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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202623

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202623

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202623
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGUEYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête enregistrée le 6 mai 2022, un mémoire enregistré le 16 juin 2022 et un mémoire en production de pièces enregistré le 22 juin 2022, Mme B G, représentée A Me Gueye, demande au tribunal au dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté en date du 26 avril 2022 A lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français jusqu'à la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation de séjour à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros A jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, ou à tout le moins, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros A jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-3 du code de justice administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen ;

5°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle est de nature à emporter pour sa situation personnelle des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

- elle méconnaît les dispositions du Préambule de la Constitution du 4 octobre 1958 et de l'article L. 712-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'elle peut prétendre à la protection subsidiaire ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, tel que protégé A l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant le délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale, tel que protégé A l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée ;

La requête a régulièrement été communiquée au préfet de la Haute-Garonne, qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Gueye, représentant Mme G, qui conclut aux mêmes fins A les mêmes moyens et précise que la requérante vit en France depuis 2019, qu'elle a déjà fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français, qu'elle appartient à la communauté rom, qu'elle a fui son pays dans des conditions dramatiques, que deux de ses trois enfants sont scolarisés, qu'elle a des garanties de représentation, que son époux peut bénéficier d'une promesse d'embauche, qu'un retour en Albanie compromettrait ce qu'elle a construit en France,

- les observations de Mme G, assistée de Mme C, interprète en albanais, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G, née le 7 juin 1996 à Bilisht (Albanie), de nationalité albanaise, déclare être entrée, pour la dernière fois, sur le territoire français le 26 septembre 2021 afin d'y solliciter l'asile. Le 29 octobre 2021, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, statuant en procédure accélérée, a rejeté sa demande d'asile comme irrecevable. A un arrêté en date du 26 avril 2022, le préfet de la Haute-Garonne a obligé Mme G à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. A sa présente requête, Mme G demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée A la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

3. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise que la reconnaissance de la qualité de réfugié a été définitivement refusée à Mme G, que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, statuant en procédure accélérée, a pris une décision d'irrecevabilité le 29 octobre 2021 concernant sa demande de réexamen et que l'intéressée n'a pas introduit un recours contre cette décision dans le délai imparti. La décision mentionne que Mme G a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement édictée A le préfet de la Haute-Garonne le 5 aout 2019, dont la légalité a été confirmée A la Cour administrative d'appel de Bordeaux A un arrêt du 16 avril 2020, que le 17 février 2021, elle a été interpellée pour des faits de violation de domicile, qu'elle a fait l'objet, le même jour, d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français pris A le préfet des Hautes-Pyrénées et que la mesure d'éloignement a été exécutée A Mme G. Le préfet indique que la requérante se déclare séparée, que son ex-conjoint, M. G, ressortissant albanais fait l'objet d'une mesure d'éloignement similaire et que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables, compte tenu notamment du fait qu'elle a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. Le préfet indique également que les demandes d'asile de ses trois enfants ont été rejetées A l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et que, A conséquent, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à la situation personnelle et à la vie familiale de Mme G. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. A suite, elle est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni d'aucune pièce du dossier que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 712-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice de la protection subsidiaire est accordé à toute personne qui ne remplit pas les conditions pour se voir reconnaître la qualité de réfugié et pour laquelle il existe des motifs sérieux et avérés de croire qu'elle courrait dans son pays un risque réel de subir l'une des atteintes graves suivantes : / a) La peine de mort ou une exécution ; / b) La torture ou des peines ou traitements inhumains ou dégradants ; / c) S'agissant d'un civil, une menace grave et individuelle contre sa vie ou sa personne en raison d'une violence qui peut s'étendre à des personnes sans considération de leur situation personnelle et résultant d'une situation de conflit armé interne ou international ".

