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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202787

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202787

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202787
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKOSSEVA-VENZAL

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 17 mai 2022, Mme B D, représentée par Me Kosseva-Venzal, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 25 avril 2022 par lequel la préfète de l'Ariège l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de prendre toutes mesures propres à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen (SIS) à compter de la notification du jugement ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès ainsi qu'une somme de 2 000 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2ème de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle. Dans l'hypothèse où la demande d'aide juridictionnelle serait rejetée, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du même code.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en droit et en fait en violation des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation dès lors qu'elle a été victime de la traite des êtres humains, qu'elle a travaillée pour un réseau de prostitution pendant trois années et que sa fille risque d'être soumise à des mutilations génitales ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions des articles 225-4-1 du code pénal, L. 425-1 et R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où elle a été entendue le 7 décembre 2020 et a déposé plainte sans qu'elle ait été informée de ses droits ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant de New-York ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle emporte sur sa situation personnelle dès lors qu'elle ne pourra mener une vie familiale normale en cas de retour au Nigéria, qu'elle a été victime d'un réseau de traite d'êtres humains et que sa fille encourt des risques de mutilations génitales féminines en cas de retour ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait en raison de l'absence totale d'indication des risques qu'elle encourt en cas de retour dans son pays d'origine ;

- elle est privée de base légale dès lors qu'elle est fondée sur la décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de ne pas être soumise à des traitements inhumains et dégradants tels que protégé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention de New-York sur les droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la préfète s'est estimée liée par les décisions rendues par les instances d'asile et n'a pas examiné les craintes en cas de retour ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en droit et en fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la préfète n'a pas pris en compte la circonstance qu'elle a quitté son pays d'origine depuis six ans ;

Par des pièces enregistrées le 19 mai 2022 et par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2022, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 17 mai 2022, M. A I G, représenté par Me Kosseva-Venzal, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 25 avril 2022 par lequel la préfète de l'Ariège l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de prendre toutes mesures propres à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen (SIS) à compter de la notification du jugement ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès ainsi qu'une somme de 2 000 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2ème de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle. Dans l'hypothèse où la demande d'aide juridictionnelle serait rejetée, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du même code.

Il soutient :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en droit et en fait en violation des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant de New-York ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle emporte sur sa situation personnelle dès lors qu'il ne pourra mener une vie familiale normale en cas de retour au Nigéria, que sa compagne a été victime d'un réseau de traite d'êtres humains et que sa fille encourt des risques de mutilations génitales féminines ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que la préfète a retenu qu'il était parent d'un fils et non d'une fille ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait en raison de l'absence totale d'indication des risques encourus par la requérante en cas de retour dans son pays d'origine ;

- elle est privée de base légale dès lors qu'elle est fondée sur la décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants tels que protégé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est menacé par des confraternités étudiantes violentes au Nigéria et qu'il ne pourrait protéger sa fille contre l'excision ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention de New-York sur les droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la préfète s'est estimée liée par les décisions rendues par les instances d'asile et n'a pas examiné les craintes en cas de retour ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en droit et en fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la préfète n'a pas pris en compte la circonstance qu'il a quitté son pays d'origine depuis six ans ;

