mercredi 10 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2202702 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CORMARY & BROCA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 mai 2022, Mme E B A, représentée par Me Broca, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination, et lui a interdit de retourner en France pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour portant autorisation provisoire de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- la procédure suivie est irrégulière ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour en France sont privées de base légale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle y exerce une activité professionnelle.
Un mémoire, présenté pour Mme B A, a été enregistré le 23 août 2023 et n'a pas été communiqué.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 août 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Un mémoire en défense, présenté par le préfet de la Haute-Garonne, a été enregistré le 20 septembre 2022 et n'a pas été communiqué.
Par une décision du 12 avril 2022, Mme B A a été admise à l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- et les observations de Me Tercero substituant Me Broca, représentant Mme B A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E B A, ressortissante colombienne née le 24 mars 1996, est entrée en France munie d'un visa de long séjour valant titre de séjour du 25 septembre 2018 au 25 mai 2019 en tant que travailleur temporaire. Le renouvellement de ce titre de séjour a été refusé par un arrêté préfectoral du 24 juillet 2019 lui faisant en outre obligation de quitter le territoire. Le 11 février 2021, Mme B A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour notamment au titre du travail. Par arrêté du 15 septembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner en France pour une durée d'un an. Mme B A demande l'annulation de cet arrêté et la délivrance du titre de séjour sollicité.
Sur la légalité des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi :
2. En premier lieu, l'arrêté en litige est signé de Mme C, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Haute-Garonne, qui bénéficiait d'une délégation de signature pour prendre les décisions relatives à la police des étrangers, en vertu de l'arrêté du 10 mai 2021 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°31-2021-132. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".
4. L'arrêté contesté mentionne les textes dont il fait application, notamment les articles L.435-1, L.611-1, L.612-1 et L.612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il retrace le parcours migratoire et administratif de la requérante ainsi que les principaux éléments de sa situation familiale et professionnelle et expose les raisons pour lesquelles le préfet a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour. Le refus de titre de séjour opposé à Mme B A est ainsi suffisamment motivé en droit et en fait. Par suite, l'obligation de quitter le territoire, qui en l'espèce, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle des décisions relatives au séjour, est également suffisamment motivée. Enfin, la décision fixant le délai de départ volontaire, qui indique que la requérante n'a fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé, et la décision fixant le pays de renvoi, qui rappelle la nationalité de la requérante et précise qu'elle n'établit pas être exposée à des risques personnels en cas de retour dans son pays d'origine, sont suffisamment motivées.
5. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que la procédure suivie est irrégulière, qui est dépourvu de toute précision, ne peut qu'être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
7. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité, ne saurait être regardé, en principe, comme attestant, par là même, des motifs exceptionnels exigés par la loi.
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B A est entrée en France sous couvert d'un visa long séjour en septembre 2018 pour exercer l'activité d'assistante en espagnol pendant l'année scolaire 2018-2019 auprès de différents établissements d'enseignement de l'académie de Toulouse. Elle justifie à ce titre d'une licence en anglais-français délivrée par une université colombienne. A compter de la rentrée scolaire 2019, elle a poursuivi une activité de cours particuliers ou de garde d'enfant à domicile par l'intermédiaire de différents organismes (Acadomia, Acsan, Vikadom ) ou directement auprès de plusieurs familles. Elle présente à l'appui de sa demande de régularisation deux demandes d'autorisation de travail émanant de particuliers qui souhaitent l'employer comme auxiliaire parentale à domicile, pour une durée totale de 26 heures par mois. Enfin, elle a été recrutée comme assistante d'éducation à compter du 13 septembre 2021, en temps partiel à 75%, pour une durée d'un an, par le collège Bétance de Muret. Toutefois, ni ces projets de contrats de travail, eu égard aux caractéristiques des emplois en cause, ni l'expérience professionnelle de Mme B A, qui reste relativement modeste, ne constituent des motifs humanitaires ou exceptionnels de régularisation. La circonstance que Mme B A ait travaillé toute l'année scolaire 2021-2022 au sein du collège Betance de Muret et qu'elle bénéficie d'une promesse d'embauche pour le même poste pour l'année 2022-2023, postérieure à la décision contestée, est sans incidence sur sa légalité. Par ailleurs, Mme B A, qui est célibataire sans charge de famille, n'établit pas avoir noué des liens particuliers et stables en France, alors que l'ensemble de sa famille proche réside en Colombie. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour à titre exceptionnel.
9. En cinquième lieu, aucun des moyens invoqués à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour n'étant retenu, le moyen tiré de ce que l'illégalité de cette décision entraîne l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, fixation du pays de renvoi et interdiction de retourner en France, doit être écarté.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. En premier lieu, l'interdiction de retour sur le territoire français contestée vise l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise également que la réalité et l'ancienneté des liens de Mme B A en France ne sont pas établies et qu'elle a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement édictée en mai 2019 qu'elle n'a pas exécutée. L'interdiction de retour en litige est ainsi suffisamment motivée dans son principe et sa durée au regard des critères fixés par la loi. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
12. En second lieu, eu égard à la durée de séjour relativement modeste de Mme B A en France, à l'absence de liens personnels et familiaux stables et anciens sur le territoire, et au fait qu'une précédente mesure d'éloignement n'a pas été exécutée, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prenant à l'encontre de la requérante une interdiction de retour en France d'une durée d'un an.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 septembre 2021 doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence que les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à MmeEa B A, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Broca.
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Coutier, président,
Mme D, magistrate honoraire,
M. Zabka, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2024.
La rapporteure,
C. D
Le président
B. COUTIER
Le greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026