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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202779

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202779

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202779
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGUEYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mai 2022, M. A G, représenté par Me Gueye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a abrogé son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à la décision de la cour nationale du droit d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de compétence ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il a été notifié sans la présence d'un interprète ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 1er A.2 de la convention de Genève et l'article 4 du code frontières Schengen ;

- il méconnaît l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève relative au statut des réfugiés,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code frontières Schengen,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jazeron, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Gueye, représentant M. G, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et produit deux pièces complémentaires,

- les observations de M. G, assisté de M. B, interprète en anglais, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet n'étant ni présent ni représenté.

Le requérant a produit une note en délibéré le 23 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant nigérian né le 15 juillet 1989 à Gombe (Nigéria), indique être entré sur le territoire français le 28 mai 2019 et a sollicité l'asile le 3 juin 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 septembre 2021, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 4 février 2022. Il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile le 3 mars 2022, mais l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris une décision d'irrecevabilité le 23 mars 2022. Par un arrêté du 2 mai 2022, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours et a fixé le pays de renvoi. L'intéressé demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 6 avril 2022, publié le jour même, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme F C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions d'éloignement et les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire est manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté vise les textes sur lesquels il se fonde, notamment l'article L. 611-1 (4°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne les éléments de fait pris en compte par l'autorité préfectorale et rappelle en particulier les conditions d'entrée et de séjour du requérant en France, le rejet de sa demande d'asile et de sa demande de réexamen et les éléments principaux de sa situation personnelle. Dès lors, l'arrêté est suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, si le requérant se plaint de ce que l'arrêté contesté lui aurait été notifié sans l'assistance d'un interprète, les conditions de notification d'un acte administratif sont sans incidence sur sa légalité. Par conséquent, le moyen ne peut qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. M. G n'est présent que depuis trois ans en France où il n'a été admis à séjourner que pour le temps de l'examen de sa demande d'asile. Célibataire et sans enfant, il ne se prévaut d'aucune attache particulière sur le territoire national, alors qu'il n'est pas sans liens dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans et où résident sa conjointe et son enfant. S'il invoque sa participation à des activités associatives, cette circonstance n'est pas établie et, en tout état de cause, insuffisante pour considérer que le centre de ses intérêts privés se situerait désormais en France. Par suite, l'obligation de quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été violées.

7. En cinquième lieu, selon l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32 ; () ". Et selon l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles. ".

8. En l'espèce, par sa décision du 23 mars 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté comme irrecevable la demande de réexamen présentée par le requérant et son droit de se maintenir sur le territoire français a donc pris fin à la date de notification de ce rejet, nonobstant son recours devant la Cour nationale du droit d'asile. D'une part, le droit à un recours effectif prévu par le droit de l'Union européenne n'implique pas nécessairement que le demandeur ait le droit de se maintenir sur le territoire de l'État membre dans l'attente de l'issue du recours juridictionnel formé contre la décision rejetant sa demande de protection internationale, mais implique seulement, lorsque cette décision a pour conséquence de mettre un terme à son droit au séjour dans l'État membre, qu'une juridiction décide s'il peut se maintenir sur le territoire de cet État. D'autre part, il résulte du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, s'il ne bénéficie pas du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son cas, un ressortissant étranger dont la demande de réexamen a été rejetée comme irrecevable peut toujours contester l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Ce recours présente un caractère suspensif et le juge saisi a la possibilité, le cas échéant, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement et de permettre ainsi à l'intéressé de se maintenir sur le territoire jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté méconnaîtrait son droit au recours effectif tel que protégé par les stipulations précitées.

9. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

10. M. G soutient qu'il serait exposé à des risques de persécutions en cas de retour dans son pays d'origine en lien avec un conflit inter-ethnique. Toutefois, alors que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile n'ont pas fait droit à sa demande initiale et que l'Office n'a pas jugé recevable sa demande de réexamen, le requérant n'apporte aucun élément concret à l'appui de ses allégations, ce qui ne permet pas d'établir la réalité et l'actualité des menaces alléguées. Doivent donc être écartés non seulement le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mais également ceux tirés de la méconnaissance de la convention de Genève et du code frontière Schengen.

11. En septième lieu et compte tenu de tout ce qui précède, il n'apparaît pas que le préfet n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation de M. G.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 2 mai 2022.

Sur les conclusions à fin de suspension :

13. L'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". L'article L. 752-11 précise : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".

14. Le requérant souhaite pouvoir se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur le recours qu'il a introduit le 19 mai 2022 contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Cependant, il n'apporte pas le moindre élément de nature à laisser douter du bien-fondé de la décision d'irrecevabilité prise par l'Office. Par conséquent, ses conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ne peuvent qu'être également rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation et n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte sont rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme réclamée par le requérant au titre des frais non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A G, à Me Gueye et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

F. D Le greffier,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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