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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202873

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202873

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202873
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantFOUCARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mai 2022, et des pièces complémentaires enregistrées le 10 juin 2022, Mme B A, représentée par Me Foucard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 20 mars 2022 par laquelle la Commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a rejeté son recours préalable obligatoire concernant le refus de lui autoriser l'accès à la formation professionnelle d'agent de sécurité ;

2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de l'admettre sur la liste des personnes admises à suivre cette formation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité le paiement de la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des faits qui lui sont reprochés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité, pris en la personne de son directeur, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Carotenuto,

- et les conclusions de M. Déderen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 19 novembre 2021, Mme A a sollicité l'autorisation préalable nécessaire au suivi d'une formation aux métiers de la sécurité privée auprès de la Commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest (CLAC) du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS). Par une décision du 12 janvier 2022, la CLAC a rejeté sa demande. Par un courrier du 17 janvier 2022, reçu le 20 janvier 2022 Mme A a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du CNAPS. Du silence gardé par le CNAPS est née une décision implicite de rejet le 20 mars 2022, dont Mme A demande l'annulation par la présente requête.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes ; / 1° bis A faire assurer par des agents armés l'activité mentionnée au 1°, lorsque celle-ci est exercée dans des circonstances exposant ces agents ou les personnes se trouvant dans les lieux surveillés à un risque exceptionnel d'atteinte à leur vie ; / 3° A protéger l'intégrité physique des personnes ; () ". Aux termes de l'article L. 612-20 du même code dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ". Et selon l'article L. 612-22 du même code : " L'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle est soumis à la délivrance d'une autorisation préalable, fondée sur le respect des conditions fixées aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 612-20 ".

3. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'elle est saisie d'une demande d'autorisation préalable d'accès à une formation pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-42 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment des motifs de la décision de la CLAC en date du 12 janvier 2022, que la CNAC est réputée s'être appropriés en rejetant implicitement le recours administratif préalable obligatoire de Mme A, que, pour refuser de délivrer à celle-ci l'autorisation sollicitée, l'autorité administrative s'est fondée sur les deux infractions qu'elle avait commises, à savoir une conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique le 15 avril 2020, pour laquelle elle a été condamnée par le tribunal judiciaire de Toulouse à 60 jours-amende d'un montant unitaire de 10 euros et à une suspension de son permis pendant quatre mois, et au même fait commis le 22 mars 2012, pour lequel elle avait été condamnée par le tribunal correctionnel de Toulouse à 200 euros d'amende et à une suspension de son permis pendant deux mois. Il ressort également des pièces du dossier que ces deux infractions, dont la matérialité n'est pas contestée, ont donné lieu à des ordonnances pénales correctionnelles et qu'elles figurent au bulletin judiciaire n° 2 de l'intéressée. En outre, si l'intéressée allègue qu'elle élève seule ses trois enfants, et qu'elle a toujours fait preuve de sérieux et de probité dans ses emplois successifs, d'abord de grossiste en fruits et légumes entre 2007 et 2017, puis de responsable de magasin en contrat à durée déterminée en 2020 puis en contrat à durée indéterminée en 2021, ces circonstances sont inopérantes à l'encontre de la décision de police administrative en litige. En revanche, il ressort des pièces du dossier que, si Mme A a réitéré la même infraction, ces deux infractions sont toutefois séparées de huit ans, que la première est particulièrement ancienne puisqu'elle a été commise dix ans avant la décision attaquée, et que leur gravité est relative, notamment au regard des peines prononcées à son encontre. Dans ces circonstances particulières, ces deux infractions ne sauraient, à elles seules, être regardées comme incompatibles avec l'exercice des fonctions d'agent de sécurité privée. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que le CNAPS a entaché la décision en litige d'une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 20 mars 2022 par laquelle le CNAPS a refusé de lui délivrer l'autorisation sollicitée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le CNAPS, sous réserve d'un changement de circonstances de fait, autorise Mme A à accéder à une formation d'agent privé de sécurité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CNAPS une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle la Commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité prise a refusé de délivrer à Mme A l'autorisation sollicitée est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au Conseil national des activités privées de sécurité, sous réserve d'un changement de circonstances de fait, de délivrer à Mme A l'autorisation nécessaire à l'accès à une formation professionnelle dans le domaine des activités de sécurité privée, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le Conseil national des activités privées de sécurité versera à Mme A une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente-rapporteure,

Mme Douteaud, première conseillère,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

La présidente-rapporteure,

S. CAROTENUTO

L'assesseure la plus ancienne,

S. DOUTEAUDLa greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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