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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202675

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202675

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202675
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2022 et un mémoire enregistré le 24 juin 2022, M. M'Hand E, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 9 mai 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi, l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a signalé aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès ainsi qu'une somme de 1500 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi de 1991 sur l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, lui verser cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

- elles méconnaissent son droit d'être entendu tel que garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et le principe général du droit de l'Union européenne de bonne administration ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle implique sur sa situation personnelle et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il dispose d'attaches sur le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, puisqu'il a effectivement fait une demande de renouvellement de son titre de séjour ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation dès lors que le préfet se fonde sur les dispositions des alinéas 2°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'impératif de proportionnalité ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public, que la décision portant refus de délai de départ volontaire était illégale, le préfet ne pouvait se fonder sur l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il ne s'est pas soustrait à une précédente mesure d'éloignement qui n'était plus exécutoire ;

Par des pièces enregistrées le 11 mai 2022 et un mémoire en défense enregistré le 13 mai 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A, qui informe la partie présente à l'audience qu'il est susceptible de substituer d'office aux dispositions du 2° de l'article L 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lesquelles est fondé l'arrêté attaqué, celles du 3° de ce même article,

- les observations de Me Cohen, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que le requérant est entré en France sous couvert d'un visa de long séjour étudiant, qu'il a obtenu des certificats d'un an jusqu'en 2019, en tant qu'étudiant, qu'en raison de problèmes de santé, il n'a pu demander le renouvellement de son titre dans les délais requis, que la préfecture a pris une décision portant refus de séjour assortie une obligation de quitter le territoire français du 20 mai 2020, que cette obligation de quitter le territoire français a fait l'objet d'un recours, que ce n'est qu'en décembre 2021 que le tribunal a pris sa décision, qu'à cette date, l'obligation de quitter le territoire français n'était plus exécutoire, que le requérant ne s'est donc pas soustrait à une mesure d'éloignement puisque celle-ci n'était plus valable, que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit car la préfecture se fonde sur le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'en effet le requérant a fait une demande de renouvellement que la préfecture a décidé d'examiner, que la préfecture ne peut donc aujourd'hui lui reprocher de ne pas avoir fait cette demande de renouvellement, qu'elle a donc commis une erreur de droit en se fondant sur ces dispositions, que s'agissant du refus de délai de départ volontaire, celui-ci est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation, que le risque de soustraction se fonde sur le 2°, le 5° et le 8° de l'article L 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il n'entre dans aucun de ces cas, qu'en effet, il a présenté une demande de titre dans le délai de trois mois à compter de son entrée sur le territoire français, et a ensuite demandé le renouvellement de ce titre, que de plus à la date de la notification de la mesure attaquée, la précédente obligation de quitter le territoire français datant de plus d'un an n'était plus exécutoire, que le requérant a un passeport en cours de validité qu'il a présenté en cours de procédure, que d'ailleurs, le juge des libertés et de la détention a annulé la rétention sur ce fondement, que le refus de délai est donc entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, qu'enfin, l'interdiction de retour sur le territoire français est privée de base légale puisque le refus de délai de départ volontaire n'est absolument pas fondé en l'espèce,

- les observations de M. E, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, né le 5 septembre 1988 à Ouzellaguen (Algérie), de nationalité algérienne, est entré en France le 4 septembre 2016, sous le couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour " étudiant ". Il a bénéficié d'un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " étudiant ", titre de séjour ayant été régulièrement renouvelé entre le 1er octobre 2016 et le 1er octobre 2019. Le 31 décembre 2019, l'intéressé a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant. Par un arrêté du 20 mai 2020, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui accorder le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement. La légalité de cet arrêté a été confirmée par un jugement du Tribunal administratif de Toulouse en date du 16 décembre 2021. Par un arrêté du 9 mai 2022, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Par sa présente requête, M. E demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté du 6 avril 2022, publié le jour même, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme B D, cheffe de bureau, pour signer les mesures d'éloignement et les mesures les assortissant, en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture, de la directrice des migrations et de l'intégration et de l'adjointe à cette directrice. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En second lieu, d'une part, si aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

