jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2202613 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique cellule 7 |
| Avocat requérant | ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 mai 2022, M. C A, représentée par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision 48 SI du ministre de l'intérieur du 24 décembre 2021 constatant la perte de validité de son permis de conduire pour défaut de points et lui a enjoint de restituer celui-ci dans un délai de dix jours ;
2) d'annuler les décisions successives par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré des points de son permis de conduire ;
3) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer, sous huit jours, à compter de la signification du jugement à intervenir, son permis de conduire au capital reconstitué ;
4) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions ne lui ont pas été notifiées ;
- il n'a pas reçu l'information relative au permis à points au moment de la constatation des infractions en méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- il a contesté des avis de contravention ayant entrainé des pertes de points ; les retraits correspondant ne pouvaient intervenir avant qu'une décision reconnaisse la réalité de l'infraction sans méconnaître l'article L. 223-1 du code de la route.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer s'agissant des conclusions dirigées contre la décision 48 SI portant invalidation du permis de conduire et au rejet du surplus des conclusions dirigées contre les autres décisions de retrait de points.
Il soutient que :
- le RII édité le 7 juin 2022 ne fait mention d'aucune décision 48 SI et le solde de points affectés au permis du requérant est de 3 points ;
- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office de l'irrecevabilité, pour défaut d'objet, des conclusions dirigées contre les décisions de retrait d'un point afférentes aux infractions commises les 18 septembre 2018 et 15 juillet 2021 compte tenu de la réattribution des points retirés par des décisions antérieures à l'introduction de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 11 avril 2024, la présidente du tribunal administratif de Toulouse a donné délégation à M. B Gueguein, magistrat, pour statuer en qualité de magistrat statuant seul en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 21 juin 2024 :
- le rapport de M. Gueguein, président-rapporteur ;
- les conclusions de M. Bernos, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A demande au tribunal d'annuler la décision 48 SI du 24 décembre 2021, par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul et à ce qu'il soit enjoint à ce dernier de lui restituer, au titre de l'illégalité des retraits opérés sur son permis de conduire. Il doit être regardé comme contestant les décisions portant retrait de points au titre des infractions commises le 18 septembre 2018, le 20 juillet 2019, le 19 décembre 2019, le 11 novembre 2020, le 6 mars 2021, le 23 mars 2021 et le 15 juillet 2021.
Sur le non-lieu à statuer :
2. Le ministre de l'intérieur établit par la production d'un relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A du 7 juin 2022, et donc postérieurement à l'introduction de la requête, ne faisant pas mention de l'existence d'une lettre 48 SI concernant le requérant et selon lequel le solde de points du permis de ce dernier était crédité de trois points. Les conclusions de M. A sont donc, en tant qu'elles concernent la perte de validité de son permis de conduire, devenue sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur la recevabilité :
3. Selon le RII produit par l'administration, les points retirés à raison des infractions commises le 18 septembre 2018 et 15 juillet 2021 ont été réattribué au permis du requérant par application du 3e alinéa de l'article L. 223-6 du code de la route par des décisions du 20 avril 2019 et du 12 février 2022. Ces retraits étant intervenues préalablement à l'introduction de la présente requête, les conclusions tendant à l'annulation de ces décisions sont privées d'objet et partant irrecevables.
Sur le bien-fondé :
Sur le moyen tiré du défaut de notification :
4. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif. ".
5. Les conditions de notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, la circonstance, à la supposer établie, que M. A n'aurait été informé des décisions successives de retrait de points qu'à la lecture de son relevé d'information intégral est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité des décisions de retrait de points.
Sur le moyen tiré du défaut de réalité des infractions :
6. Il résulte de l'ensemble des dispositions régissant l'enregistrement et le contrôle des informations figurant dans le système national des permis de conduire que la mention, dans le relevé d'information intégral relatif à un permis, du paiement d'une amende forfaitaire établit, en principe, la réalité de ce paiement. Quand une telle mention figure au relevé d'information intégral relatif à la situation de son permis de conduire, l'intéressé ne peut, dès lors, utilement la contredire en se bornant à affirmer qu'il n'a pas payé une amende forfaitaire enregistrée comme payée ou à soutenir que l'administration n'apporte pas la preuve que la réalité de l'infraction a été établie.
