vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2202770 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP COURRECH & ASSOCIES |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 mai 2022 et 29 septembre 2023, la société par actions simplifiées (SAS) Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 mars 2022 par laquelle le maire d'Eaunes s'est opposé à la déclaration préalable de travaux qu'elle a déposée le 17 mars 2022 en vue de l'installation d'une antenne de téléphonie mobile sur un terrain sis au lieu-dit " Les Champs de l'Escartat " ;
2°) d'enjoindre au maire d'Eaunes de lui délivrer une décision de non-opposition dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Eaunes la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit en ce que le maire n'a pas apprécié la qualité du paysage dans lequel le projet est destiné à s'implanter avant de s'opposer aux travaux déclarés ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme en ce que d'une part, le site d'implantation du projet ne présente pas de qualité particulière susceptible de lui conférer un intérêt le rendant incompatible avec le projet en cause, et d'autre part, le projet n'est pas de nature à porter atteinte à son milieu environnant dans des proportions telles qu'elle justifierait une opposition ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2023, la commune d'Eaunes, représentée par Me Courrech, conclut au rejet de la requête, subsidiairement, en cas d'annulation et d'injonction au réexamen de la demande préalable déposée par la requérante, à ce qu'elle puisse prescrire toute mesure utile pour l'intégration du projet dans son environnement et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société Free Mobile au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une ordonnance du 29 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 septembre suivant.
II. Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 et 23 novembre 2022, M. D B, M. C A et Mme I, représentés par Me Vimini, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 juillet 2022 par laquelle le maire d'Eaunes ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux déposée le 17 mars 2022 par la société Free Mobile en vue de l'installation d'une antenne de téléphonie mobile, ensemble la décision du 22 octobre 2022 rejetant leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Eaunes et de la société Free Mobile la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que les habitants de la commune n'ont pas bénéficié de leur droit d'information ni de formuler des observations en méconnaissance de l'article 2 du décret n° 2016-1211 du 9 septembre 2016 ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence d'avis de l'architecte des bâtiments de France alors que la parcelle d'assiette du projet jouxte un espace boisé protégé au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme, et est située à proximité de l'Abbaye de Sainte Clarté, classée monument historique depuis 1967 ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et des prescriptions de la section 2 du plan local d'urbanisme d'Eaunes applicables en zone N en ce que le projet porte atteinte aux paysages naturels et à la conservation des perspectives monumentales ;
- elle a été prise en méconnaissance du principe de précaution tel que garanti par l'article 5 de la Charte de l'environnement et l'article L. 110-1 du code de l'environnement, et en l'absence d'étude préalable quant à l'existence de risques pour la santé des personnes habitant à proximité du projet ;
- elle a été prise en méconnaissance du principe de mutualisation garanti par l'article D. 98-6-1 du code des postes et communications électroniques ;
- le projet est incompatible avec l'emplacement réservé lié à l'aménagement d'une amorce de voie.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 février 2024, la commune d'Eaunes, représentée par Me Courrech, conclut à ce qu'il soit sursis à statuer sur la requête dans l'attente de la décision à intervenir dans l'instance n°2202770 et subsidiairement au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par un mémoire enregistré le 8 février 2024, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une ordonnance du 16 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 mars suivant.
Une note en délibéré a été enregistrée le 31 mai 2024 pour les requérants et n'a pas été communiquée.
Vu :
- l'ordonnance n° 2203007 du 17 juin 2022 du juge des référés du tribunal ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la Charte de l'environnement ;
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code des postes et communications électroniques ;
- le code du patrimoine ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frindel,
- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,
- les observations de Me Vimini, représentant M. C A, M. D B et Mme I,
- et les observations de Me Marti, représentant la commune d'Eaunes.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiées (SAS) Free Mobile a déposé, le 17 mars 2022, un dossier de déclaration préalable en vue de réaliser des travaux d'implantation d'une antenne de téléphonie mobile d'une hauteur de 36 mètres et d'une emprise au sol de 15,30 m² sur un terrain sis au lieu-dit " Les Champs de l'Escartat " dans la commune d'Eaunes (Haute-Garonne). Par une décision en date du 31 mars 2022, le maire d'Eaunes s'est opposé aux travaux déclarés. Par la requête enregistrée sous le n° 2202770, la SAS Free Mobile demande au tribunal l'annulation de cet arrêté. Par une ordonnance n° 2203007 du 17 juin 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a suspendu l'exécution de cet arrêté jusqu'à ce qu'il soit statué au fond, et a enjoint au maire de délivrer à la société Free Mobile une décision de non-opposition provisoire. Le 13 juillet 2022, le maire d'Eaunes a pris une décision de non opposition en exécution de l'ordonnance du juge des référés. M. B, M. A et Mme H ont formé un recours gracieux le 1er août 2022 contre cette décision, qui a été rejeté le 20 octobre 2022. Par une seconde requête, enregistrée sous le n° 2206493, M. B, M. A et Mme H demandent au tribunal d'annuler la décision de non opposition du 13 juillet 2022 et le rejet de leur recours gracieux. Ces requêtes présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 31 mars 2022 portant opposition aux travaux déclarés :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".
3. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé, dans le second temps du raisonnement, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux mentionnés par cet article et, le cas échéant, par le plan local d'urbanisme.
4. Le projet litigieux consiste en l'implantation d'un pylône en treillis métallique d'une hauteur de 36 mètres, sur un terrain situé en zone N du territoire de la commune d'Eaunes. La parcelle d'assiette du projet s'ouvre au sud et à l'est sur des secteurs urbanisés ne présentant pas de cohérence architecturale particulière. Si elle s'insère également en bordure d'un espace boisé, identifié comme élément de paysage par le règlement graphique du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune d'Eaunes, une telle circonstance ne confère pas, à elle-seule, un intérêt particulier à son environnement, alors que la protection dont bénéficie ce boisement vise essentiellement à préserver la continuité écologique. En outre, il ressort des pièces du dossier, notamment des photomontages et des photographies versées par les parties, que si l'antenne-relais en litige est visible depuis les alentours du fait de sa hauteur, l'impact visuel de l'installation projetée sera atténué par l'option d'un pylône de type treillis. Dans ces conditions, eu égard aux caractéristiques du secteur, à l'absence de qualité paysagère particulière du site et aux caractéristiques du projet, la décision d'opposition à travaux attaquée ne pouvait être légalement fondée sur les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de ce que le maire d'Eaunes, en s'opposant à la déclaration de travaux concernée sur le fondement de ces dispositions, a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation, doit être accueilli.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : / 1° Des emplacements réservés aux voies et ouvrages publics dont il précise la localisation et les caractéristiques ; / 2° Des emplacements réservés aux installations d'intérêt général à créer ou à modifier ; () ". Ces dispositions ont pour objet de permettre aux auteurs d'un document d'urbanisme de réserver certains emplacements à des voies et ouvrages publics, à des installations d'intérêt général, le propriétaire restant libre de l'utilisation de son terrain sous réserve qu'elle n'ait pas pour effet de rendre ce dernier incompatible avec la destination prévue par la réservation.
6. Pour s'opposer à la déclaration préalable déposée par la société requérante, le maire d'Eaunes s'est fondé sur la circonstance que l'implantation du projet serait de nature à compromettre la mise en œuvre d'un emplacement réservé par le règlement du PLU de la commune. Il ressort des pièces du dossier que la partie est de la parcelle d'assiette du projet, desservant le terrain à la voirie, a été délimitée par le PLU d'Eaunes comme un emplacement réservé en vue de l'aménagement d'une amorce de voie afin de maintenir des perméabilités entre le chemin de Beaumont et les parcelles en second front. Toutefois, dès lors que le projet en litige prévoit précisément de créer un accès pour desservir le fond de la parcelle, il est conforme à la destination de cet emplacement réservé. Par suite, le maire d'Eaunes ne pouvait se fonder sur le motif précité pour s'opposer à la déclaration préalable déposée par la SAS Free Mobile.
7. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le moyen tiré de l'erreur de droit, faute pour le maire d'avoir préalablement apprécié la qualité du paysage dans lequel le projet doit s'implanter avant de s'opposer aux travaux déclarés, n'est pas susceptible de fonder l'annulation de l'arrêté attaqué.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS Free Mobile est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 31 mars 2022 par lequel le maire d'Eaunes s'est opposé à sa déclaration préalable.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 13 juillet 2022 portant non-opposition aux travaux déclarés :
9. En premier lieu, par un arrêté du 11 septembre 2020, le maire d'Eaunes a donné délégation à M. G F, premier adjoint au maire et signataire de la décision attaquée, aux fins de signer tous les documents concernant l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.
