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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202833

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202833

vendredi 24 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202833
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantOUDDIZ-NAKACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2022, M. D A, représenté par Me Ouddiz-Nakache, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prolongé pour une durée d'un an supplémentaire l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée par un arrêté du 12 novembre 2019 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée familiale " ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ou de procéder à un nouvel examen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et, en toute hypothèse de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles n'ont pas été précédées d'un examen suffisant de sa situation personnelle ;

- elles ont été prises en méconnaissance de l'article 7, b) de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 modifié et des articles L. 313-11, 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 juin et 22 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2022.

Vu :

- la décision du magistrat désigné du 10 juin 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, est entré en France pour la première fois le 17 décembre 2013 muni d'un visa de court séjour en cours de validité. Le 22 mars 2019, il a sollicité son admission au séjour, mais, par un arrêté du 12 novembre 2019, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé son pays de destination et l'a interdit de retour pour une durée d'un an. M. A s'est maintenu en France et a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 4 octobre 2021, en se prévalant de la durée de son séjour, de ses liens privés et familiaux et de ses perspectives professionnelles. Par un arrêté en date du 13 mai 2022, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de renvoi et a prolongé d'une année la durée de la précédente interdiction de retour. Par la présente requête, M. A a demandé au tribunal l'annulation de cet arrêté. Le 16 mai 2022, l'intéressé a été assigné à résidence dans le département de la Haute-Garonne pour une durée de quarante-cinq jours. Par un jugement du 10 juin 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal a renvoyé l'examen des conclusions dirigées contre la décision de refus de titre de séjour devant une formation collégiale du tribunal et a rejeté le surplus des conclusions de la requête.

2. En premier lieu, aux termes de son arrêté, le préfet de la Haute-Garonne a visé les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de M. A ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également précisé l'identité, la date et le lieu de naissance de M. A, ainsi que les conditions de son entrée en France, et exposé les raisons pour lesquelles il a considéré que celui-ci ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour qu'il sollicitait. Il a enfin énoncé des éléments suffisants sur sa situation familiale en relevant qu'il était célibataire, sans charge de famille et que si sa mère résidait en France, il disposait d'attaches familiales importantes en Algérie où vivaient sa sœur et ses deux frères. Contrairement à ce que le requérant soutient, l'exigence de motivation n'implique pas que la décision mentionne l'ensemble des éléments particuliers de sa situation personnelle. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne a suffisamment motivé sa décision de refus de titre de séjour.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant avant de prendre son arrêté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien susvisé : " Les

ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle

autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le

cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre

professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis. ".

Selon l'article 7 du même accord : " () / b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer

une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur

présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un

certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et

portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la

législation française ; () ". Enfin, aux termes de l'article 9 de cet accord : " () Pour être

admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4,

5, 7, (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité

muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. (). ".

5. Si M. A fait valoir qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche, il est constant qu'il n'est pas en mesure de produire le visa de long séjour délivré par les

autorités françaises mentionné par l'article 9 de l'accord franco-algérien susvisé. Dans ces conditions, et alors qu'il ne justifie pas remplir les conditions pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 7, b) de l'accord franco-algérien ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, les dispositions des articles L. 313-11,7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne s'appliquent pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Le requérant ne peut, dès lors, utilement s'en prévaloir.

7. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. A, qui est entré en France 17 décembre 2013, se prévaut de la durée de son séjour, de ses attaches personnelles et familiales en raison de la présence notamment de sa mère, titulaire d'un certificat de résidence algérien en cours de validité, et de ses perspectives professionnelles. Toutefois, outre qu'il ne justifie pas de la réalité de sa présence sur le territoire français sur l'ensemble de la période dont il se prévaut, ainsi que le relève d'ailleurs le préfet, il n'a entrepris des démarches en vue de régulariser sa situation qu'en 2019 et s'est maintenu en dépit d'une mesure d'éloignement, qu'il n'a pas exécutée. A la date de la décision en litige, il était célibataire et sans charge de famille alors qu'il disposait d'attaches familiales dans son pays d'origine, qu'il a quitté à l'âge de 27 ans et où résidaient sa sœur et ses deux frères. Les attestations qu'il a produites ne suffisent pas à établir qu'il aurait noué durant son séjour des liens personnels durables et d'une particulière intensité. Enfin, la circonstance qu'il maîtrise la langue française ne témoigne pas d'une insertion suffisante dans la société française. Dans ces circonstances, et alors même que M. A a été désigné comme légataire par une ressortissante française, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Enfin, si le requérant, après avoir rappelé les éléments exposés au point précédent, fait valoir qu'il est titulaire d'une promesse d'embauche et a créé sa propre entreprise en novembre 2019 lorsqu'il était en possession du récépissé de sa demande de titre de séjour, ces circonstances, alors notamment qu'il ne fournit aucune précision sur le déroulement de son activité et ne se prévaut d'aucune qualification ou expérience professionnelle, ne permettent pas d'établir que le préfet de la Haute-Garonne a entaché sa décision de refus de titre de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 13 mai 2022 en tant qu'il porte refus de titre de séjour. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Ouddiz-Nakache et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.

La présidente-rapporteure,

V. C

L'assesseure la plus ancienne,

M. BLa greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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