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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202729

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202729

mercredi 10 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202729
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantAMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mai 2022, Mme A C, représentée par Me Tercero, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2021 par lequel la préfète de Tarn-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Tarn-et-Garonne de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui remettre dans l'attente sous quinze jours, un récépissé l'autorisant à travailler sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois en la munissant dans le délai d'un mois, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, l'ensemble sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la procédure est irrégulière au regard des règles régissant l'interdiction de participation du médecin rapporteur au collège de médecins de l'OFII, la collégialité de la délibération, la signature de l'avis par les médecins du collège, les modalités de délibération par conférence audiovisuelle ou téléphonique prévues par l'article 4 de l'ordonnance du 6 novembre 2014 relative aux délibérations des autorités administratives ;

- la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- la mesure d'éloignement contestée est contraire à l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi ;

- cette décision est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 juillet 2022, la préfète de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une décision du 12 avril 2022, Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'ordonnance n° 2014-1329 du 6 novembre 2014 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Tercero représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante de la république démocratique du Congo, née le 30 mai 1943, est entrée en France le 22 août 2015 selon ses déclarations. Elle a bénéficié de titres de séjour en qualité d'étranger malade du 27 février 2019 au 26 février 2021. Le 25 février 2021, Mme C en a demandé le renouvellement. Par arrêté du 20 septembre 2021, la préfète de Tarn-et-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme C demande à titre principal l'annulation de cet arrêté et la délivrance du titre de séjour sollicité.

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

3. Selon l'avis du collège des médecins de l'OFII, Mme C souffre de pathologies qui nécessitent une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais il existe des traitements appropriés dans son pays d'origine. Il ressort des documents médicaux versés au dossier que Mme C souffre principalement d'une hypertension artérielle compliquée d'un diabète de type 2 et d'apnée du sommeil, qui nécessitent des examens réguliers notamment échographie cardiaque et holter tensionnel ainsi qu'un traitement médicamenteux composé de Nébivolol, de Metformine, d'Urapidil Stragen, d'Atorvastatine Accord et de Coaprovel. La requérante, qui est veuve, fait valoir sans être sérieusement contredite que le coût de ces traitements, de l'ordre de 300 dollars par mois, ne lui permet pas d'y avoir accès, dès lors qu'elle est sans revenu propre et que le salaire moyen congolais, à supposer qu'à l'âge de 78 ans elle puisse exercer une activité rémunérée, s'élève à 108 dollars mensuels. Dans ces conditions, le refus de titre de séjour contesté est entaché d'une méconnaissance de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et doit par suite être annulé sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête. Par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixation du pays de renvoi doivent être également annulées.

4. L'annulation de l'arrêté du 20 septembre 2021 implique nécessairement eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, que le préfet de Tarn-et-Garonne délivre à Mme C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement en munissant, dans l'intervalle, la requérante d'une autorisation provisoire de séjour, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

5. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 250 euros, à verser à Me Tercero en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 20 septembre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Tarn-et-Garonne de délivrer à MmeCa une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en munissant dans l'attente l'intéressée d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Tercero la somme de 1 250 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme ACa, au préfet de Tarn-et-Garonne et à Me Tercero.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Coutier, président,

Mme B, magistrate honoraire,

M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2024.

La rapporteure,

C. B

Le président

B. COUTIER

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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