10. En deuxième lieu, il ressort des dispositions des articles R. 425-16 à R. 425-22-1 du code de l'urbanisme qu'une décision prise sur une déclaration préalable n'est pas subordonnée au dépôt du dossier d'information prévu par l'article L. 34-9-1 du code des postes et des communications électroniques. Dès lors, il n'appartient pas à l'autorité en charge de la délivrance des autorisations d'urbanisme de veiller au respect de la réglementation des postes et communications électroniques, qui est sans application dans le cadre de l'instruction des déclarations ou demandes d'autorisation d'urbanisme. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir que la déclaration préalable n'a pas été précédée du dépôt d'un dossier d'information conforme aux dispositions de l'article L. 34-9-1 du code des postes et télécommunications électroniques, ni que ce dossier n'a pas été mis à la disposition du public.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 425-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans les abords des monuments historiques, le permis de construire, le permis d'aménager, le permis de démolir ou la décision prise sur la déclaration préalable tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 621-32 du code du patrimoine si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées, ou son avis pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine. ". Aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine : " () II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31. Ce périmètre peut être commun à plusieurs monuments historiques. / En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci. () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que ne peuvent être délivrés qu'avec l'accord de l'architecte des Bâtiments de France les permis de construire portant sur des immeubles situés, en l'absence de périmètre délimité, à moins de cinq cents mètres d'un édifice classé ou inscrit au titre des monuments historiques, s'ils sont visibles à l'œil nu de cet édifice ou en même temps que lui depuis un lieu normalement accessible au public, y compris lorsque ce lieu est situé en dehors du périmètre de cinq cents mètres entourant l'édifice en cause.
12. D'une part, il est constant que le site d'implantation de l'antenne n'est pas situé dans un périmètre de protection délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31 du code du patrimoine et qu'il est distant de plus de cinq cents mètres de l'abbaye de Sainte-Clarté, édifice inscrit au titre des monuments historiques. D'autre part, si le projet est, ainsi qu'il a été dit, également situé aux abords d'un espace boisé, identifié au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme, il ne fait l'objet d'aucun classement au titre du patrimoine. Par suite, le maire d'Eaunes n'avait pas à recueillir l'avis de l'architecte des bâtiments de France avant de délivrer la décision de non-opposition.
13. En quatrième lieu, aux termes de la section 2 des dispositions spécifiques du PLU d'Eaunes applicables en zone N : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Ces dispositions sont identiques à celles, également invoquées par les requérants, de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions précitées du PLU de la commune que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée.
14. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4 du présent jugement, le projet d'antenne relais contesté ne porte pas atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. Par ailleurs, si M. A et autres soutiennent que le projet compromet les perspectives de vues depuis l'abbaye de Sainte-Clarté, ils n'établissent pas que le projet serait visible depuis ce monument alors qu'il se situe à 1,4 kilomètre de ce dernier et que des constructions et des espaces naturels les séparent. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de la section 2 des dispositions spécifiques du PLU d'Eaunes applicables en zone N, doivent être écartés.
15. En cinquième lieu, aux termes de l'article 5 de la Charte de l'environnement : " Lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d'attributions, à la mise en œuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage ". Aux termes de l'article L. 110-1 du code de l'environnement : " I. - Les espaces, ressources et milieux naturels terrestres et marins, les sons et odeurs qui les caractérisent, les sites, les paysages diurnes et nocturnes, la qualité de l'air, la qualité de l'eau, les êtres vivants et la biodiversité font partie du patrimoine commun de la nation. Ce patrimoine génère des services écosystémiques et des valeurs d'usage. () II. - Leur connaissance, leur protection, leur mise en valeur, leur restauration, leur remise en état, leur gestion, la préservation de leur capacité à évoluer et la sauvegarde des services qu'ils fournissent sont d'intérêt général et concourent à l'objectif de développement durable qui vise à satisfaire les besoins de développement et la santé des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Elles s'inspirent, dans le cadre des lois qui en définissent la portée, des principes suivants : / 1° Le principe de précaution, selon lequel l'absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement à un coût économiquement acceptable ; () ".
16. Il appartient à l'autorité administrative compétente pour se prononcer sur l'octroi d'une autorisation en application de la législation sur l'urbanisme, de prendre en compte le principe de précaution énoncé à l'article 5 de la Charte de l'environnement et rappelé par l'article L. 110-1 du code de l'environnement auquel renvoie l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme. Toutefois, ces dispositions ne lui permettent pas, indépendamment des procédures d'évaluation des risques et des mesures provisoires et proportionnées susceptibles, le cas échéant, d'être mises en œuvre par les autres autorités publiques dans leur domaine de compétence, de refuser légalement la délivrance d'une autorisation d'urbanisme en l'absence d'éléments circonstanciés sur l'existence, en l'état des connaissances scientifiques, de risques, même incertains, de nature à justifier un tel refus d'autorisation.