6. En l'espèce, Mme G soutient que la décision litigieuse méconnaît les dispositions du Préambule de la Constitution du 4 octobre 1958 et de l'article L. 712-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, d'une part, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du Préambule de la Constitution du 4 octobre 1958 n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. D'autre part, l'arrêté contesté n'a pas pour objet de refuser à Mme G le bénéfice de la protection subsidiaire. A suite, l'intéressée ne peut utilement soutenir que l'arrêté contesté méconnaitrait les dispositions de l'article L. 712-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue A la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Mme G se prévaut de la présence de son conjoint avec qui elle a eu trois enfants, de leur vie commune, de leur intégration sur le territoire français et de la scolarisation de ses enfants en France. A l'appui de ses allégations, la requérante produit des certificats de scolarité de ses enfants, une attestation d'hébergement à l'Airport Hôtel à Toulouse où elle et sa famille sont hébergés depuis le 7 octobre 2021, des quittances d'hébergement de septembre 2019 à octobre 2020, diverses factures au nom de son conjoint pour les années 2019 et 2020, des attestation d'aide financière du Conseil départemental de la Haute-Garonne, des attestations de droits à l'assurance maladie et à la couverture médicale universelle complémentaire, les carnets de santé de ses enfants ainsi que l'acte de naissance de sa fille E, née en France en 2019. Toutefois, les pièces produites A Mme G ne sont pas de nature à démontrer une quelconque intégration sur le territoire ni qu'elle aurait fixé le centre de ses intérêts privés en France. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne pourrait reconstituer sa cellule familiale hors de France accompagnée de son conjoint, qui fait également l'objet d'une mesure d'éloignement, et de leurs enfants. Dans ces conditions, Mme G, qui ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales en Albanie où elle a vécu la majeure partie de sa vie, n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, tel que protégé A les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En cinquième lieu, Mme G soutient qu'elle ne peut retourner en Albanie en raison de son appartenance à la communauté rom. Toutefois la requérante ne peut utilement se prévaloir des risques de traitements inhumains et dégradants auxquels elle serait exposée en Albanie au soutien des conclusions aux fins d'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, laquelle n'a pas pour objet de fixer le pays de renvoi. A suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle emporte doit être écarté.

10. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 3.1 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier la cellule familiale de Mme G ne pourrait se reconstituer dans son pays d'origine et que ses enfants ne pourraient y poursuivre une scolarité normale. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants garantis A les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme G n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de celle fixant le délai de départ volontaire.

13. En deuxième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet de motiver spécifiquement le délai de trente jours accordé à l'étranger. A suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours doit être écarté.

14. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni d'aucune pièce du dossier que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante.

15. En quatrième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un délai supérieur à trente jours aurait dû être accordé à la requérante pour quitter volontairement la France. Dès lors, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en lui accordant un délai de trente jours, qui est le délai normalement accordé pour quitter volontairement le territoire, sauf circonstances exceptionnelles.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

16. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette décision mentionne que Mme G n'établit pas être exposée à des peines ou traitement contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale en cas de retour dans son pays d'origine. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, A suite, suffisamment motivée.

17. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante tel que protégé A l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

18. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que la requérante déclare être entrée en France en septembre 2021, qu'elle a fait l'objet de deux mesures d'éloignement en août 2019 et en février 2021, que si cette dernière mesure a été exécutée, elle est revenue récemment sur le territoire national sans justifier des conditions d'entrée requises, que la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France ne sont pas établis et qu'une interdiction de retour d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au regard de sa vie privée et familiale. A suite, la décision attaquée est suffisamment motivée.

19. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme G n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'encontre de celle l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

20. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée A l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français.". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

21. Il ressort des pièces du dossier que Mme G est entrée pour la dernière fois sur le territoire français en septembre 2021. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement, que la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France ne sont pas établies et que son conjoint, qui fait l'objet d'une mesure d'éloignement, et ses trois enfants, dont les demandes d'asile ont été rejetées, ont vocation à la suivre. A suite, la requérante, qui a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement, n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur de droit ni qu'il aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

22. Il résulte de tout ce qui précède que Mme G n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 26 avril 2022 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin de suspension de l'obligation de quitter le territoire français :

23. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué A ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L.751-11 de ce code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours A la Cour nationale du droit d'asile. "

24. Mme G, qui ne démontre pas qu'elle aurait déposé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile dans les délais impartis, ne présente, en tout état de cause, aucun élément sérieux justifiant qu'elle puisse se maintenir sur le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile. A suite, ses conclusions tendant à la suspension de la mesure d'éloignement doivent être également rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et astreinte :

25. Il résulte de ce qui précède que les conclusions relatives aux injonctions sous astreintes doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée A Mme G au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme G est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B G, à Me Gueye et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 8 juillet 202Le magistrat désigné,

F. D Le greffier,

M. F

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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