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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202801

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202801

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202801
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDURAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mai 2022, Mme E A, représentée par Me Durand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 août 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résidence algérien, ou à tout le moins de procéder à un réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre les dépens à la charge de l'Etat ainsi qu'une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence du signataire de l'acte ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux se sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, notamment au regard de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des stipulations des articles 7 b et 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, notamment au regard de la circulaire du 28 novembre 2012.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la circulaire NOR INTK 1229185 C du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 fixant les conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Sarraute a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née le 27 septembre 1982, est entrée en France pour la dernière fois le 7 septembre 2016, sous couvert d'un visa de court séjour. Du 15 octobre 2016 au 14 octobre 2017, elle a bénéficié d'un certificat de résidence algérien en sa qualité de conjointe d'un ressortissant français. En raison de la séparation du couple fin septembre 2016, elle a sollicité le 4 janvier 2018 un certificat de résident " salarié ". Par une décision du 7 juin 2018, le préfet de la Moselle a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Le 3 décembre 2019, elle a demandé son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale et au titre du travail. Par une décision du 14 octobre 2020, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. Le 1er février 2021, elle a de nouveau sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par la présente requête, elle demande l'annulation de la décision du 9 août 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée est signée par Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Haute-Garonne, qui a reçu délégation de signature par arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 10 mai 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n°31-2021-132, à l'effet de signer toute mesure relevant de la compétence de sa direction, notamment celles relatives à la police des étrangers, parmi lesquelles les " refus d'admission au séjour des étrangers et mesures d'éloignement ". Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée énonce les circonstances de droit et de fait sur lesquels elle est fondée, de manière suffisamment précise pour mettre en mesure Mme A de la contester utilement. Par suite, le préfet n'ayant pas l'obligation de faire état de tous les éléments relatifs à la situation de la requérante, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En troisième lieu, Mme A ne peut se prévaloir utilement des orientations générales de la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012, que le ministre de l'intérieur a adressée aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation et qui ainsi est dépourvue de caractère réglementaire et ne comporte pas de lignes directrices dont les administrés pourraient se prévaloir devant le juge administratif. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cette circulaire doit être écarté.

5. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de Mme A. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation de la requérante doit être écarté.

6. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5° au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". D'autre part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Tout d'abord, si Mme A se prévaut du fait que la cause de la rupture de la vie commune avec son époux français réside dans des violences que ce dernier exerçait à son encontre, elle n'apporte aucun élément permettant de corroborer ses dires. Ensuite, si elle se prévaut d'une présence continue en France depuis de nombreuses années et d'une intégration professionnelle parfaite, il ne ressort toutefois pas des pièces qu'elle a produites au dossier, consistant en son contrat de location signé le 29 octobre 2020, ses bulletins de paie des mois d'octobre 2020 à août 2021, un certificat de travail établi par une entreprise de Metz pour la période de mai 2017 à juillet 2018 et des documents relatifs au contrat d'intégration républicaine datant de 2017, qu'elle entretiendrait sur le territoire français, sur lequel elle s'est maintenue malgré deux décisions portant obligation de quitter le territoire français des 7 juin 2018 et 14 octobre 2020, des liens amicaux ou familiaux intenses, alors que ses parents et ses deux frères demeurent en Algérie, pays dans lequel elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de 34 ans.

8. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un certificat de résidence sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, le préfet de la Haute-Garonne n'a commis ni erreur de droit, ni erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de la requérante. Il n'a pas davantage porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts que poursuit sa décision et n'a ainsi pas violé les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord. (..) b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail vis par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () / Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles () 7, () les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. / Ce visa de long séjour accompagné de pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent ".

10. Tout d'abord, il n'est pas contesté que Mme A ne détient pas le visa de long séjour exigé par les stipulations citées au point précédent. Ensuite, contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet de la Haute-Garonne ne s'est pas borné à lui opposer cette absence de visa de long séjour mais a, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire, examiné sa demande au regard de tous les documents qu'elle a produits. Enfin, il ressort des pièces du dossier que si Mme A produit un contrat de travail à durée indéterminée à temps plein à effet au 1er janvier 2021, faisant suite à un premier contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel signé le 1er octobre 2020, ainsi que les demandes d'autorisation de travail déposées par son employeur, ce seul élément, récent à la date de la décision attaquée, ne constitue pas un motif exceptionnel justifiant de lui délivrer le certificat de résidence sollicité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des stipulations précitées des articles 7 et 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A étant rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les dépens :

13. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de Mme A présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, à Me Durand et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 avril 2024.

La rapporteure,

N. SARRAUTE La présidente,

F. HÉRY

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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