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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202707

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202707

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202707
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantAMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mai 2022, M. A B, représenté par Me Amari de Beaufort, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la lettre du 15 février 2022 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) l'a informé de son intention de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil, ensemble la décision du 1er mars 2022 par laquelle la même autorité a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, avec effet rétroactif s'agissant de l'allocation pour demandeur d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre une somme de 2 000 euros à la charge de l'OFII à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ou dans l'hypothèse où il ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle totale, de mettre cette somme à la charge de l'OFII sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la lettre du 15 février 2022 et la décision du 1er mars 2002 :

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation et révèlent un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle sont entachées d'un vice de procédure l'ayant privé d'une garantie, en l'absence de l'entretien de vulnérabilité prévu par l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision du 1er mars 2022 :

- elle est entachée d'un vice de procédure l'ayant privé d'une garantie dès lors qu'elle est intervenue avant l'expiration du délai de quinze jours dont il bénéficie pour produire ses observations ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 décembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en tant qu'elle est dirigée contre la lettre du 15 février 2022, celle-ci revêtant la nature d'une mesure préparatoire ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Douteaud a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant mauritanien né le 13 mars 1991, est entré en France le 25 octobre 2021 selon ses déclarations, et a déposé une demande d'asile auprès de la préfecture de la Haute-Garonne le 2 décembre 2021. Le même jour, il a accepté l'offre de prise en charge proposée au titre du dispositif national d'accueil. Placé en procédure Dublin, M. B a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence le 2 février 2022. Estimant que l'intéressé n'avait pas respecté ses obligations de présentation, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) l'a informé de son intention de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil par une lettre du 15 février 2022, suivie le 1er mars 2022 d'une décision de cessation. Par sa requête, M. B demande l'annulation de ces deux mesures.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ".

3. Par un courrier du 15 février 2022, le directeur territorial de l'OFII a informé le requérant de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait et l'a invité à présenter des observations dans un délai de quinze jours. Cette lettre, qui constitue un acte préparatoire à la décision de l'OFII du 1er mars 2022, est dépourvue de caractère décisoire et, par suite, ne fait pas grief au requérant. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée de l'irrecevabilité des conclusions de la requête en tant qu'elles sont dirigées contre ce courrier du 15 février 2022 doit être accueillie.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () /4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ". L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

5. La décision attaquée rappelle la situation de M. B et vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont l'Office français de l'immigration et de l'intégration a fait application. Elle mentionne également que M. B n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter à elles. Bien qu'elle ne précise pas la ou les dates des convocations auxquelles le requérant n'aurait pas déféré, ce dernier a été mis en situation de comprendre les raisons à l'origine de la cessation de ses conditions matérielles d'accueil et de les discuter utilement, celui-ci ayant d'ailleurs indiqué dans ses observations du 21 février 2022 n'avoir respecté ses obligations de présentation que depuis le 10 février. Ainsi, la décision attaquée comporte les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle repose. Par suite, le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le directeur territorial de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant. Si M. B se prévaut à cet égard des troubles anxieux dont il souffre, il ne ressort pas en tout état de cause des observations qu'il a produites le 21 février 2022 qu'il en aurait fait état.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". L'article L. 551-16 du même code dispose : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. "

8. Il ne résulte ni de ces dispositions, ni d'aucune autre disposition applicable en l'espèce, que l'OFII soit tenu d'organiser un nouvel entretien de vulnérabilité avant l'édiction d'une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, le moyen tiré de l'absence d'entretien de vulnérabilité doit être écarté comme inopérant. Au surplus, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de l'enregistrement de sa demande d'asile le 2 décembre 2021, M. B a fait l'objet d'une évaluation de sa vulnérabilité par les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et qu'il a été informé, à l'occasion de cet entretien, dans une langue qu'il comprenait et avec le concours d'un interprète, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pouvait lui être refusé ou qu'il pouvait y être mis fin. Enfin, par un courrier du 15 février 2022, auquel l'intéressé a répondu par un courrier du 21 février suivant, M. B a été informé par l'office de son intention de mettre fin à la prise en charge dont il bénéficiait. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est () prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours () ".

10. S'il est exact que le directeur territorial de l'OFII a décidé de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. B le 1er mars 2022, avant l'expiration du délai de 15 jours prescrit par les dispositions précitées, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a utilement produit ses observations par courrier daté du 21 février 2022, réceptionné par l'OFII le 23 février suivant, soit 6 jours avant l'adoption de la décision attaquée. En outre, le requérant ne soutient pas qu'il avait des observations supplémentaires à transmettre à l'OFII lesquelles, si elles l'avaient été, auraient été de nature à faire obstacle à la décision en litige et n'a ainsi été privé d'aucune garantie. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En cinquième et dernier lieu, l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : ()/3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".

12. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B n'a fait état d'aucun facteur de vulnérabilité dans le cadre des observations qu'il a produites. S'il se prévaut du syndrome post-traumatique qui l'affecte à la suite des agressions dont il a été victime en Mauritanie, le compte-rendu d'hospitalisation produit à l'appui de sa requête est daté du jour de la décision attaquée sans qu'il ne démontre qu'il l'aurait porté à la connaissance de l'OFII. D'autre part, il ressort notamment du procès-verbal de carence du 8 février 2022 que M. B ne s'est plus présenté à la gendarmerie à partir du 2 février 2022. Ni les billets de train datés des 10, 14, 15 et 28 février en direction de Montauban, ni l'attestation d'une bénévole de l'association CIMADE certifiant que M. B s'est rendu à la gendarmerie de Montauban à compter du 10 février ne sont de nature à démontrer que les motifs de la décision attaquée seraient entachés d'inexactitude alors que le requérant reconnaît dans ses observations du 21 février 2022 adressées à l'OFII qu'il n'a respecté son obligation de pointage que depuis le 10 février. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le directeur territorial de l'OFII a méconnu les dispositions de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne peut davantage soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ainsi que d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de la décision du 1er mars 2022 par laquelle le directeur territorial de l'OFII a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Les conclusions à fin d'annulation de M. B étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

15. Les conclusions de M. B tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Amari de Beaufort et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

La rapporteure,

S. DOUTEAUD

La présidente,

F. HÉRY

La greffière,

M.BOULAY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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