. Mme D se prévaut dans sa requête de son départ d'Arménie dans les années 1980, de sa présence alléguée en France depuis novembre 2011 et soutient qu'elle y aurait ses seules attaches familiales, à savoir sa fille et sa petite-fille, depuis sa séparation avec son ex-conjoint et le décès de son fils. Toutefois, premièrement, il ressort des pièces du dossier, en particulier des déclarations de Mme D devant la Cour nationale du droit d'asile, que l'intéressée a quitté l'Arménie pour la Russie en 1998 et qu'elle a donc vécu 37 ans dans son pays d'origine et 13 ans en Russie. Deuxièmement, s'il est constant que Mme D est entrée en France entre la fin de l'année 2011 et le début d'année 2013, à une date au demeurant indéterminée, son séjour n'a été autorisé que pendant l'examen de sa demande d'asile, finalement rejetée, puis entre 2018 et 2021 afin de pouvoir suivre des soins nécessaires à son état de santé, tandis qu'elle s'était maintenue de manière irrégulière sur le territoire français entre 2015 et 2018. Troisièmement, la présence régulière en France de la fille de Mme D, majeure et ressortissante arménienne, et de sa petite-fille, également ressortissante arménienne, ne saurait à elle seule lui ouvrir un droit au séjour en France, dès lors qu'elle ne soutient pas dépendre de sa fille au quotidien, ni être hébergée par elle, ni participer à l'éducation et à la garde de sa petite-fille, et que, en tout état de cause, il n'est pas contesté que la cellule familiale puisse se reconstituer en Arménie, pays dans lequel la requérante ne justifie pas l'impossibilité de mener une vie privée et familiale normale. Quatrièmement, les attestations d'une part du Secours Populaire français, selon laquelle l'intéressée a réalisé du bénévolat de juillet 2013 à octobre 2014, et d'autre part de l'association " CParLESMo ", selon laquelle l'intéressée a suivi des cours de français de janvier 2012 à juin 2014, qui sont antérieures de plus de sept ans à l'arrêté en litige, ne sauraient démontrer que Mme D dispose d'attaches extra-familiales fortes en France et justifierait d'une insertion particulière. Enfin, elle n'établit pas ne plus avoir d'attaches personnelles et familiales en Arménie ou en Russie, pays dans lesquels elle a vécu la majeure partie de sa vie et où elle ne conteste pas être légalement admissible. Dans ces conditions, compte tenu des circonstances et de la durée du séjour de la requérante en France, la préfète de Tarn-et-Garonne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels a été prise la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations susmentionnées ni commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

11. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine notamment au vu de ces échanges et éléments contradictoires. En cas de doute et notamment lorsque le secret médical a été levé par l'intéressé, il lui appartient, le cas échéant, de compléter ces éléments en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

12. En l'espèce, Mme D soutient, sans l'établir cependant, qu'elle souffrirait d'un cancer de l'utérus depuis 2014, mais également de diabète, de problèmes cardiaques, d'hypertension artérielle et d'arthrose. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 28 décembre 2021, également mentionné par l'arrêté en litige, que si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut toutefois bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, l'Arménie, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de cet Etat, ce que l'intéressée ne conteste nullement. Au surplus, son état de santé lui permet de voyager sans risques vers ce pays. Par suite, la requérante, qui ne justifie pas être dans l'impossibilité d'accéder aux soins dans son pays d'origine, n'est pas fondée à soutenir que la préfète de Tarn-et-Garonne aurait méconnu les dispositions susmentionnées, ni qu'elle aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de renouveler son titre de séjour.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé par la préfète de Tarn-et-Garonne à Mme D n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

14. En second lieu, si Mme D soutient que cette décision méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, toutefois il résulte de ce qui a été dit au point 9 que la préfète de Tarn-et-Garonne n'a pas porté au droit de Mme D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations mentionnées, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne le pays de destination :

15. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " et aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

16. D'autre part, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

17. Il appartient à l'autorité administrative chargée de prendre la décision fixant le pays de renvoi d'un étranger qui fait l'objet d'un arrêté d'expulsion ou de reconduite à la frontière de s'assurer, sous le contrôle du juge, en application du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que les mesures qu'elle prend n'exposent pas l'étranger à des risques sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique, non plus qu'à des traitements contraires à l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Si elle est en droit de prendre en considération, à cet effet, les décisions qu'ont prises, le cas échéant, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Commission des recours des réfugiés saisis par l'étranger de demandes de titre de réfugié politique, l'examen par ces dernières instances, au regard des conditions mises à la reconnaissance du statut de réfugié par la Convention de Genève du 28 juillet 1951 et le protocole signé à New York le 31 janvier 1967, des faits allégués par le demandeur d'un tel statut, et des craintes qu'il énonce, et l'appréciation portée sur eux, en vue de l'application de ces conventions, ne lient pas l'autorité administrative et sont sans influence sur l'obligation qui est la sienne de vérifier, au vu du dossier dont elle dispose, que les mesures qu'elle prend ne méconnaissent pas les dispositions susmentionnées de l'article L. 721-4 du code.

18. Si Mme D soutient qu'elle ne pourrait pas retourner vivre en Arménie en raison des risques auxquels elle serait exposée dans ce pays, elle n'apporte strictement aucun élément de nature à établir la réalité et l'actualité de ces risques qu'elle se borne à alléguer en des termes convenus, alors que, au demeurant, tant l'Office de protection des réfugiés et apatrides que la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance alléguée des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

19. En second lieu, si Mme D soutient que cette décision méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, toutefois il résulte de ce qui a été dit au point 9 que la préfète de Tarn-et-Garonne n'a pas porté au droit de Mme D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations précédemment mentionnées.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme D tendant à l'annulation de l'arrêté de la préfète de Tarn-et-Garonne en date du 5 avril 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de même que celles présentées au titre de dépens inexistants dans la présente affaire.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et à la préfète de Tarn-et-Garonne.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

Le rapporteur,

S. A

Le président,

T. SORINLa greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne à la préfète de Tarn-et-Garonne, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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