17. Alors qu'il n'est pas contesté que l'installation répond aux normes et seuils en vigueur sur le territoire national, il ne ressort des pièces du dossier aucun élément circonstancié de nature à établir l'existence, en l'état des connaissances scientifiques, d'un risque pouvant résulter, pour le public, de son exposition aux champs électromagnétiques émis par les antennes relais de téléphonie mobile et justifiant que, indépendamment des procédures d'évaluation des risques et des mesures provisoires et proportionnées susceptibles, le cas échéant, d'être mises en œuvre par les autorités compétentes, le maire d'Eaunes s'oppose à la déclaration préalable faite par la société Free Mobile en vue de l'installation de l'antenne relais en litige.
18. En sixième lieu, aux termes de l'article D. 98-6-1 du code des postes et communications électroniques : " () II. - L'opérateur fait en sorte, dans la mesure du possible, de partager les sites radioélectriques avec les autres utilisateurs de ces sites. / Lorsque l'opérateur envisage d'établir un site ou un pylône et sous réserve de faisabilité technique, il doit à la fois : - privilégier toute solution de partage avec un site ou un pylône existant ; - veiller à ce que les conditions d'établissement de chacun des sites ou pylônes rendent possible, sur ces mêmes sites et sous réserve de compatibilité technique, l'accueil ultérieur d'infrastructures d'autres opérateurs ; - répondre aux demandes raisonnables de partage de ses sites ou pylônes émanant d'autres opérateurs. ".
19. Lorsque l'autorité d'urbanisme est saisie d'une déclaration préalable au titre des dispositions de l'article L. 421-4 du code de l'urbanisme, elle est seulement tenue de se prononcer sur la conformité du projet aux règles d'urbanisme en vigueur et il ne lui appartient dès lors pas d'apprécier l'opportunité du choix d'implantation de celui-ci. Dès lors, les requérants ne peuvent utilement, pour critiquer l'emplacement du projet, se prévaloir des dispositions précitées de l'article D. 98-6-1, lesquelles en tout état de cause n'imposent aucune obligation de partage des sites ou des pylônes entre les opérateurs.
20. En septième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6 du présent jugement, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet est incompatible avec l'emplacement réservé situé sur la parcelle d'assiette de la construction projetée. Par suite, ce moyen doit être écarté.
21. Il résulte de tout ce qui précède que M. A et les autres requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 13 juillet 2022 portant non-opposition aux travaux déclarés par la société Free Mobile.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
22. Une décision intervenue pour l'exécution de l'ordonnance par laquelle le juge des référés d'un tribunal administratif a suspendu l'exécution d'un acte administratif revêt, par sa nature même, un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours en annulation présenté parallèlement à la demande en référé.
23. Ainsi qu'il a déjà été dit, le maire d'Eaunes a délivré le 13 juillet 2022 à la société Free Mobile, en exécution de l'ordonnance n° 2203007 du 17 juin 2022 susvisée du juge des référés, une décision de non opposition à déclaration préalable pour les travaux relatifs à l'implantation d'une antenne relais de téléphonie mobile sur le terrain situé au lieu-dit " Les Champs de l'Escartat ". Il s'ensuit que le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution, la décision du 13 juillet 2022 devenant, par l'effet du présent jugement, définitive. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par la société Free Mobile ont perdu leur objet.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
En ce qui concerne l'instance n° 2202770 :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SAS Free Mobile, qui n'est pas la partie perdante dans l'instance, la somme que la commune d'Eaunes demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Eaunes, une somme de 1 500 euros à verser à la SAS Free Mobile sur le fondement de ces dispositions.
En ce qui concerne l'instance n° 2206493 :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Eaunes et de la SAS Free Mobile, qui n'ont pas la qualité de parties perdantes dans l'instance, la somme que demandent les requérants au titre des frais exposés par eux. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants le versement à la SAS Free Mobile d'une somme totale de 1 500 euros sur leur fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 31 mars 2022 par laquelle le maire de la commune d'Eaunes s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par la SAS Free Mobile est annulée.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction présentées par la SAS Free Mobile dans l'instance n° 2202770.
Article 3 : La commune d'Eaunes versera, dans l'instance n° 2202770, la somme de 1 500 euros à la SAS Free Mobile en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune d'Eaunes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'instance n° 2202770 sont rejetées.
Article 5 : La requête n° 2206493 de M. A et autres est rejetée.
Article 6 : M. A et autres verseront, dans l'instance n° 2206493, la somme de 1 500 euros à la SAS Free Mobile au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Free Mobile, à M. A, représentant unique des requérants dans l'instance n° 2206493 en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, et à la commune d'Eaunes.
Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Rousseau, conseillère,
M. Frindel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
Le rapporteur,
T. FRINDEL
La présidente,
V. POUPINEAULa greffière,
M. E
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Nos 2202770, 2206493
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026