mardi 23 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2202712 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LASPALLES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 mai 2022, M. E B, représenté par Me Laspalles, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 12 avril 2022 portant cessation des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 000 euros toutes taxes comprises sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence du signataire de l'acte ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;
- l'OFII n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- l'OFII s'est, à tort, placé en situation de compétence liée ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 février 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration sollicite une substitution de base légale et conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être substitué à l'article L. 551-16 du même code, comme fondement légal de la décision attaquée ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Sarraute a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant nigérian né le 4 février 1996, déclare avoir quitté le Nigéria en 2014 pour se réfugier en Italie où sa demande d'asile, formée en 2015, a été rejetée. Il est ensuite venu en France et a sollicité le bénéfice de l'asile. Dans ce cadre, le 11 octobre 2021, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII. Le 27 janvier 2022, le préfet de la Haute-Garonne a d'une part décidé de son transfert aux autorités italiennes responsables de l'examen de sa demande d'asile, et d'autre part pris à son encontre un arrêté portant assignation à résidence. La légalité de ces deux décisions a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Toulouse du 2 février 2022. Le 12 avril 2022, l'OFII a pris à son encontre une décision portant cessation des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2022, ses conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. La directive du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale vise à harmoniser les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile en leur garantissant un niveau de vie digne et des conditions de vie comparables dans l'ensemble des Etats membres de l'Union européenne. Aux termes, toutefois, de l'article 20 de cette directive : " 2. Les États membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'État membre. () / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs () ".
4. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, transposant ces dispositions : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ".
5. En premier lieu, la décision attaquée est signée par M. D C, directeur territorial de la direction territoriale de l'OFII de Toulouse, qui, par décision du 1er octobre 2020, disponible sur le site internet de l'OFII, a reçu de la part du directeur général de l'OFII délégation pour signer " tous actes, décisions et correspondances se rapportant : / 1. Aux missions dévolues à la direction territoriale de Toulouse, telles que définies par la décision portant organisation générale de l'OFII () ". Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
6. En deuxième lieu, la décision attaquée énonce les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les circonstances de fait sur lesquelles elle est fondée d'une manière suffisamment précise pour mettre M. B en mesure de contester utilement cette décision. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été précédée d'un courrier recommandé du 2 mars 2022 notifié le 3 mars 2022 par lequel l'OFII a informé M. B de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil après qu'il a refusé, le même jour, une proposition d'hébergement, et de la possibilité pour lui de faire des observations dans un délai de 15 jours. Dans ces conditions, la décision attaquée a été précédée de la procédure contradictoire prévue aux dispositions citées au point 4. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
8. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. B. Par ailleurs, les dispositions précitées, si elles prévoient que la décision prend en compte la vulnérabilité de la personne, n'imposent pas la tenue d'un entretien de vulnérabilité, entretien dont en tout état de cause M. B, qui ne fait état d'aucune circonstance nouvelle susceptible de caractériser l'état de vulnérabilité dont il se prévaut, a fait l'objet lors de sa prise en charge par l'OFII le 11 octobre 2021. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté.
9. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'OFII, qui a procédé à un examen complet de la situation du requérant, notamment lors de l'entretien individuel dont celui-ci a bénéficié le 11 octobre 2021 en langue anglaise, langue qu'il comprend, ne s'est pas placé en situation de compétence liée. Par suite, le moyen tiré de ce que l'OFII n'aurait pas exercé sa compétence doit être écarté.
10. En sixième lieu, M. B soutient n'avoir jamais refusé une proposition d'hébergement le 2 mars 2022, qu'à supposer qu'une telle proposition d'hébergement ait existé, elle ne lui a pas été adressée par écrit et que s'il a eu un entretien au sein des locaux de la SPADA à Toulouse, il n'a pas compris qu'un hébergement lui était proposé, n'ayant pas, à cette occasion, été assisté d'un interprète en langue anglaise, et n'a pas, de surcroît, compris la portée d'un refus à une telle proposition d'hébergement.
11. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le 11 octobre 2021, lors de sa prise en charge par l'OFII dans le cadre de sa demande d'asile enregistrée en procédure " Dublin ", l'Italie étant susceptible d'être le pays compétent pour instruire sa demande, M. B a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et a été informé par le truchement d'un interprète en langue anglaise, langue qu'il comprend, des conditions et modalités de refus et de cessation de ces conditions matérielles d'accueil, notamment en cas de refus de lieu d'hébergement. Le 25 février 2022, il a été invité à se présenter le 8 mars 2022 au foyer Prahda Adoma de Toulouse Université. Après avoir été à nouveau informé que tout refus de signer la proposition d'hébergement serait assimilé à un refus des conditions matérielles d'accueil, il a refusé la proposition d'hébergement en cochant la case " je refuse de signer ". La circonstance qu'il a ensuite apposé sa signature sous la mention " remis en main propre le 25/02/2022 " est à cet égard sans incidence. Dans ces conditions, si l'OFII a commis une erreur de plume en visant, dans la décision attaquée, comme date de refus de la proposition d'hébergement le 2 mars 2022 en lieu et place du 25 février 2022, et alors qu'il n'est pas contesté qu'en tout état de cause, M. B ne s'est pas présenté le 8 mars 2022 au foyer qui lui avait été proposé, l'OFII n'a pas commis d'erreur de droit dans l'application des dispositions susvisées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. En septième et dernier lieu, si M. B soutient que son état de santé est altéré, qu'il est dans une situation de grande fragilité et qu'il rencontre des problèmes d'ordre psychologique, il ne produit aucun justificatif permettant d'apprécier cette situation. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation que l'OFII a pris la décision attaquée.
13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la demande de substitution de base légale présentée en défense par l'OFII, que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
14. Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B étant rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Me Laspalles et à l'Office français de l'immigration et l'intégration.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 avril 2024.
La rapporteure,
N. SARRAUTELa présidente,
F. HÉRY
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026