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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202715

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202715

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202715
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDE COURREGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2022, M. B C, représenté par Me Bonneau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2022 par lequel le préfet de l'Aveyron a refusé d'abroger l'interdiction de circulation d'une durée de deux ans prononcée à son encontre par arrêté du 23 septembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aveyron de lui délivrer un sauf-conduit lui permettant de revenir en France pour y suivre des soins, pour une durée minimale de six mois, dans le délai de 24 heures suivant le jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux dès lors qu'elle ne répond pas à sa demande de simple suspension de l'interdiction de circulation dont il fait l'objet ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il n'a jamais fait usage d'une fausse identité mais seulement de la nationalité turque dont il dispose également ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 janvier 2023, le préfet de l'Aveyron conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête de M. C est irrecevable, dès lors qu'il ne réside pas hors de France depuis un an au moins ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-947 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sarraute,

- et les observations de Me Bonneau, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant bulgare né le 18 février 1969, est entré sur le territoire français le 19 juin 2002. Par arrêté du 23 septembre 2021, la préfète de l'Aveyron l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans. La légalité de cet arrêté a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Toulouse du 8 octobre 2021. Par un second arrêté du 23 septembre 2021 dont M. C n'a pas contesté la légalité, la préfète de l'Aveyron l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. Le 10 février 2022, M. C a été placé au centre de rétention administrative de Toulouse, puis a été éloigné à destination de la Bulgarie le 12 février 2022. Par un courrier du 19 avril 2022, M. C a demandé au préfet de l'Aveyron l'abrogation de la décision d'interdiction de circulation dont il fait l'objet. Par la présente requête, il demande l'annulation de la décision du 3 mai 2022 par laquelle le préfet de l'Aveyron a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". Aux termes de l'article L. 251-5 du même code : " L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de circulation sur le territoire français. / Lorsque l'étranger sollicite l'abrogation de l'interdiction de circulation sur le territoire français, sa demande n'est recevable que s'il justifie résider hors de France depuis un an au moins. Cette condition ne s'applique pas : / 1° Pendant le temps où l'étranger purge en France une peine d'emprisonnement ferme ; / 2° Lorsque l'étranger fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 262-1 ".

3. En premier lieu, la décision attaquée énonce les circonstances de droit et de fait sur lesquels elle est fondée, de manière suffisamment précise pour mettre en mesure M. C de la contester utilement. Par suite, le préfet n'ayant pas l'obligation de faire état de tous les éléments relatifs à la situation du requérant, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet de l'Aveyron n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation, tant de santé que familiale, de M. C. Si ce dernier soutient que le préfet n'a pas répondu à sa demande de suspension temporaire de l'interdiction de circulation dont il fait l'objet, il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Aveyron, par la décision attaquée, répond à la demande présentée dans le courrier du 19 avril 2022 qui se limite à une demande d'abrogation de cette interdiction de circulation. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté.

5. En troisième lieu, si M. C soutient qu'il n'a jamais fait usage d'une fausse identité mais seulement de la nationalité turque qu'il possèderait aux côtés de la nationalité bulgare, il ressort toutefois des pièces du dossier que lors de sa demande d'asile, qui a été définitivement rejetée en 2004, il avait fourni l'identité de M. A D, né le 13 mars 1970, de nationalité turque, et qu'il s'est par la suite maintenu sur le territoire français sous cette identité jusqu'en 2020, année au cours de laquelle il a lui-même révélé sa fraude au préfet. Dans ces conditions, en mentionnant dans sa décision du 3 mai 2022 que M. C avait usé pendant 18 ans d'une fausse identité turque, le préfet de l'Aveyron n'a pas commis d'erreur de fait.

6. En quatrième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Si M. C se prévaut de la présence en France en situation régulière de son épouse, également bulgare, et de ses deux fils, il ressort toutefois de son procès-verbal d'audition du 10 février 2022 qu'il possède toujours de la famille en Bulgarie, en la personne de sa fille, de sa mère et de deux de ses frères. S'il se prévaut par ailleurs de son état de santé et du suivi dont il faisait l'objet avant son éloignement vers la Bulgarie au centre hospitalier de Rangueil, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il, n'a pas fait état de ses éléments lors de son audition du 10 février 2022. En outre, les certificats médicaux produits à l'appui de la requête, s'ils mentionnent l'existence d'un tel suivi, n'établissent nullement que le requérant ne pourrait pas bénéficier d'un suivi équivalent en Bulgarie, le certificat médical mentionnant qu'il ne peut bénéficier de son traitement dans son pays d'origine étant inopérant puisqu'établi à une date, 16 novembre 2017, où M. C se présentait sous l'identité A Izmet et prétendait que son pays d'origine était la Turquie. Par suite, en refusant d'abroger l'interdiction de circulation prise à son encontre, le préfet de l'Aveyron n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant. Pour les mêmes motifs, il n'a pas davantage violé les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :

9. Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C étant rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de l'Aveyron.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Héry, présidente,

- Mme Sarraute, première conseillère,

- Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 26 mars 2024.

La rapporteure,

N. SARRAUTELa présidente,

F. HÉRY

La greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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