5. D'autre part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

6. Il ressort des pièces produites par le préfet que M. E, auditionné par les services de police le 9 mai 2022, a pu, à cette occasion, apporter des précisons sur les raisons de son départ d'Algérie, son parcours, sa situation familiale et sa situation administrative. Il ressort également des mentions portées sur le procès-verbal d'audition, établi le 9 mai 2022 à 16 heures, que M. E a été informé de ce qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure de reconduite dans son pays d'origine et a été invité à formuler des observations, ce qu'il a d'ailleurs fait en déclarant qu'il allait déposer un titre de séjour salarié dans les semaines à venir. Le requérant a ainsi été mis à même de présenter de manière utile et effective son point de vue sur la décision en cause. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait eu des éléments pertinents à faire valoir qui auraient été susceptibles de conduire à l'édiction d'une décision différente. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaîtrait le droit d'être entendu du requérant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; (). "

8. Il est constant que M. E est entré en France le 4 septembre 2016, sous le couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour " étudiant ". Il a bénéficié d'un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " étudiant ", titre de séjour régulièrement renouvelé jusqu'au 1er octobre 2019. Contrairement à ce qu'indiquent les motifs de l'arrêté attaqué, M. E a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 20 mai 2020, le préfet de la Haute-Garonne a d'ailleurs refusé de lui accorder ce renouvellement. Dans ces conditions, M. E n'entrait pas dans le champ des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

10. En l'espèce, la décision attaquée, motivée par le maintien irrégulier de M. E sur le territoire français, trouve son fondement légal dans les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées à celles du 2° de ce même article dès lors, en premier lieu, que, s'ayant vu refusé le renouvellement de son titre de séjour par l'arrêté en date du 20 mai 2020 pris par le préfet de la Haute-Garonne, M. E se trouvait dans la situation où le préfet pouvait décider qu'il serait éloigné du territoire, en deuxième lieu, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et, en troisième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.

11. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui les fondent et est donc suffisamment motivée.

12. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté en litige ni d'aucune pièce du dossier que le préfet se soit abstenu de procéder à un examen réel et sérieux de la situation du requérant. Ce moyen doit donc être écarté.

13. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

14. M. E se prévaut de sa durée de présence en France ainsi que des liens qu'il dispose en France. Toutefois, le requérant, qui est célibataire et sans enfant à charge, n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il dispose de liens d'une particulière intensité sur le territoire français. Il n'établit pas ni même n'allègue qu'il serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-huit ans. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, M. E n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle implique sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. E n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet.

16. En deuxième lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

17. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté en litige ni d'aucune pièce du dossier que le préfet se soit abstenu de procéder à un examen de la situation personnelle du requérant. Ce moyen doit donc être écarté.

18. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5.".

19. Il ressort des pièces du dossier que M. E s'est vu refusé le renouvellement de son titre de séjour étudiant par un arrêté en date du 20 mai 2020 du préfet de la Haute-Garonne portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par le jugement du tribunal administratif de Toulouse en date du 16 décembre 2021. Il est constant que M. E n'a pas exécuté cette décision. Contrairement à ce que soutient le requérant, aucune disposition législative ou réglementaire du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoit qu'une obligation de quitter le territoire français perde son caractère exécutoire à l'expiration du délai d'un an suivant son édiction. Le préfet de la Haute-Garonne a donc pu légalement considérer que M. E se trouvait dans le cas prévu du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettant de regarder comme établi, en l'absence de circonstance particulière, le risque qu'il se soustraie à l'obligation qui lui avait été faite de quitter le territoire français. En outre, si l'intéressé dispose d'un passeport en cours de validité, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est déclaré sans domicile fixe lors de son audition en date du 9 mai 2022. Le préfet a donc pu légalement considérer que M. E ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes et qu'il se trouvait également dans le cas prévu au 8° de l'article L. 612-3. Dans ces conditions, en l'absence de circonstances particulières, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur de droit. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation et de la méconnaissance de l'impératif de proportionnalité doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

20. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. E n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen :

21. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. E n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet.

22. En deuxième lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

23. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction prévue à l'article L. 612-11 ".

24. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ce dernier est tenu d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée maximale de trois ans, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. La durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

25. Il ressort des pièces du dossier que M. E est présent en France depuis le 4 septembre 2016, qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en date du 20 mai 2020 qu'il n'a pas exécutée, et ainsi qu'il a été dit au point 10 du présent jugement, qu'il ne justifie pas d'attaches sur le territoire français. C'est, dès lors, sans entacher sa décision d'erreur d'appréciation, que le préfet a pu prendre à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an nonobstant l'absence de menace à l'ordre public. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

26. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 9 mai 2022.

Sur les frais liés au litige :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. E au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

28. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. E sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. M'Hand E, à Me Cohen et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 202Le magistrat désigné,

F. A Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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