Par des pièces enregistrées le 19 mai 2022 et par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2022, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relatives aux droits de l'enfant,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Kosseva-Venzal, représentant Mme D et M. G, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que les requérants ont quitté le Nigéria depuis six ans, que leur situation n'a pas été examinée avec sérieux, que le mémoire en défense confirme que la préfecture n'a pas pris en considération que la requérante a déposé plainte en décembre 2020, et n'a pas été informée des droits qui sont attachés à ce dépôt de plainte, qu'il s'agit de dispositions à caractère préventif, permettant la délivrance d'un titre de séjour, que la requérante n'a pas même été informée de cette possibilité de délivrance, que la plainte n'a pas été à ce jour classée sans suite, que la préfecture a donc commis une erreur de droit, qu'elle ne présente aucune observation sur ce moyen dans son mémoire en défense, que pourtant l'office français de protection des réfugiés et apatrides fait état de l'existence de cette plainte dans sa décision, que le mémoire en défense ne fait pas davantage état de l'exploitation de Mme D par un réseau et des risques de mutilation génitale de leur fille, que pourtant des certificats médicaux ont été produits, attestant des mutilations génitales dont la requérante a été victime, que l'obligation de quitter le territoire français qui a été opposée aux requérants méconnaît leur vie familiale et leur situation particulière, que si la requérante devait rentrer au Nigéria, elle serait discriminée et marginalisée du fait qu'elle a quitté le réseau qui l'a exploitée, que dans des cas similaires, le tribunal a censuré l'obligation de quitter le territoire français du fait de cette marginalisation et discrimination, que la requérante fait partie de deux groupes protégés, d'abord celui des femmes nigérianes qui se sont extraites d'un réseau de traite, qu'elle a coupé tous les liens avec le réseau depuis qu'elle a rencontré son mari, que sa situation n'a pas été examinée avec bienveillance, qu'il faut souligner qu'elle a fait l'objet de scarifications, qu'elle a été maltraitée par les membres du réseau, qu'elle fait aussi partie du groupe des mères d'une fillette pouvant faire l'objet de mutilations génitales, que la requérante est d'ethnie yorouba et son compagnon d'ethnie bini, que les pourcentages d'admissions pour les personnes de cette ethnie sont de l'ordre de 69% et 68%, que l'office français de protection des réfugiés et apatrides méconnaît les fortes empreintes de la tradition au Nigéria, puisque c'est la femme la plus âgée de la famille qui prend l'enfant contre la volonté des parents, que l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît leur départ du Nigéria depuis six ans et la naissance de leur enfant en France, que cette décision est totalement disproportionnée,

- les observations de Mme D et M. G, assistés de M. F, interprète en anglais, qui répondent aux questions du magistrat désigné,

- la préfète de l'Ariège n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, née le 22 décembre 1989 à Lagos (Nigéria), de nationalité nigériane, et M. G, né le 28 septembre 1984 à Edo City (Nigéria), de nationalité nigériane, déclarent être entrés sur le territoire français le 13 septembre 2020 afin d'y solliciter l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leurs demandes d'asile par deux décisions en date du 23 septembre 2021. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé les rejets de leurs demandes d'asile par deux décisions du 30 mars 2022. Par deux arrêtés en date du 25 avril 2022, la préfète de l'Ariège les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé leur pays de renvoi et leur a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de douze mois. Par les présentes requêtes, Mme D et M. G demandent au tribunal d'annuler ces décisions.

2. Il y a lieu de joindre les requêtes n° 2202787 et n° 2202788, qui présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes des intéressés, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la requête n°2202787 :

4. Aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui dépose plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre des faits constitutifs des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, ou témoigne dans une procédure pénale concernant une personne poursuivie pour ces mêmes infractions, se voit délivrer, sous réserve qu'il ait rompu tout lien avec cette personne, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. ". Aux termes de l'article R. 425-1 du même code : " Le service de police ou de gendarmerie qui dispose d'éléments permettant de considérer qu'un étranger, victime d'une des infractions constitutives de la traite des êtres humains ou du proxénétisme prévues et réprimées par les articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, est susceptible de porter plainte contre les auteurs de cette infraction ou de témoigner dans une procédure pénale contre une personne poursuivie pour une infraction identique, l'informe : 1° De la possibilité d'admission au séjour et du droit à l'exercice d'une activité professionnelle qui lui sont ouverts par l'article L. 425-1 ; / 2° Des mesures d'accueil, d'hébergement et de protection prévues aux articles R. 425-4 et R. 425-7 à R. 425-10 ; / 3° Des droits mentionnés à l'article 53-1 du code de procédure pénale, notamment de la possibilité d'obtenir une aide juridique pour faire valoir ses droits. / Le service de police ou de gendarmerie informe également l'étranger qu'il peut bénéficier d'un délai de réflexion de trente jours, dans les conditions prévues à l'article R. 425-2, pour choisir de bénéficier ou non de la possibilité d'admission au séjour mentionnée au 1°. / Ces informations sont données dans une langue que l'étranger comprend et dans des conditions de confidentialité permettant de le mettre en confiance et d'assurer sa protection. / Ces informations peuvent être fournies, complétées ou développées auprès des personnes intéressées par des organismes de droit privé à but non lucratif, spécialisés dans le soutien aux personnes prostituées ou victimes de la traite des êtres humains, dans l'aide aux migrants ou dans l'action sociale, désignés à cet effet par le ministre chargé de l'action sociale. ". Aux termes de l'article R. 425-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Pendant le délai de réflexion, aucune mesure d'éloignement ne peut être prise à l'encontre de l'étranger en application de l'article L. 611-1, ni exécutée. () ".

