lundi 4 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2202593 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CAMBON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 mai 2022, un mémoire enregistré le 1er juin 2022 et un mémoire en production de pièces enregistré le 20 juin 2022, M. E D, représenté par Me Cambon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 8 avril 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil, ce par application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation au regard de l'article L.211-1 du code des relations entre le public et l'administration, notamment en fait ;
- elle méconnait le principe du contradictoire prévu aux articles L. 121-1 et L.122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et attentif de sa situation en ce que le préfet n'a pas envisagé si la mesure est de nature à comporter pour sa situation des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;
- elle méconnaît son droit d'être entendu ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait et en droit en violation de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 et les principes généraux du droit de l'Union ;
-elle est entachée d'une erreur de droit et privée de base légale ;
-elle est entachée d'un défaut d'examen et le préfet s'est placé à tort dans une situation de compétence liée ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car il justifie qu'un délai de départ supérieur à trente jours lui soit accordé ;
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait en raison de l'absence
totale d'indication des risques encourus par le requérant en cas de retour dans son pays
d'origine ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen au regard de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet ne pouvant fixer le pays de renvoi au vu de sa seule nationalité sans se livrer à un examen particulier des risques encourus.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2022 et un mémoire enregistré le 13 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jozek,
- les observations de Me Cambon, représentant M. D, absent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient que le requérant est en France depuis septembre 2020, que la situation de M. D n'a pas été suffisamment analysée, qu'il a développé une vie privée et familiale, qu'il a un enfant avec une compatriote, que celle-ci a demandé l'asile, que si l'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande, le délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile n'est pas expiré, que le couple réside en région parisienne, que l'enfant a été baptisé hier,
- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, né le 6 janvier 1986 à Agbor (Nigéria), de nationalité nigériane, déclare être entré le 14 septembre 2020 afin d'y solliciter l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision en date du 18 juin 2021. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé le rejet de sa demande d'asile par une décision du 7 février 2022. Par un arrêté en date du 8 avril 2022, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par sa requête, M. D demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. D entretient une relation de concubinage avec une compatriote, Mme B, avec laquelle il a eu un enfant, A, né le 31 décembre 2021 à Montfermeil (Seine-Saint-Denis), qu'il avait reconnu de manière anticipée le 25 octobre 2021. M. D justifie, par la production de photographies prises notamment de la naissance de l'enfant mais aussi de factures d'achats de matériels de puériculture ou de médicaments ou produits alimentaires pour nourrisson, qu'il participe effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Mme B a présenté le 31 mars 2022 une demande d'asile en préfecture de Seine-Saint-Denis et s'est vue remettre, le même jour, une attestation de demande d'asile en procédure normale valable jusqu'au 30 septembre 2022. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date du 8 avril 2022 à laquelle a été édictée la décision attaquée, l'office français de protection des réfugiés et des apatrides et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile ait définitivement rejeté la demande d'asile de Mme B ou que celle-ci ait perdu son droit au maintien sur le territoire français. Dans ces circonstances, alors que l'exécution de la mesure est susceptible de séparer le requérant de sa compagne et de leur jeune enfant, le requérant est fondé à soutenir que le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 8 avril 2022.
Sur les frais liés au litige :
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 250 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Cambon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 250 euros sera versée à M. D.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 8 avril 2022 est annulé.
Article 3 : L'Etat versera à Me Cambon, avocat de M. D, une somme de 1 250 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Cambon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 250 euros sera versée à M. D.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Cambon et au préfet de la Haute-Garonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 202Le magistrat désigné,
F. Jozek La greffière,
S. EL HANDOUZ
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026