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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202690

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202690

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202690
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPRELAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 11 mai 2022, le 18 mai 2022 et le 12 juillet 2022, M. D B, représenté par Me Prélaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 novembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans les sept jours suivant la décision du tribunal, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les frais engagés pour l'instance et non compris dans les dépens par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la requête est recevable, dès lors que l'arrêté attaqué ne lui a été notifié que le 12 avril 2022 ;

- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est tardive.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des postes et des communications électroniques ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 7 février 2007 pris en application de l'article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques et fixant les modalités relatives au dépôt et à la distribution des envois postaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme A,

-et les observations de Me Prélaud, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant haïtien né le 18 novembre 1992, est entré en France le 17 mars 2020 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 4 mars 2020 au 16 mai 2020, et a été autorisé à prolonger son séjour à titre provisoire jusqu'au 15 juin 2020. Il a sollicité le 8 juillet 2021 la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 19 novembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant./ Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". L'article L. 614-4 du même code dispose : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 7 février 2007 pris en application de l'article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques et fixant les modalités relatives au dépôt et à la distribution des envois postaux : " En cas d'absence du destinataire à l'adresse indiquée par l'expéditeur lors du passage de l'employé chargé de la distribution, un avis du prestataire informe le destinataire que l'envoi postal est mis en instance pendant un délai de quinze jours à compter du lendemain de la présentation de l'envoi postal à son domicile ainsi que du lieu où cet envoi peut être retiré () ".

4. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée la date de vaine présentation du courrier et qui porte, sur l'enveloppe ou l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.

5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué du 19 novembre 2021, qui mentionne les voies et délais de recours, a été adressé le 19 novembre 2021 à M. B chez Mme C O'Connel qui l'héberge, 5 boulevard de la Méditerranée à Toulouse. Ce courrier, présenté le 20 novembre 2021 à cette adresse, qui est identique à celle figurant sur la demande de titre de séjour présentée par le requérant et à celle mentionnée sur sa requête, est revenu portant la mention " pli avisé et non réclamé " le 6 décembre 2021. Le requérant ne saurait sérieusement soutenir, en se prévalant du courriel qu'il a adressé aux services préfectoraux le 10 janvier 2022, ne pas avoir été informé du dépôt de ce pli. Ainsi, le délai de recours dont disposait M. B pour contester l'arrêté attaqué a commencé à courir le 20 novembre 2021, date de présentation du pli contenant cet arrêté et non le 12 avril 2022, date à laquelle l'administration lui a adressé une copie de l'acte attaqué, comme le soutient à tort le requérant. Dès lors, la requête de M. B, enregistrée au greffe du tribunal administratif le 11 mai 2022, est tardive. Il en résulte que la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Haute-Garonne et tirée de la tardiveté des conclusions dirigées contre l'arrêté du 19 novembre 2021 doit être accueillie.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en ce compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

La présidente-rapporteure,

F. A

L'assesseure la plus ancienne,

N. SODDU

La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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