5. Les dispositions de l'article R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile chargent les services de police d'une mission d'information, à titre conservatoire et préalablement à toute qualification pénale, des victimes potentielles de faits de traite d'êtres humains. Ainsi, lorsque ces services ont des motifs raisonnables de considérer que l'étranger pourrait être reconnu victime de tels faits, il leur appartient d'informer ce dernier de ses droits en application de ces dispositions. En l'absence d'une telle information, l'étranger est fondé à se prévaloir du délai de réflexion pendant lequel aucune mesure de reconduite à la frontière ne peut être prise, ni exécutée, notamment dans l'hypothèse où il a effectivement porté plainte par la suite.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme D s'est présentée à la gendarmerie nationale du Fossat le 7 décembre 2020 pour dénoncer des faits de traite des êtres humains dont elle a été victime et afin de porter plainte contre ses proxénètes. Durant son audition, elle a relaté de manière très précise comment elle a été contrainte à se prostituer, a donné l'identité de ses deux proxénètes nigérianes qui résident en Italie, et a détaillé les conditions de son recrutement, et du serment qu'elle a dû prêter, de son voyage jusqu'en Italie où elle s'est prostituée dans les rues et de sa fuite avec son concubin, M. G, pour échapper au réseau et pour mener à terme sa grossesse. Ainsi, la plainte déposée contre ses deux proxénètes et les éléments qu'elle a expressément précisés permettaient raisonnablement de considérer qu'elle était victime de faits de proxénétisme. Il ne ressort cependant pas des pièces du dossier que les services de gendarmerie l'aient informés des droits qu'elle pouvait bénéficier au titre de l'article R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, Mme D, qui peut se prévaloir du délai de réflexion durant lequel aucune mesure d'éloignement ne peut être prise à son encontre ni exécutée, est fondée à soutenir que la préfète de l'Ariège a méconnu les dispositions précitées des articles L. 425-1 et R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation de l'arrêté en date du 25 avril 2022 par lequel la préfète de l'Ariège l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

En ce qui concerne la requête n°2202788 :

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. G et Mme D entretiennent une relation de concubinage et sont les parents d'une fille, E, née le 13 janvier 2021. La préfète ne conteste pas l'intensité, la stabilité et l'ancienneté de cette relation. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. G aurait nécessairement pour effet de le séparer de sa concubine, Mme D ainsi que de leur fille. Dans ces conditions, M. G est fondé à soutenir qu'en édictant une obligation de quitter le territoire français à son encontre, la préfète de l'Ariège a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. G est fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 25 avril 2022 par laquelle la préfète de l'Ariège l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonctions sous astreinte :

11. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de procéder au réexamen de la situation de Mme D et M. G dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de leur délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette mesure d'injonction d'une astreinte.

12. Par ailleurs, eu égard au motif qui la fonde, l'annulation prononcée par le présent jugement implique que la préfète de l'Ariège supprime sans délai l'inscription de non admission de Mme D et M. G au fichier d'information Schengen.

Sur les frais liés au litige :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser au conseil des requérants, sous réserve de l'admission définitive de Mme D et M. G à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Kosseva-Venzal renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée aux requérants par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros sera versée à Mme D et M. G sur le fondement des seules dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme D et M. G sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les arrêtés préfectoraux du 25 avril 2022 sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Ariège de procéder au réexamen de la situation de Mme D et M. G dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de leur délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Il est enjoint à la préfète de l'Ariège de supprimer sans délai l'inscription de non admission de Mme D et M. G au fichier d'information Schengen.

Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme D et M. G à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Kosseva-Venzal renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Kosseva-Venzal une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée aux requérants par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros sera versée à Mme D et M. G.

Article 6 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, M. A I G, à Me Kosseva-Venzal et à la préfète de l'Ariège.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

F. C Le greffier,

M. H

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

Nos 2202787, 2202788

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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