7. Il ressort du relevé intégral d'information concernant l'intéressée que l'ensemble des décisions portant retrait de points ici contestées comportent une mention AM, AF. Le requérant ne peut utilement remettre en cause la réalité des infractions à l'origine des retraits de points par la simple affirmation, au demeurant non établie, qu'il a porté réclamation à l'encontre de certaines d'entre elles. Ce moyen doit donc être écarté.
Sur le moyen tiré du défaut d'information préalable :
8. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle en ce qu'elles mettent l'intéressé en mesure de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis.
S'agissant des infractions commises les 6 et 23 mars 2021 :
9. Dans le cas d'infractions constatées par un radar automatique et ayant fait l'objet du paiement des amendes forfaitaires qui y sont associées, la preuve de la délivrance de l'information préalable prévue aux articles L. 223-13 et R. 223-13 est apportée par la mention, sur le relevé d'information intégral, de ces paiements. En l'espèce, il ressort du relevé d'information intégral de M. A que, pour les infractions susvisées constatées par radar automatique, le requérant s'est acquitté du paiement des amendes forfaitaires prévues à l'article 529 du code de procédure pénale. Dans ces conditions, le requérant a eu connaissance de l'information prévue à l'article L. 223-3 du code de la route. Le moyen tiré de l'absence d'information préalable, s'agissant de ces infractions également, doit être écarté comme manifestement infondé.
S'agissant de l'infraction constatée par procès-verbal électronique le 20 juillet 2019 :
10. Il résulte de l'instruction que l'infraction susmentionnée a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique signé par le requérant en dessous des mentions comportant l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Cette production est suffisante pour attester la délivrance de ces informations. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'information préalable doit être écarté.
S'agissant de l'infraction constatée par procès-verbal électronique le 19 décembre 2019 :
11. Le ministre de l'intérieur produit une copie du procès-verbal électronique sans que celui-ci ne soit signé par l'intéressé ni n'indique qu'il ait refusé de le faire. Le relevé d'information intégral produit par le ministre de l'intérieur se borne à mentionner que le requérant n'a pas acquitté l'amende forfaitaire et qu'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée a été émis. Si le ministre soutient que M. A avait bénéficié de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion de l'infraction commise le 20 juillet 2019, il ne ressort d'aucune pièce qu'il ait eu connaissance de l'existence et de la qualification de l'infraction commise le 19 décembre 2019. Il suit de là que M. A est fondé à soutenir que la décision ayant retiré deux points du capital de points attaché à son permis de conduire à la suite de cette infraction est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière et à en demander, pour ce motif, l'annulation.
S'agissant de l'infraction constatée par système automatisé du 11 novembre 2020 :
12. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. A que l'infraction commise le 11 novembre 2020 a été relevée au moyen d'un radar automatique et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur qui ne produit aucun élément de nature à établir le paiement de cette amende, ne peut utilement soutenir que l'intéressé doit être regardé comme ayant été destinataire de l'avis de contravention ou de l'amende forfaitaire majorée. Si le ministre en défense soutient que M. A avait bénéficié de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion de précédentes infractions, il ne ressort d'aucune pièce qu'il ait eu connaissance de l'existence et de la qualification de l'infraction commise le 11 novembre 2020. L'intéressé est, dès lors, fondé à soutenir que la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré 1 points du capital de son permis de conduire à la suite de cette infraction est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière.
13. Il résulte de ce qui précède que M. A est seulement fondé à soutenir que les décisions relatives aux infractions commises le 19 décembre 2019 et 11 novembre 2020 par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré trois points de son permis de conduire doivent être annulées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
14. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".
15. Le présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue à M. A les trois points qui lui ont été irrégulièrement retirés à la suite des infractions commises les 19 décembre 2019 et 11 novembre 2020.
Sur les frais liés au litige :
16. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M.A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision 48 SI.
Article 2 : Les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de trois points du capital de points affecté au permis de conduire de M. A, à la suite des infractions commises les 19 décembre 2019 et 11 novembre 2020 sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, les trois points illégalement retirés par les décisions annulées à l'article précédent, et de lui attribuer trois points, dans la limite du capital de points affecté à son permis de conduire et sous réserve des infractions non prises en compte à la date de la présente décision.
Article 4 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024
Le magistrat désigné,
B Gueguein
Le greffier,
Baptiste Roets
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,0
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026